Les contrôles URSSAF devraient être renforcés sur les entreprises fragiles

Les contrôles URSSAF devraient être renforcés sur les entreprises fragiles


Partager cet article

Dans la configuration de récession économique qui est la nôtre depuis le déclenchement, au printemps dernier, de la crise sanitaire actuelle, la question se pose sans cesse, au sein de la branche recouvrement de la Sécurité sociale, c'est-à-dire au sein de l'ACOSS et des URSSAF, de la manière d'opérer la sélection des entreprises qu'il est légitime de contrôler.

En interne, des voix commencent d’ailleurs à s’élever afin de déplorer le grand flou qui entoure les critères de cette sélection des heureux élus des contrôles URSSAF.

Contrôles URSSAF en période de crise

D’après nos informations, depuis le déclenchement de la crise que nous traversons actuellement, deux grands principes guident la sélection des entreprises pouvant faire l’objet de contrôles URSSAF. D’une part, les entreprises des secteurs les plus touchés par la crise : HCR, tourisme et évènementiel, ne doivent pas, sauf cas de fraude sociale patente, faire l’objet de tels contrôles. Il est vrai que le contraire serait difficilement défendable, puisque ces secteurs font l’objet de fermetures administratives.

D’autre part, concernant cette fois les entreprises ne relevant pas de ces secteurs, la branche recouvrement de la Sécurité sociale jugerait inopportun de contrôler des entreprises dites « fragiles ». Elles se définissent par leur recours à certains des dispositifs de soutien à l’activité économique décidés par l’Etat afin d’amoindrir les effets de la crise : chômage partiel, demande de report de prélèvements obligatoires, utilisation d’un prêt garanti par l’Etat ou d’autres modes de financements bancaires, voire participatifs. Une entreprise « fragile » peut ne pas faire l’objet d’un contrôle ou, en cas de défaut observé suite à un contrôle, ne pas subir une mise en recouvrement.

Des règles sujettes à interprétations

Nos lecteurs l’auront bien compris : toute la difficulté réside dans le terme « peut ». En effet, si la première des deux règles citées précédemment n’est guère sujette à interprétations contradictoires, il en va en revanche très différemment concernant la seconde. Ainsi, les entreprises fragiles étant très nombreuses, il est désormais d’usage, d’après le SNFOCOS, l’organisation FO des cadres de la Sécurité sociale, que des contrôles les concernent malgré tout. Les URSSAF qui pratiquent ces contrôles d’entreprises fragiles escompteraient que leurs dirigeants n’invoquent pas cette fragilité afin de mettre fin à l’opération – en d’autres termes : que ces dirigeants méconnaissent leurs droits…

Dans le même esprit, la pratique entrerait peu à peu dans les mœurs selon laquelle une entreprise non contrôlée ou non sanctionnée du fait de sa fragilité en viendrait à l’être finalement quelques mois après ce premier sursis. Cette configuration est plus problématique encore que la précédente, puisqu’elle concerne le plus souvent des entreprises dont le dirigeant a justement obtenu ce premier sursis en invoquant la fragilité de son affaire – qu’autrement dit : il n’ignore pas ses droits en matière de contrôles URSSAF en temps de crise.

Les syndicats, derniers soutiens des entreprises

On conçoit aisément que l’absence de règles claires à appliquer quant à la sélection des entreprises pouvant ou non faire l’objet d’un contrôle URSSAF déplaît fortement aux agents de contrôle. Ce sont en effet eux qui font face aux patrons légitimement mécontents des contrôles voire redressements dont ils peuvent faire l’objet alors qu’ils ne le devraient pas. Ces agents ne sont d’ailleurs généralement pas insensibles aux situations humaines très difficiles auxquelles ils peuvent être confrontés ces derniers mois.

Aussi leurs représentants syndicaux, ceux de FO en tête, jugent-ils opportun de remettre en cause les conditions dans lesquelles s’effectuent actuellement les contrôles URSSAF. « Ne serait-il pas plus simple de pratiquer le diagnostic conseil pour toutes les entreprises tant que la crise économique incite les pouvoirs publics et par conséquent les URSSAF à être bienveillantes envers les cotisants ? » s’interroge en effet le SNFOCOS, qui enfonce le clou : « pour une société de confiance qui met en avant le droit à l’erreur, n’y aurait-il pas un problème dans l’énoncé ? » Que de questions pertinentes ! On retiendra de cette affaire que pour ce qui concerne leur protection vis-à-vis des contrôles tatillons de leurs déclarations sociales, les dirigeants d’entreprise peuvent plus compter sur les syndicats des agents de la Sécurité sociale que sur la bienveillance de l’administration.

Ceci est à méditer, alors que le recouvrement des cotisations de retraite complémentaire doit prochainement être transféré à l’ACOSS.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Gel des pensions : Bercy spolie les retraités en silence

Gel des pensions : Bercy spolie les retraités en silence

Bercy planche sur la désindexation des retraites supérieures à 3 000 euros pour le budget 2027. Une mesure présentée comme un geste de justice sociale, mais qui masque un mécanisme bien plus brutal : l'État, incapable d'augmenter l'impôt, choisit de rogner discrètement sa dette envers ceux qui l'ont financé pendant quarante ans. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentiel de l'actualité, passé au crible par les cinq plu


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Se baigner où c'est interdit devient un délit tarifé : l'Etat sort le carnet à souches
Photo by Eric HOARAU / Unsplash

Se baigner où c'est interdit devient un délit tarifé : l'Etat sort le carnet à souches

Face aux noyades, le gouvernement ne trouve qu’une réponse : l’amende. Publié au Journal officiel le 2 août 2026, le décret n° 2026-723 crée un article R. 643-3 du code pénal : quiconque se baigne ou pratique une activité nautique dans une zone frappée d'interdiction(arrêté municipal, préfectoral ou simple drapeau rouge) s'expose désormais à une contravention de 3e classe. L'amendement forfaitaire, jusqu'ici de 38 euros en 1re classe, passe à 68 euros, avec un plafond porté à 450 euros en cas de


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Plan de relance européen : 19 perquisitions pour une fraude présumée de 7 millions d’euros

Plan de relance européen : 19 perquisitions pour une fraude présumée de 7 millions d’euros

Le 13 août 2026, le Parquet européen a lancé 19 perquisitions à Bucarest dans une affaire de fraude aux marchés publics touchant 29 projets informatiques financés par le plan de relance européen. Montant estimé du préjudice : 7 millions d'euros d'argent public détourné vers des prestataires de conseil et de cloud présélectionnés. Encore une nouvelle illustration des failles structurelles d'un plan de relance financé par la dette commune européenne. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany