Les camps de non-vaccinés : l’enjeu implicite de l’élection présidentielle ?
©PHOTOPQR/LA DEPECHE DU MIDI/XAVIER DE FENOYL ; TOULOUSE ; 02/08/2021 ; PASS SANITAIRE VACCINATION COVID ILLUSTRATION PASS SANITAIRE

Les camps de non-vaccinés : l’enjeu implicite de l’élection présidentielle ?


Partager cet article

Par Avi Morris. – Dans notre contribution du 25 novembre 2021, nous faisions preuve d’une naïveté confondante en croyant que le président Macron saurait se présenter en garant des libertés face aux propos de Valérie Pécresse en faveur d’un confinement des non-vaccinés.

La transformation des règles en matière de passe sanitaire, l’approbation sans critique par le Conseil d’Etat de ces nouvelles règles et le discours du Premier ministre de stigmatisation des non-vaccinés prélude à l’introduction d’un passe vaccinal montrent que nous nous étions trompés. Comme cela avait été relevé dans les commentaires sous l’article (Vaccination, en marche vers la 4ème dose comme en Israël?), si le président Macron dit quelque chose, c’est qu’il s’apprête à faire le contraire. Comme quoi, de l’étranger, on perd le fil des subtilités de la politique française. Nous assistons avec tristesse à l’affaissement complet de la parole publique française. Comment ensuite les représentants politiques français peuvent-ils espérer être crus lorsqu’ils s’adressent aux dirigeants étrangers ?

La radicalisation de la rhétorique à l’encontre des non-vaccinés laisse présager du pire.

Les médias se sont déchaînés sur les non-vaccinés qui ont osé recourir à de faux passes sanitaires. Pourtant, rien de nouveau sous le soleil : face à une réglementation, qu’elle quelle soit, il y aura toujours des individus qui trouveront des solutions pour ne pas la respecter. Comme l’écrivait Emile Durkheim, « le crime est normal, parce qu’une société qui en serait exempte est tout à fait impossible ; telle est la première évidence paradoxale que fait surgir la réflexion sociologique ». Ce n’est pas parce que le trafic de drogues est interdit que cela dissuade les dealers ou les consommateurs.

Dans le cas de la politique de vaccination définie par le gouvernement, selon le ministre de l’intérieur, il y aurait 110 000 passes sanitaires falsifiés qui circuleraient. Partant du constat qu’il y aurait plus de 48 millions de personnes vaccinées et environ 6 millions de non-vaccinés, ce chiffre est ridicule. Il témoigne d’une vraie adhésion subie ou volontaire à la politique menée. Il serait donc plus logique de se féliciter d’un tel résultat plutôt que de désigner à la vindicte une infime minorité tant par rapport à l’intégralité de la population vaccinée que par rapport à celle des personnes non-vaccinées.

Un problème politique et une question juridique.

Le fait de s’en prendre avec une telle violence aux non-vaccinés, c’est-à-dire non seulement celles et ceux qui n’ont pris aucune dose mais également à partir du 15 janvier 2022, celles et ceux qui n’auront pas reçu leur troisième dose elle-même prélude à une quatrième dose dans 3 mois, pose un vrai problème politique et juridique.

Politique : c’est prendre le risque d’une guerre civile entre deux catégories de population. Les discussions sur l’organisation des repas des fêtes de fin d’année en sont l’expression la plus patente.

Juridique : comment assurer l’effectivité des règles ? Prenons le premier ministre au mot et actons la transformation du passe sanitaire en passe vaccinal.

  • Premier point, cela signifie, cela a été annoncé, qu’il y aura un renforcement de l’obligation vaccinale pour les soignants avec le risque d’une nouvelle vague de démission. Après, effectivement, le gouvernement a beau jeu à crier au risque d’effondrement de l’hôpital public.
  • Deuxième point : plus la règle va devenir contraignante, plus nombreux seront les personnes qui préféreront recourir à un faux passe sanitaire. Cela fait partie des logiques sociales. Pour lutter contre cela, le gouvernement envisage de renforcer les contrôles d’identité par des personnes non-habilitées. Bref, progressivement, s’installera un Etat policier car tous les 3 mois, il faudra montrer patte blanche.
  • Troisième point : le gouvernement va augmenter le montant des sanctions pénales. En l’état actuel, la répression peut déjà être très lourde. Petit problème technique : nous sommes donc en présence de sanctions qui ne peuvent être prononcées que par un tribunal. Il faut imaginer une situation qui pratiquement peut conduire à la saturation des tribunaux ! Là encore, comme pour les hôpitaux, pas sûr que la justice s’en relèvera. Sans compter les problèmes que rencontrera l’Etat pour recouvrer les amendes ou la difficulté d’emprisonner un nombre conséquent de personnes dans un contexte carcéral déjà surchargé.

Autrement dit, plus le gouvernement va s’engager dans la voie de l’obligation vaccinale, plus il va se heurter à des difficultés de mise en œuvre des règles. Bref, de la même manière que certains hôpitaux ont fait le choix de réintégrer les personnels non-vaccinés, le gouvernement n’aura pas d’autre solution que d’envisager une amnistie ou une dépénalisation des manquements.

Ou alors, il faudra envisager des solutions plus radicales : renoncer à la possibilité pour les non-vaccinés de disposer d’un procès, permettre le recouvrement automatique des amendes, renforcer le scoring social et finalement créer des camps pour les non-vaccinés.

En parallèle, il ne faut pas exclure l’explosion sporadiques de violences face au refus d’accès de services aux non-vaccinés.

Les candidats à l’élection présidentielle qui se prononcent en faveur de l’obligation vaccinale et du confinement des non-vaccinés posent donc la question du grand remplacement de l’Etat de droit, déjà singulièrement affaibli par les arrêts du Conseil d’Etat par un Etat policier.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes
Photo by Waldemar Brandt / Unsplash

Jurançon: il gagne 5,8 millions au Loto… et finit criblé de dettes

Le 4 avril 2007, un habitant de Jurançon (Pyrénées-Atlantiques) validait une grille au tabac-presse du quartier et empochait 5,8 millions d’euros au Loto. Dix-huit mois plus tard, la fortune avait fondu. Aujourd’hui endetté de quelque 150 000 euros, avec ses deux maisons hypothéquées, il confie à la radio locale Ici Béarn Bigorre une « haine astronomique » envers l’escroc rencontré en chemin et regrette amèrement d’avoir ignoré l’accompagnement proposé par la Française des Jeux. Une histoire ban


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Imbert à l'Élysée, Moulin à la Banque de France : quand le grand jeu des chaises musicales macronistes s’accélère

Un décret paru au Journal officiel ce 30 avril officialise le retour de Pierre-André Imbert comme secrétaire général de l'Élysée. Son précédent, Emmanuel Moulin, lorgne la Banque de France. Derrière ces nominations techniques se dessine une stratégie de placement institutionnel en cette fin du deuxième mandat de Macron. Pierre-André Imbert, inspecteur général des finances et ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée de 2020 à 2023, deviendra lundi 4 mai le nouveau secrétaire général de la p


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

L'OPEP-monde se meurt, le pétrole s'embrase : vers un Brent à 150$, par Vincent Clairmont

Le marché pétrolier n'est plus une mécanique de précision, mais une boucherie à ciel ouvert. Le Brent frôle les 120 dollars le baril et, tandis que les chancelleries s'agitent, les faits, eux, sont têtus : nous assistons à la démolition contrôlée de l'ordre énergétique mondial. Ce n'est pas une simple "crise de volatilité", c'est le grand découplage entre la géopolitique de la force et les illusions d'un marché physique en état de mort cérébrale. Pourquoi l’asphyxie mondiale impose une stratég


Rédaction

Rédaction

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

La Directive UE sur les rémunérations ou la fin programmée de la liberté contractuelle...

Plusieurs lecteurs m'ont demandé ce que je pensais de la directive européenne sur les rémunérations, qui va révolutionner ce sujet tabou en France. Voici une première réponse... Sous le vernis moralisateur de l'« égalité femme-homme », la Directive (UE) 2023/970 vient d’achever ce qui restait de l’autonomie de gestion dans nos entreprises. Ce n'est plus du droit social, c'est de l'ingénierie bureaucratique pure, une tentative désespérée de la Caste européenne de substituer le plan à la réalité


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe