Larry Fink, patron de Black Rock, plus puissant que Trump ? par Thibault de Varenne

Larry Fink, patron de Black Rock, plus puissant que Trump ? par Thibault de Varenne


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L’art du cynisme systémique : les contradictions de BlackRock, ou comment gouverner le monde sans en avoir l’air... Quelques mots sur le nouveau patron du Forum de Davos, dont la puissance n'a peut-être d'égale que celle de Trump.

I. Le double visage de l’ESG : vertueuse en parole, opportuniste en actes

Larry Fink a fait de l’ESG (Environnement, Social, Gouvernance) le fer de lance de sa communication. Chaque année, ses lettres aux PDG du monde entier sonnent comme des manifestes pour un capitalisme plus « responsable ». En 2020, il déclarait : « Le changement climatique est devenu un facteur déterminant dans l’évaluation à long terme des entreprises. » BlackRock se présentait alors comme le champion de la finance verte, annonçant qu’il exclurait les investissements dans le charbon thermique et pousserait les entreprises à réduire leurs émissions.

Mais dans les faits ?

  • Les gazoducs saoudiens : en 2024, BlackRock s’associe à un fonds souverain saoudien pour racheter des gazoducs à Saudi Aramco, pour un montant de 15,5 milliards de dollars. Un investissement massivement critiqué, car il contredit directement ses engagements climatiques. Fink justifie cela par la « nécessité de financer la transition énergétique » — un argument qui revient à dire : « Nous devons investir dans le pétrole pour sortir du pétrole. » Un sophisme qui arrange bien les pétromonarchies… et les actionnaires de BlackRock.
  • Les fonds "verts" qui financent les pollueurs : une étude de 2025 révèle que les fonds ESG de BlackRock détiennent des parts dans des entreprises comme ExxonMobil ou Chevron, tout en les présentant comme « durables ». La stratégie ? Jouer sur les mots : ces fonds sont « en transition », donc techniquement conformes aux critères ESG… tant que personne ne regarde de trop près.
  • Le lobbying contre les régulations climatiques : pendant que Fink prêche la décarbonation, BlackRock dépense des millions en lobbying pour affaiblir les lois environnementales aux États-Unis et en Europe. En 2024, l’ONG InfluenceMap classe BlackRock parmi les pires obstacles aux politiques climatiques, juste derrière les majors pétrolières.

Le cynisme en action : l’ESG n’est pas une conviction pour Fink, mais un outil de marketing et de contrôle. Il permet à BlackRock de :

  1. Capter les fonds des investisseurs "éthiques" (les ETF ESG rapportent des frais juteux).
  2. Faire pression sur les entreprises (en menaçant de désinvestir si elles ne suivent pas ses recommandations).
  3. Se donner une respectabilité morale tout en continuant à financer ce qui rapporte, qu’importe l’impact réel.

Comme le résume un analyste de Bloomberg : « BlackRock ne croit pas en l’ESG. Il croit en l’argent que l’ESG peut rapporter. »


II. L’IA : entre alarmisme humaniste et capitalisme prédateur

En janvier 2026, Larry Fink monte en chaire à Davos pour avertir : « L’IA pourrait devenir le plus grand échec du capitalisme si elle laisse les travailleurs sur le carreau. » Il se présente en prophète d’un capitalisme plus inclusif, appelant les dirigeants à « repenser le contrat social » pour éviter une fracture technologique.

Mais dans l’ombre, BlackRock fait exactement l’inverse :

  • Investissements massifs dans l’IA… sans garde-fous sociaux : via son consortium avec Nvidia et Microsoft, BlackRock rachète Aligned Data Centers, un géant des infrastructures IA, pour 40 milliards de dollars. L’objectif ? Contrôler les « cathédrales numériques » où s’élabore l’intelligence artificielle. Pourtant, quand on lui demande comment éviter que l’IA ne détruise des millions d’emplois, Fink répond par des généralités : « Il faut former les travailleurs. » Aucune proposition concrète, aucun engagement à limiter les licenciements massifs dans les secteurs automatisés.
  • La financiarisation de l’IA : BlackRock ne se contente pas d’investir dans l’IA — il en fait un produit financier. Ses fonds proposent désormais des ETF spécialisés dans l’IA, vendus aux épargnants comme « l’avenir de la croissance ». Résultat ? Les petits porteurs financent, sans le savoir, la destruction de leur propre emploi.
  • Le deux poids, deux mesures : Fink critique les inégalités créées par l’IA… tout en refusant de soutenir une taxation des robots ou un revenu universel. Pourquoi ? Parce que BlackRock possède des parts dans les entreprises qui profitent de l’automatisation. Son humanisme s’arrête là où commencent ses dividendes.

Le paradoxe Fink : il dénonce les risques de l’IA tout en étant l’un de ses principaux bénéficiaires. Son discours n’est pas une alerte, mais une stratégie de captation :

  • Capter les régulations (en se posant en expert incontournable auprès des gouvernements).
  • Capter les marchés (en contrôlant les infrastructures critiques).
  • Capter l’opinion (en se présentant comme un « responsable », alors qu’il accélère la machine).
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III. La démocratie actionnariale : un gouvernement sans électeurs

BlackRock possède des parts dans presque toutes les grandes entreprises mondiales. Fink le martèle : « Nous ne sommes pas des actionnaires activistes. Nous sommes des actionnaires engagés. » Une nuance cruciale : BlackRock ne donne pas d’ordres, il oriente.

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