Le patron de Nvidia, Jensen Huang, affirme que l’intelligence artificielle générale (AGI) est déjà là. Le 24 mars 2026 dans un podcast de Lex Fridman, Jensen Huang tranche : « Nous avons atteint l’AGI ». Une affirmation qui rompt avec le consensus dominant, situant cette étape entre 2030 et 2050.

Jensen Huang était l’invité de Lex Fridman, l’un des plus célèbres intervieweurs dans le monde de la tech, dans l’épisode 494 de son podcast. Le chercheur de MIT a demandé au dirigeant de Nvidia « quand une IA serait-elle capable de créer une entreprise technologique valorisée à plus d’un milliard de dollars ? ». Son invité n’a pas hésité à répondre : « C’est maintenant ». Alors que pour beaucoup, les modèles d'IA actuels sont encore très loin de l’AGI.
L’AGI déjà atteint selon Nvidia
Le podcast de Lex Fridman, l’informaticien et chercheur du MIT, est très suivi dans le monde de la tech. A chaque épisode, il reçoit l’une des grandes figures du secteur et il a l’habitude d’avoir une conversation sans filtre avec ses invités.
Dimanche, Fridman a reçu le dirigeant de Nvidia, Huang Jensen. Cette multinationale américaine basée à Santa Clara a été créée il y a 34 ans et elle vaut actuellement plus de 3.000 milliards de dollars. C’est l’un des plus grands acteurs du secteur IA (Intelligence artificielle).

Cet épisode 494 du podcast de Lex Fridman a duré plus de 2 heures. Le podcasteur et son invité ont évoqué plusieurs sujets comme les jeux vidéo, l’architecture matérielle et la chaîne d’approvisionnement. Puis, l’informaticien a demandé à Huang Jensen : « quand une IA serait-elle capable de créer une entreprise technologique valorisée à plus d’un milliard de dollars ? », « dans 5 ans ? 10 ? 20 ? ». Le PDG de Nvidia lui a donné une réponse directe et osée. « Je pense que c’est maintenant. Je pense que nous avons atteint l’AGI », a-t-il déclaré.
En affirmant que l’humanité a « atteint l’AGI », Jensen Huang ne se contente pas d’un constat : il redéfinit un concept pour l’ajuster à ce que ses machines savent déjà faire. Loin de la vision futuriste d’une intelligence générale capable de rivaliser avec l’humain dans toute tâche cognitive, sa définition est fonctionnelle, opérationnelle, et surtout, commercialisable.
Une définition opportuniste de l’AGI
Sa déclaration intervient dans un contexte de guerre des définitions : personne ne s’accorde sur ce qu’est réellement l’AGI. Début avril 2025, Google DeepMind évoquait un système capable d’égaler les 1 % des meilleurs humains sur un large éventail de tâches cognitives. OpenAI et Microsoft, eux, ont introduit une définition bien plus discutable : une IA générant jusqu’à 100 milliards de dollars de profits.

Selon lui, certains agents logiciels actuels seraient déjà capables de concevoir un service numérique, de le rendre viral et de générer des revenus massifs. Pour lui, l’intelligence n’est plus un mystère humain ; c’est une fonction mesurable – perception, raisonnement, planification – que l’on peut industrialiser comme n’importe quelle commodité.

Mais cette démonstration repose sur un biais : elle réduit l’intelligence à une capacité de production économique rapide. Elle évacue les dimensions essentielles de l’AGI – compréhension profonde, raisonnement autonome, adaptation à l’inédit. D’ailleurs, les critiques s’accumulent. Une étude récente d’Apple souligne les limites des modèles actuels face à des problèmes complexes, tandis qu’une enquête de mars 2025 révèle que 76 % des chercheurs jugent improbable l’émergence d’une AGI via les approches actuelles.
Emploi, pouvoir et illusion technologique
En redéfinissant l’AGI, Huang redéfinit surtout le marché. Son message est clair: le marché est prêt, la révolution est en cours, investissez maintenant. Une narration parfaitement alignée avec les intérêts financiers du groupe.

Cette accélération narrative n’est pas sans conséquences. L’automatisation cognitive pourrait transformer profondément le marché du travail. Certains scénarios évoquent la disparition de près de la moitié des emplois de bureau, remplacés ou redéfinis par des systèmes automatisés. En France, plusieurs millions d’emplois sont déjà identifiés comme vulnérables à court ou moyen terme.

Mais derrière la promesse d’efficacité se cache une recomposition brutale des rapports de force. Les grandes infrastructures d’IA concentrent le pouvoir économique entre quelques acteurs privés, au premier rang desquels Nvidia.
En proclamant l’arrivée de l’AGI, Jensen Huang ne décrit pas seulement une réalité technologique : il tente d’imposer un cadre mental et économique. Peu importe que l’AGI soit réellement atteinte. Ce qui compte, c’est que les marchés, les États et les entreprises agissent comme si c’était déjà le cas. Pendant que chercheurs et philosophes débattent, Nvidia, lui, vend les pelles dans une ruée vers l’or dont il entend rester le principal bénéficiaire.






