La stratégie de Marine Le Pen est-elle conçue pour gagner ?

La stratégie de Marine Le Pen est-elle conçue pour gagner ?


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Marine Le Pen est-elle dans la peau d’une vainqueur ? Cette question, qui est le serpent de mer du Rassemblement National, se pose à nouveau durant cet entre-deux-tours, où la candidate souverainiste donne le sentiment de ne pas mettre toutes les chances de son côté pour gagner. Et le débat d’hier n’a fait que confirmer cette interrogation.

Une seule chose tenait en haleine, hier, tout au long de l’ennuyeux débat Le Pen – Macron : quand allait-elle lui envoyer l’affaire Mc Kinsey dans les dents ? Beaucoup de Français l’attendaient avec impatience.

Les minutes passaient… et Marine Le Pen ne parlaient toujours pas de cette affaire emblématique pour beaucoup de Français. Emblématique d’une dérive de la mondialisation où des officines privées utilisent des dirigeants pour s’enrichir en dépouillant les Etats.

Et puis rien n’est venu.

Lorsque Macron l’a accrochée sur son emprunt russe, on s’est dit : elle va le tacler en lui disant que si elle, elle est dépendante de la Russie, lui est dépendant de Rothschild et de Mc Kinsey. Mais non, elle a bloqué les coups plutôt efficacement, sans se démonter, mais elle n’a pas rendu le crochet du droit qui aurait fait du bien.

Lorsqu’il s’est agi de santé, là encore, on s’est dit : elle va parler de la crise des opioïdes suscitée par Mc Kinsey pour faire des bénéfices, exemple parfait de la mauvaise gouvernance sanitaire que la France a reprise à son compte. Mais non, elle a parlé d’autre chose.

Lorsque, sur le coup de 23h30, le dernier thème, celui de la gouvernance, est venu, on s’est dit : elle a gardé le meilleur pour la fin. Elle va lui balancer la douloureuse. Elle va lui dire, que sa gouvernance Mc Kinsey est tout sauf républicaine.

Toujours rien sur Mc Kinsey.

Le temps de la conclusion est venu, et là, on s’est dit, elle va lui balancer l’uppercut qu’il mérite sur un dossier acquis d’avance.

Et même pas.

Une stratégie défensive qui interroge

Cet oubli des affaires les plus gênantes est à l’unisson de la stratégie suivie par Marine Le Pen durant tout le débat.

On pouvait s’attendre à un déferlement de feu sur les échecs du quinquennat, une stratégie assez facile à mener pour souligner combien Macron est le Président des riches, et combien il joue les intérêts d’une caste aisée contre les autres. C’était du velours pour Marine Le Pen, puisqu’elle incarne si facilement l’électorat populaire.

Mais là encore, en dehors de quelques chiffres plutôt mal défendus sur le nombre de pauvres qui a augmenté, sur l’inflation qui galope, on a senti une stratégie à l’ukrainienne : tout en défense, avec une vraie timidité à prendre des risques en allant cartonner l’adversaire, même en contre-attaque.

Pourtant, la différence entre le Macron de 2017 et celui de 2022, c’était bien le bilan. En 2017, elle avait face à elle une sorte de puceau de la politique, devenu, en 2022, un blessé de guerre dont elle aurait pu raviver les plaies.

Mais le débat s’est déroulé autrement, et c’était plutôt Macron qui cherchait à la « déloger » sur ses positions antérieures.

Pourquoi Marine Le Pen s’est-elle privée d’arguments pour éroder la crédibilité de son adversaire ? Plusieurs réponses sont possibles bien entendu.

L’une d’elle consiste à soutenir qu’elle a soigné une image de rassemblement, de sérieux, et qu’elle a voulu éviter les errements du débat de 2017.

Une autre réponse, qui n’est pas exclusive de la première, est celle du discret refus d’obstacle dans la dernière ligne droite.

Marine Le Pen met-elle toutes ses chances de son côté ?

Plusieurs éléments nourrissent cette hypothèse d’une… hésitation face à la victoire.

On relèvera en particulier que, dès le lendemain du premier tour, Marine Le Pen a annoncé que ni Eric Zemmour ni Marion Maréchal ne détiendraient un poste ministériel dans son gouvernement. Voilà une bien curieuse façon de souder les troupes et de faire l’union des droites pour le second tour, puis pour les législatives.

On peut même imaginer assez facilement que les deux exclus, s’ils cherchaient des prétextes pour lancer leurs propres listes aux législatives, concurrentes de celles du RN et donc empoisonnantes pour la conquête d’une majorité parlementaire, ont trouvé là suffisamment de raisons pour « y aller ».

Cela ne coûtait pourtant pas grand chose à la candidate que d’annoncer l’entrée de Zemmour et de Marion Maréchal dans un gouvernement, quitte à mentir et à ne jamais délivrer la promesse une fois les législatives passées.

Certes, on peut comprendre la haine que Marine Le Pen peut nourrir à l’égard de gens qu’elle considère probablement comme des traîtres. Mais la politique est d’abord l’art de gagner, parfois en mettant un paquet entier de rouleaux de papier toilettes triple épaisseur sur sa susceptibilité.

Un report de voix très tendu

Ces choix tactiques interviennent dans un contexte où Marine Le Pen a pourtant besoin de toutes les voix pour gagner. Avec 24% des suffrages, elle peut imaginer qu’un tiers environ des électeurs de Mélenchon votera pour elle, et un tiers pour Macron.

Soit un 35% pour Macron et un 31% pour elle. Elle semblerait qu’elle puisse récupérer les 3/4 des voix des zemmouristes et la moitié des voix des Républicains. On rajoute donc 7 points, soit un 38% tout mouillé. Encore 2 points venus de Dupont-Aignan, 1 point plausible de Lassalle, et quelques voix résiduelles : on plafonne rapidement autour des 43%.

Ce petit calcul montre que Marine Le Pen n’est guère en position de faire la fine bouche pour gagner, et qu’il y a des luxes qu’elle ne peut s’offrir.

Manifestement, cette évidence n’a pas porté, et sa stratégie à la fois prudente et « carrée » constitue aujourd’huii une vraie prise de risque, qui pourrait s’avérer désastreuse en cas de défaite.

Car beaucoup, qui ne sont pas ses électeurs naturels, ont mouillé la chemise pour faire barrage à Macron avec elle, et ils pourraient se sentir lourdement floués.

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