Lors de la Conférence Navale de Paris début février, le Chef d'Etat-Major des Armées s'est exprimé sans ménagement. Le message central est clair : la Marine nationale est à la croisée des chemins, oscillant entre des ambitions mondiales et une réalité matérielle de plus en plus fragile.

Voici les points clés à retenir :
1. Un constat de "manque critique"
L'État-major souligne une insuffisance de bâtiments, d'armes et de munitions. Ce déficit ne permet plus de répondre simultanément aux trois piliers de la stratégie navale française :
- La dissuasion : Assurer la permanence à la mer des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE).
- La présence permanente : Protéger les zones économiques exclusives (ZEE) et les approches maritimes.
- La préparation opérationnelle : S'entraîner pour des combats réels.
2. Le retour de la "Haute Intensité"
L'environnement maritime est jugé de plus en plus conflictuel. Le chef d'État-major alerte sur le fait que le modèle actuel, conçu pour la gestion de crises limitées (type piraterie ou police des mers), n'est plus adapté.
- Changement doctrinal : La priorité redevient la préparation à des affrontements directs contre d'autres puissances étatiques.
- L'usure des hommes et des machines : Les cycles d'entretien lourds et les déploiements prolongés réduisent mécaniquement le nombre de navires disponibles à un instant T.

3. Des choix budgétaires sous tension
Malgré une hausse des crédits (avec un objectif de 42 milliards d'euros pour les armées en 2026), des dilemmes capacitaires apparaissent :
- Le dilemme du Porte-Avions : Le financement du futur porte-avions de nouvelle génération (PANG) pourrait entrer en concurrence avec le besoin immédiat de frégates et de sous-marins d'attaque (SNA) en nombre suffisant.
- Le besoin de "masse" : La technologie ne suffit plus ; l'amiral Vaujour et le général Mandon insistent sur la nécessité d'avoir un format de flotte plus "dense" pour tenir dans la durée.

4. L'urgence technologique
Pour compenser le manque de navires habités, la Marine mise sur :
- L'intégration massive des drones : Un test majeur est prévu début 2026 en rade de Brest pour opérer uniquement avec des systèmes autonomes.
- La lutte sous-marine : Une priorité absolue face au développement des capacités de détection adverses.
À noter : L'alerte est d'autant plus vive que les délais de fabrication navale sont longs (souvent 10 à 15 ans), ce qui rend les décisions prises aujourd'hui cruciales pour la décennie 2030-2040.

