C’est la grande illusion française. Une sorte de névrose nationale, entretenue scrutin après scrutin, qui consiste à croire que le salut viendra de l’homme (ou de la femme) providentiel(le). À chaque élection présidentielle, le même psychodrame se joue : nous cherchons le "bon" monarque, celui qui sera enfin compétent, intègre, soucieux du bien commun, et qui utilisera la puissance de l’État pour "réparer" la France.

Et à chaque fois, inlassablement, le réveil est douloureux. Nous finissons par nous demander comment des individus aussi médiocres, cyniques, ou manifestement inadaptés aux enjeux du réel, ont pu se hisser au sommet de la pyramide.
La réponse facile, celle que nous servent les éditorialistes de la presse subventionnée, est celle de l’accident. "Erreur de casting", nous dit-on. Ou bien l’on invoque la montée des "populismes" et la bêtise supposée des électeurs.
Pourtant, il existe une explication bien plus effrayante, mais beaucoup plus rationnelle. Elle a été formulée il y a quatre-vingts ans par un économiste autrichien, Friedrich Hayek, dans un chapitre au titre prophétique de La Route de la servitude : « Pourquoi les pires se retrouvent-ils au sommet? » Ce que Hayek nous démontre, et qui résonne avec une actualité glaçante sous la Ve République finissante, c'est que la médiocrité de nos dirigeants n'est pas une anomalie. C'est une nécessité structurelle du système technocratique et centralisé que nous avons bâti.


L’illusion de l’outil neutre
Pour comprendre pourquoi nous sommes gouvernés par ce que l’on pourrait appeler une "caste" aux mœurs politiques douteuses, il faut d’abord briser un mythe : celui de la neutralité de l’État.

Dans l’imaginaire collectif français, l’État est une machine formidable. Si elle déraille, c’est parce que le conducteur est mauvais. Si nous mettions un "Saint-Louis" ou un "De Gaulle" aux manettes de l'administration, du fisc et de la sécurité sociale, alors le paradis sur terre adviendrait. Hayek pulvérise cette croyance. Il explique que la nature même d'un système qui prétend diriger la vie des gens, organiser l'économie et "faire le bonheur" des masses, agit comme un filtre. Mais un filtre inversé.

Une machine construite pour la coercition et l'ingénierie sociale ne peut pas être pilotée par des saints. Elle exige, pour fonctionner, des traits de caractère bien spécifiques. Ce que nous appelons aujourd'hui la "caste" – cette fusion entre la haute administration, la finance de connivence et le politique – n'est pas une déviation de la démocratie. C'est le produit biologique de l'étatisme.
Hayek identifie trois mécanismes de sélection négative qui expliquent pourquoi l'ascension sociale, dans un tel système, favorise inévitablement les profils les moins scrupuleux. Regardons comment ils s'appliquent méthodiquement à la France d'Emmanuel Macron et de ses prédécesseurs.
Premier mécanisme : la prime à la médiocrité intellectuelle
Le premier constat de Hayek est politiquement incorrect au possible : pour diriger un système centralisé qui doit imposer une vision unique à toute la société, il faut s'appuyer sur le "plus petit commun dénominateur" intellectuel.
Plus le niveau d'éducation et d'intelligence critique est élevé, plus les opinions sont diversifiées. Les gens cultivés doutent, nuancent, discutent. Or, le chef, le technocrate en chef, a besoin d'unité. Il a besoin de faire "bloc". Il ne peut pas s'appuyer sur ceux qui pensent par eux-mêmes. Il doit donc recruter sa base, et ses cadres, parmi ceux dont les convictions sont les plus malléables.

Ne reconnaissez-vous pas ici le portrait robot de notre élite administrative, ces "Young Leaders" et autres produits formatés par l'ENA ou Sciences Po? On ne leur demande pas d'être brillants ou originaux. On leur demande d'être dociles. On leur demande d'absorber des "éléments de langage" – ce que Hayek appelait des "systèmes de valeurs prêt-à-porter" – et de les répéter avec conviction.
Le système sélectionne ceux qui sont capables de changer d'avis du jour au lendemain sans ressentir la moindre dissonance cognitive. Hier, le masque était inutile ; aujourd'hui, il est obligatoire. Hier, le nucléaire était dépassé ; aujourd'hui, il est l'avenir. Celui qui a de la mémoire ou de la logique est un obstacle. Celui qui est "docile et crédule", ou suffisamment cynique pour feindre de l'être, est promu. C'est la victoire du "bureaucrate retors" sur l'homme de convictions.

Deuxième mécanisme : la cohésion par la haine
Une fois que vous avez écarté les esprits trop critiques, comment souder le groupe? Comment obtenir l'adhésion des masses à des politiques qui, bien souvent, vont contre leurs intérêts? Hayek est formel : il est plus facile d'unir les gens sur un programme négatif – la haine de l'ennemi, l'envie des riches – que sur un projet positif.
C'est la loi de la polarisation permanente. Regardez le "narratif" gouvernemental depuis quelques années. Il ne fonctionne que par la désignation de boucs émissaires.
Il y a eu les "Gilets Jaunes", traités de barbares factieux. Il y a eu les "non-vaccinés", désignés comme des irresponsables qu'il fallait "emmerder" (terme technique de gestion politique, notons-le). Il y a "l'extrême droite", épouvantail commode agité à chaque élection pour éviter d'avoir à présenter un bilan.

Le dirigeant "idéal" dans ce système n'est pas celui qui rassemble, contrairement à la novlangue officielle. C'est celui qui sait le mieux désigner l'ennemi, intérieur ou extérieur. C'est celui qui sait manipuler l'envie (la haine de ceux qui réussissent, ou inversement, le mépris de ceux qui ne sont rien) pour consolider son pouvoir. La sélection négative favorise le cliveur, le manipulateur, celui qui manie la peur comme instrument de gouvernement. Un homme juste, qui refuserait par principe de monter une partie de la population contre l'autre, serait immédiatement éjecté du jeu politique. Il serait jugé "faible".
Le Courrier des Stratèges brise l'omerta sur ce que beaucoup considèrent comme l'une des plus grandes opérations de kompromat (chantage par le dossier) du siècle.
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Troisième mécanisme : l'inversion morale et les "besognes répugnantes"
C'est ici que l'analyse devient la plus sombre, mais aussi la plus pertinente pour comprendre l'état de délabrement moral de nos institutions. Hayek explique qu'un système qui prétend faire le bonheur des gens malgré eux, ou qui prétend "gérer" la société comme une entreprise, finit toujours par se heurter à la conscience individuelle.
Il arrive un moment où, pour "sauver le système" (ou l'euro, ou le climat, ou la santé publique), il faut prendre des mesures que la morale ordinaire réprouve. Il faut mentir sur les chiffres. Il faut briser des carrières. Il faut espionner les citoyens. Il faut sacrifier des libertés fondamentales. Hayek appelle cela les "besognes répugnantes" (bad jobs).

Or, qui est prêt à faire cela?
L'homme intègre, celui qui a des principes moraux absolus (on ne ment pas, on ne spolie pas), finira par dire non. Il démissionnera, ou il sera mis au placard.
Qui reste-t-il? Ceux qui n'ont pas de scrupules. Ceux qui pensent que "la fin justifie les moyens". Ceux pour qui la loyauté au Parti, au Chef ou à la "Cause" passe avant la vérité.
C'est le phénomène de "l'inversion morale" décrit par Michael Polanyi et repris par Hayek. Dans ce système, la cruauté ou le mensonge deviennent des vertus s'ils sont commis au nom de l'intérêt supérieur de l'État. Regardez la gestion de la crise COVID : le mensonge d'État a été érigé en vertu civique. Ceux qui le pratiquaient avec le plus d'aplomb sur les plateaux télévisés ont été récompensés. Ceux qui tentaient de dire la vérité factuelle ont été ostracisés.

Le système agit comme une centrifugeuse : il expulse les honnêtes gens et concentre les cyniques au sommet.
La loi de Gresham de la politique
En économie, la loi de Gresham dit que "la mauvaise monnaie chasse la bonne". Si vous mettez en circulation une monnaie frelatée et une monnaie d'or en leur donnant la même valeur faciale, les gens garderont l'or et utiliseront la monnaie frelatée. À la fin, il ne reste plus que la mauvaise monnaie en circulation.
En politique française, c'est exactement la même chose. Le politicien qui refuse la démagogie, qui refuse de promettre de "l'argent magique", qui refuse de flatter les bas instincts, est désavantagé. Il est la "bonne monnaie". Il est thésaurisé, c'est-à-dire qu'il se retire dans le privé ou dans l'abstention.

Il ne reste sur le marché électoral que la "mauvaise monnaie" : le bonimenteur, le technocrate arrogant, le démagogue.
La "caste" dont nous parlons souvent au Courrier des Stratèges n'est rien d'autre que le résultat de décennies de cette sélection négative. Ce n'est pas un complot au sens où des hommes en cagoule se réuniraient pour décider d'être méchants. C'est plus grave : c'est un écosystème où la vertu est un handicap évolutif.
La solution n'est pas dans le "Grand Homme"
Alors, la France irait-elle mieux avec un président juste et compétent? La question est biaisée.
Car un président juste et compétent, au sens plein du terme, ne pourrait tout simplement pas arriver au pouvoir dans le système actuel. Et s'il y arrivait par miracle, le système l'expulserait ou le corromprait.
Comme l'écrivait Hayek : « Nous ne devons pas nous leurrer en croyant que tous les braves gens doivent être démocrates... », mais nous ne devons pas non plus croire que le totalitarisme (ou sa version moderne, le "totalitarisme mou" technocratique) est le fait d'un accident historique.

Tant que nous laisserons à l'État ce pouvoir démesuré de régenter nos vies, de distribuer les prébendes et de définir la Vérité, nous attirerons au sommet les "pires". Ceux qui jouissent du pouvoir pour le pouvoir. Ceux qui n'ont aucune inhibition morale.
La seule solution n'est pas de changer le bonhomme, mais de changer la machine. C'est de réduire le périmètre de la proie pour affamer le prédateur. C'est ce que nous appelons parfois la sécession : cesser d'attendre du sommet ce qu'il ne peut pas donner, et reconstruire des solidarités réelles, à la base, loin de la sélection négative des palais parisiens.
Ne cherchez pas un sauveur. Le système a été conçu pour qu'il ne puisse pas exister.









