La diplomatie occidentale devient-elle sénile?

La diplomatie occidentale devient-elle sénile?


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Les Etats-Unis ont clairement stérilisé les discussions avec la Russie il les 10, 11 et 12 janvier 2022. Et les Etats membres de l'OTAN n'ont pas protesté. En soi, il n'est pas très surprenant que les pays occidentaux aient besoin de temps pour se mettre à négocier avec les Russes. En revanche, on est frappé de voir les motivations données par les Américains et partagées par les Européens. Il s'agirait d'éviter une nouvelle guerre froide, une nouvelle division de l'Europe. Au-delà de la prophétie auto-réalisante  - on finit par produire la guerre froide que l'on dit redouter - on est frappé de voir combien à Washington,  on reproduit les stéréotypes d'il y a cinquante ans, en étant incapables d'en sortir.

La Russie avait proposé aux Etats-Unis d’entamer une négociation sérieuse sur l’équilibre de sécurité en Europe. Comme on le sait, les deux puissances se sont rencontrées d’abord en tête à tête, le 10 janvier; puis le lendemain dans le cadre de la commission OTAN-Russie; enfin, le 12 janvier au sein de l’OSCE. 

En fait, tout s’est joué le lundi matin 10 janvier, lors du début des discussions. La délégation américaine a fait savoir que son mandat était limité: Wendy Sherman a fait savoir à Sergueï Rabkov qu’elle n’avait pas d’autre mandat que de discuter de la présence de troupes américaines et russes en Ukraine. 

Autant dire que la discussion était mort-née. Le lendemain, lors de la rencontre avec l’OTAN, la Russie s’est entendue dire par les Etats-Unis que l’Alliance parlerait d’une seule voix. Et, lors de la rencontre avec l’OSCE, la présidence suédoise de l’organisation, représentant un pays actuellement en débat sur le fait  de rejoindre l’OTAN ou non, n’a introduit aucune discussion digne de ce nom. 

Un Occident présentant les symptômes de la sénilité diplomatique

Pendant la Guerre froide, l’Occident a toujours essayé de parler avec les Soviétiques. Et la presse occidentale était pluraliste: cela agaçait mais l’URSS avait ses avocats à l’Ouest. 

Aujourd’hui, les enfants de ceux qui prônaient la détente avec l’URSS sont devenus de farouches russophobes – comme le montre l’attitude du Parti Démocrate américain. 

Le problème, c’est que les héritiers de Reagan, les Républicains confondent, eux, Russie et URSS. Seul Trump, homme de la diplomatie d’équilibre, avait compris que les USA avaient besoin d’un compromis avec la Russie pour pouvoir peser sur la Chine. 

Depuis un an, nous avons des progressistes qui détestent « les valeurs »‘ de la Russie poutinienne; et des conservateurs américains qui ratiocinent sur le nouveau danger moscovite. 

Cela donne la consternante attitude américaine – appuyée par l’Union Européenne: en plein pourparlers, le Congrès a menacé Vladimir Poutine de sanctions économiques. 

L’explication par le « Deep State » n’est pas suffisante. Il y a bien entendu les partisans d’un accroissement permanent de l’appareil militaire américain. Mais cela n’empêcherait pas de faire preuve d’intelligence stratégique. Henry Kissinger, dans les années 1970, avait expliqué qu’il ne fallait pas que les Etats-Unis affrontent à la fois Pékin et Moscou et il avait amorcé le rapprochement avec la Chine. Seul Trump s’est posé en héritier de Kissinger – même si la comparaison ne fait pas plaisir au très snob Germano-Américain

Comment qualifier l’attitude du reste des élites américaines? la puérilité d’après la maturité est un signe de sénilité. Et c’est bien l’impression que donnent les Américains. Ils radotent et rejouent la Guerre froide, comme des souvenirs d’anciens combattants. 

Les pays d’Europe occidentale aussi, qui avaient pourtant été décisifs pour sortir de la Guerre froide dans les années 1980, sont eux aussi retombés en enfance. 

Vladimir Poutine trouvera-t-il des interlocuteurs un jour prochain ? Il le faut parce que la situation est dangereuse.  


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