La « dédollarisation » en marche ?par Jean Goychman

La « dédollarisation » en marche ?par Jean Goychman


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La ligne de partage du monde entre l’Occident et le reste de la planète se précise. Une apparition, restée sous la ligne de détection des radars de la « médiatrie » conformisée de la bien-pensance mondialiste, va lui faire franchir une étape nouvelle.

En gestation depuis quelques années, un accord d’une importance sans précédent concrétise ce qui, jusqu’à maintenant, ne suscitait que le dédain et l’incrédulité des courtisans du système « dollar ». Il s’agit de la création d’un nouveau système de paiement propre à tout le « Sud » mondial.

A l’origine, l’Union Economique Eurasienne  (UEEA)

Cet article de Pepe Escobar détaille les différentes étapes de la construction de ce mode de paiement

qui est conçu pour s’étendre vers une union économique en gestation et qui risque de s’étendre de proche en proche partout où le dollar, sous l’égide de la Banque Mondiale et du FMI (Fonds Monétaire International) a fait subir ses lois implacables.

Le rapprochement entre les BRICS+ et l’OCS est d’ores et déjà acté. Évoqué depuis 2016 dans un article publié par l’association « Eclat » et écrit par le général Delawarde, au moins quatre des cinq points à l’origine de cette démarche ont prospéré :

– Rejet d’un monde unipolaire régenté par les USA et ses satellites, évolution vers un monde
multipolaire permettant d’établir de plus justes équilibres et de traiter d’égal à égal.
– Rejet de l’ingérence tous azimuts et tous prétextes (des USA et de leurs alliés) dans les affaires
intérieures d’états souverains. C’est la vocation de l’OCS de s’y opposer en Eurasie.
– Réforme globale de l’ONU et de son Conseil de sécurité, «afin qu’elle soit plus efficace et plus
représentative ».
– Réforme du système économique international établi à Bretton Woods, fondé sur le FMI, la
Banque Mondiale et le dollar: système créé par les occidentaux, pour les occidentaux, mais jugé injuste aujourd’hui par les pays en développement.

C’est vraisemblablement de ce dernier point qu’est issue l’initiative de l’Union Économique Eurasienne. Pour les particuliers, il s’agit d’une carte bancaire unique qui leur permettra de réaliser des transactions dans tous les pays signataires. Elle est amenée à suppléer progressivement les autres cartes de type « Visa » ou « Mastercard » en fusionnant les systèmes de paiement déjà existants, tels que le « Mir » russe, l’Unionpay chinois, l’Elo brésilien et tous les autres venant des pays rejoignant ce nouveau système.

Un défi direct lancé au système occidental et surtout au dollar

Ce projet, qui s’inscrit directement dans le mot d’ordre de « rassembler ce qui est épars » est un pas important, pour ne pas dire crucial, vers une unité monétaire destinée dans un premier temps à concurrencer le dollar. Mais rien n’interdit de penser qu’à terme, il s’agit effectivement de le remplacer dans un secteur géographique délimité, mais à forte capacité d’extension.

De par sa nature même de monnaie « fiduciaire », non adossée à une valeur intrinsèque, le dollar est  devenue un « colosse au pied d’argile » et son double statut de monnaie domestique et simultanément monnaie de réserve internationale pourrait, après avoir assuré son succès, causer également sa perte. Tant qu’il conservait son monopole de fait à l’international, les États-Unis pouvaient s’endetter à bon compte, les dettes ainsi créées étant, en quelque sorte, transmises aux pays qui utilisaient le dollar, c’est à dire la quasi totalité de la planète.

Cette situation avait d’ailleurs été rappelée, non sans une certaine morgue, par le secrétaire américain au Trésor John Connally « Le dollar est notre monnaie et c’est votre problème »

Mais c’était en 1971 et depuis les choses ont bien changé et l’insolence du ton n’est plus de mise.

Une réunion du CEE (Conseil Economique de l’Eurasie) qui fera date

Une réunion du Conseil Economique de l’Eurasie s’est tenue à Moscou le 14 décembre 2022, à laquelle Vladimir Poutine était présent. Son ordre du jour précise que :

« Les membres du Conseil de la CEE doivent discuter de la formation du marché commun des services dans l’Union économique eurasienne (UEE), des propositions concernant les mécanismes de financement des programmes et projets communs de l’UEE, d’un projet de protocole sur les amendements au traité de l’UEE ( projet de « III grand protocole »).

L’ordre du jour de la réunion comprendra également les questions relatives à la liste comparative des biens soumis à évaluation réalisée dans le cadre du marché unique des services d’évaluation immobilière ; le rapport sur les mécanismes d’amélioration de l’échange d’informations entre les administrations fiscales des États membres de l’UEE utilisant les technologies de l’information ; et autres articles

Les vice-premiers ministres devraient également modifier les règlements du Forum économique eurasien et le plan d’action pour la stratégie d’intégration économique eurasienne jusqu’en 2025. »

Il est encore trop tôt pour disposer des comptes-rendus afin de les analyser mais ceci sera fait dès que possible. Cependant la lecture de l’ordre du jour montre que ce projet est déjà très avancé puisqu’il rentre dans sa phase d’insertion dans les économies des pays de l’UEE en définissant les modes de financement, les secteurs de produits concernés et les modifications réglementaires nécessaires. Bien que purement techniques, ces actions montrent clairement une volonté d’aboutir rapidement, ce qui ferait de cette zone de commerce, compte-tenu du volume des échanges économiques qu’elle sous-tend, l’un des premiers, sinon le premier pôle économique de ce futur monde « multi-polaire »

Il reste à savoir maintenant quelle sera la réaction des partisans du monde « monopolaire » qui semblent aujourd’hui de plus en plus circonscrits au monde Occidental


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