Du 1er au 22 juin 2026, François Bernardini, ex-maire socialiste d'Istres, comparaît devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d'intérêts. Au cœur du dossier : huit marchés publics truqués, dont ceux des cantines scolaires, gonflés de dizaines de milliers d'euros sur des deniers publics. Le Parquet national financier instruit cette affaire depuis dix ans. La défense, elle, joue la montre.
Le procès en cours de François Bernardini, ex-maire d’Istres, révèle un système classique de favoritisme municipal : des marchés publics de cantines scolaires artificiellement gonflés de dizaines de milliers d’euros, au détriment des familles et des finances locales. Entre détournement de fonds publics, favoritisme et prise illégale d’intérêts, cette affaire illustre comment une caste locale transforme l’assiette des écoliers en instrument de pouvoir et d’enrichissement.
Comment l'argent des écoliers a financé le système Bernardini
Du 1er au 22 juin 2026, devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris, François Bernardini et plusieurs de ses anciens collaborateurs répondent de huit marchés publics attribués de manière irrégulière.

Parmi eux figurent ceux des cantines scolaires, dont les montants ont été surévalués de dizaines de milliers d’euros par rapport aux offres initiales. Les faits les plus anciens remontent à 2009. Pendant des années, sous la municipalité Bernardini, des marchés publics auraient été attribués en dehors de toute mise en concurrence sérieuse (en violation du Code des marchés publics), dont la raison d'être est précisément d'éviter ce type de captation.

L’ex-maire divers gauche, en poste depuis 2008, et ses proches ( dont l’ancienne première adjointe Nicole Joulia) sont au cœur de l'affaire. Les magistrats examinent comment les règles d’attribution des contrats publics semblaient traitées comme de simples détails, au profit d’entreprises choisies. La ville d’Istres s’est constituée partie civile pour obtenir « toute la vérité », selon son nouveau maire.
Le favoritisme, maladie chronique des collectivités
L’affaire dépasse largement le cadre technique des marchés publics. Elle met en lumière un mécanisme classique de la vie politique locale : la concentration du pouvoir favorise l’émergence de réseaux de fidélité où les procédures censées garantir la concurrence deviennent progressivement des formalités.

La défense du maire a notamment tenté de faire valoir la prescription de certains faits. Mais au-delà des débats procéduraux, une question demeure : comment des marchés portant sur un service aussi essentiel que la restauration des enfants ont-ils pu faire l’objet de telles pratiques présumées sans déclencher plus tôt d’alerte institutionnelle ?

Le PNF, habitué aux grandes affaires de corruption d'État, a consacré dix ans à démêler les pratiques d'une ville de 43 000 habitants dans les Bouches-du-Rhône. Ce détail mérite attention : ce n'est pas l'ampleur financière qui justifie une telle mobilisation judiciaire, mais la densité du réseau et l'obstruction probable à l'enquête.

La vraie question n'est pas de savoir si Bernardini sera condamné, la prescription pourrait bien sauver une partie du dossier. Elle est ailleurs : combien de maires, dans combien de communes françaises, pratiquent le même favoritisme ordinaire, à l'abri d'un PNF débordé et d'une presse locale trop souvent complaisante ?



