Heureusement que de Gaulle n’a pas respecté le « devoir de réserve » de Madame Parly
Charles de Gaulle et le président de la République Albert Lebrun, en 1940

Heureusement que de Gaulle n’a pas respecté le « devoir de réserve » de Madame Parly


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Enfin, des militaires prennent part aux débats de la République devrait-on dire ! Dans les années 1930, Charles de Gaulle se lança dans une campagne d'opinion en faveur d'une utilisation moderne de l'arme blindée et d'une professionnalisation de l'armée. Ce qu'il faut regretter, historiquement parlant, ce n'est pas qu'il ait enfreint un "devoir de réserve" à cette époque mais qu'il n'y ait pas eu plus d'officiers pour participer aux débats sur la défense. La leçon est toujours d'actualité.

Si certains ne conservent que l’idée que les militaires ont un perpétuel devoir de réserve, il s’agit de définir le concept, et savoir à qui et dans quelles circonstances il s’applique.

Le Capitaine de corvette Eric Mailly rappelle l’histoire de l’usage du devoir de réserve dans un article publié par l’École de guerre. De plus, il est intéressant de souligner que : « En 2003 déjà, la commission de révision du statut militaire, notait que  » le temps n’est plus où le colonel de Gaulle publiait Vers l’armée de métier et regrettait que « les militaires participent peu aux débats sur la défense « . »

Les militaires devraient-ils s'auto-censurer en République?

D’une manière générale, les agents de l’Etat sont tenus à un « devoir de réserve »qui n’interdit pas la participation au débat public comme citoyen, comme on peut le lire sur service-publique.fr : « Les fonctionnaires et les agents contractuels sont soumis au devoir de réserve. Cette obligation concerne le mode d’expression des opinions et non leur contenu.». Les personnes soumises au devoir de réserve, comme les militaires, sont donc tenues de s’exprimer avec mesure sur ses opinions personnelles, « pendant et en dehors du temps de service ». Mais ne sont donc pas tenues au silence. Ce devoir s’applique plus ou moins rigoureusement en fonction de la place dans la hiérarchie, des circonstances et de la publicité a posteriori des propos et si des termes injurieux ont été employés. La LOI n°2005-270 du 24 mars 2005 portant statut général des militaires (1) stipule que « Les opinions ou croyances, notamment philosophiques, religieuses ou politiques, sont libres.Elles ne peuvent cependant être exprimées qu’en dehors du service et avec la réserve exigée par l’état militaire. » (Article 4)

Si l’on applique ces principes républicains aux signataires de la pétition : non seulement des militaires en retraite avaient toutes les raisons de contribuer au débat public comme ils l’ont fait. Mais il n’est pas illégitime que des membres de l’armée d’active participent au débat public. Ce serait bienvenu, comme le faisait le Colonel de Gaulle sur l’évolution de la stratégie française. Ou comme avait tenté de le faire le Général Pierre de Villiers, avant d’être contraint à démissionner par Emmanuel Macron en 2017 Mais la pétition de « Place d’Armes » aussi s’empare de sujets qui ont trait à la sécurité intérieure et extérieure du pays.

Les militaires sont engagés sur le terrain pour combattre le terrorisme

Prenons en compte, enfin, un dernier argument. L’armée, comme la police, est particulièrement ciblée, lors des attentats qui se sont succédé depuis quelques années. Pour faire face à la menace terroriste, le gouvernement a instauré de lui-même des patrouilles de l’armée sur le sol français. Par conséquent, n’est-il pas légitime que le militaire sur le terrain se permette de faire son rapport au gouvernement ? D’autant que, « les militaires, en tant que praticiens de l’art de la guerre, doivent pouvoir contribuer librement aux débats sur les enjeux de défense ». Comme De gaulle l’a toujours rappelé, par exemple dans la Discorde chez l’ennemi,  la République exige que l’autorité militaire obéisse, au bout du compte, à l’autorité politique. Mais cela ne veut pas dire que les militaires ne participent pas à l’élaboration des décision de défense, au besoin par le débat. Il y a un temps pour la réflexion stratégique et un temps pour la bataille. On est toujours « entre deux batailles » .

Contester l’autorité du gouvernement n’était pas l’objet de cette tribune. Les incantations sur un putsch ou sur un « appel à la guerre civile » sont inappropriées, puisque le message de la tribune est bien de tenter de prévenir afin de l’éviter.


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