Une nouvelle course à l'armement ? par Elise Rochefort

Une nouvelle course à l'armement ? par Elise Rochefort


Partager cet article

L'analyse du paysage géostratégique mondial, en cette fin d'année 2025, révèle une intensification marquée de la compétition militaire entre les grandes puissances. Cette dynamique, caractérisée par une hausse record des dépenses d'armement, une modernisation accélérée des arsenaux, notamment nucléaires, et l'érosion rapide des cadres de régulation, confirme l'entrée dans une nouvelle ère de confrontation.

Voici une analyse détaillée de cette nouvelle course à l'armement.

1. Dans quelle mesure pouvons-nous parler d'une nouvelle course à l'armement ?

Nous pouvons affirmer sans équivoque l'existence d'une nouvelle course à l'armement, attestée par des indicateurs convergents et préoccupants :

  • L'explosion des dépenses militaires : les dépenses militaires mondiales atteignent des sommets historiques. Selon les instituts de recherche comme le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), les budgets de défense ont connu ces dernières années leur plus forte augmentation depuis la fin de la Guerre Froide, stimulés par la guerre en Ukraine, les tensions en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient.
  • La modernisation et l'expansion nucléaire : les neuf États dotés de l'arme nucléaire sont tous engagés dans de vastes programmes de modernisation de leurs triades (vecteurs terrestres, maritimes et aériens). Plus inquiétant encore, certains arsenaux sont en expansion rapide, notamment celui de la Chine, qui vise la parité stratégique avec les États-Unis et la Russie.
  • La course technologique qualitative : la compétition se focalise sur les technologies de rupture qui remettent en cause les équilibres stratégiques : missiles hypersoniques (extrêmement rapides et manœuvrables), intelligence artificielle (IA) pour l'autonomie des systèmes d'armes, capacités cybernétiques offensives et militarisation de l'espace (armes anti-satellites).

2. Qui a relancé cette course ?

La responsabilité ne peut être imputée à un seul acteur. Elle résulte d'un changement systémique majeur : la fin de l'ère unipolaire dominée par les États-Unis et le retour à une compétition entre grandes puissances dans un ordre multipolaire contesté. Trois dynamiques principales convergent :

  • La rivalité stratégique sino-américaine : c'est le facteur le plus structurant. La montée en puissance militaire fulgurante de la Chine et son assertivité régionale ont poussé les États-Unis à réorienter leur stratégie de défense pour contrer ce qu'ils appellent le "pacing challenge" (le défi du rythme).
  • Le révisionnisme russe : la volonté de la Russie de réaffirmer sa puissance, culminant avec l'invasion de l'Ukraine, a provoqué un réarmement massif en Europe. Moscou investit dans des systèmes stratégiques novateurs (comme le drone sous-marin Poséidon ou les missiles hypersoniques) pour compenser ses faiblesses conventionnelles et défier l'OTAN.
  • L'érosion de la confiance : le délitement progressif de l'architecture de sécurité internationale et le manque de dialogue stratégique ont créé un vide sécuritaire, favorisant une logique de compétition débridée.

3. Quel est le rôle de Trump dans une nouvelle prolifération de l'arme nucléaire ?

Le rôle de Donald Trump est central dans l'accélération de cette course et la déstabilisation de l'ordre nucléaire international. Son approche, marquée par le rejet du multilatéralisme et une préférence pour la démonstration de force, a favorisé la prolifération verticale (l'augmentation des arsenaux existants) en démantelant les cadres de contrôle.

  • Le démantèlement des traités (premier mandat 2017-2021) : son administration a retiré unilatéralement les États-Unis d'accords cruciaux :
    • Le JCPOA (Accord sur le nucléaire iranien) en 2018.
    • Le Traité FNI (Forces Nucléaires Intermédiaires) en 2019, mettant fin à l'interdiction des missiles de portée intermédiaire en Europe et en Asie.
    • Le Traité Open Skies (Ciel ouvert) en 2020, réduisant la transparence militaire.
Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Plafonds de verre RN et LFI en 2027 : que dit la science politique sur leur épaisseur ?

Par Elise Rochefort À onze mois du premier tour de l'élection présidentielle, prévu au printemps 2027, les enquêtes d'opinion dessinent une configuration que la science politique connaît bien : deux formations de protestation arrivées en tête de leur camp, et l'une comme l'autre confrontées à un seuil qu'elles n'ont jamais franchi. Le Rassemblement national n'a pas accédé à l'Élysée en 2002, 2017 ni 2022. La France insoumise n'a jamais qualifié son candidat pour un second tour présidentiel.


Rédaction

Rédaction

Autonomie de la Corse : la Vè République en peau de chagrin

Autonomie de la Corse : la Vè République en peau de chagrin

Par Thibault de Varenne L'Assemblée nationale examine depuis ce mardi 16 juin un projet de loi constitutionnelle « pour une Corse autonome au sein de la République ». Le texte, déposé fin avril et adopté en commission au début du mois, inscrirait dans la Constitution un statut particulier pour l'île, un pouvoir d'adaptation des lois, un article nouveau taillé pour elle seule. LE COURRIER DES STRATÈGES Restez libre ! LA NEWSLETTER · GRATUITE Le Courrier, chaque matin. L'essentie


Rédaction

Rédaction

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

À partir de quel seuil faut-il vendre son or ?

Par Vincent Clairmont L'once d'or s'échange ce mardi 16 juin autour de 4 300 dollars sur le marché spot de Londres, soit environ 3 950 euros. C'est plus de 20 % en dessous du record de fin janvier, où le métal avait frôlé 5 600 dollars. La question qui dominait les messages de lecteurs au printemps — est-il trop tard pour acheter ? — a changé de signe. Depuis la correction, on me demande l'inverse : à partir de quel seuil faut-il vendre ? Ma réponse tient en une phrase, puis je la déplie. Le b


Rédaction

Rédaction

Trois poules dans le jardin? Jusqu'à 6 000 euros d'amende
Photo by Thomas Iversen / Unsplash

Trois poules dans le jardin? Jusqu'à 6 000 euros d'amende

En 2026, élever trois poules pondeuses au fond de son jardin relève désormais du parcours administratif. Déclaration sanitaire en mairie, autorisation d’urbanisme selon la surface du poulailler, distances de voisinage imposées : l’État et les communes transforment un geste de bon sens ancestral en infraction potentielle. Sanction à la clé ? De 750 € à 6 000 €. L'État vient de transformer l'acte le plus élémentaire d'autonomie alimentaire en une procédure bureaucratique à part entière. L


Rédaction

Rédaction