Le gouvernement persiste. Face à la hausse des prix du carburant, Roland Lescure, ministre de l’Économie, a exclu ce 26 mars sur RTL toute baisse générale des taxes ou tout plafonnement à la pompe. Seules des aides ciblées, réservées aux « gros rouleurs » et à certains professionnels, seront annoncées « dans les tout prochains jours ». Un choc de prix, pas de pénurie, assume-t-il. L'objectif est clair: Bercy choisit ses protégés, et préfère aider certains plutôt que tous.

Alors que les prix à la pompe s’envolent sous l’effet des tensions géopolitiques et que la facture énergétique des ménages atteint des sommets, le gouvernement assume désormais une ligne claire : pas de baisse générale des taxes, pas de plafonnement des prix. À la place, des aides « calibrées » promises par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, le 26 mars sur RTL, seules des aides ciblées sur les « gros rouleurs » et certains professionnels seront annoncées « dans les tout prochains jours ».
Refus d’agir sur les prix : priorité aux recettes publiques
Le diagnostic officiel évoque un « choc sur les prix » lié aux tensions au Moyen-Orient et à la hausse du pétrole. Mais derrière cette lecture technique se cache un choix politique clair : préserver les recettes fiscales.
Hausse du prix du carburant : le gouvernement promet des mesures ciblées « dans les tout prochains jours » https://t.co/q5HoORuHx1
— Le Parisien | économie (@leparisien_eco) March 26, 2026
Roland Lescure a été catégorique : « Il n’y a pas de formule magique » pour bloquer la hausse à la pompe. Exit donc la baisse des taxes – l’une des plus lourdes d’Europe sur les carburants – ou tout mécanisme général de protection.

Selon le ministre, une baisse généralisée coûterait plusieurs milliards d’euros, comme l’a montré la remise de 2022.
À la place, Bercy promet des aides ciblées pour les « gros rouleurs », ces actifs contraints d’utiliser leur véhicule pour travailler. Une réponse administrative, conditionnelle, qui suppose tri, contrôle et délais. Pour mémoire, en 2023, les aides énergétiques diverses (chèque carburant, remise à la pompe, indemnité inflation) avaient déjà coûté plus de 8 milliards d’euros sans résoudre la dépendance structurelle aux prix mondiaux.
Un G7 Finances-Énergie pour coordonner l’impuissance
Dans les faits, certains acteurs ont déjà obtenu des concessions. Les transporteurs routiers et les pêcheurs bénéficient de dispositifs spécifiques, preuve que les secteurs organisés pèsent davantage dans l’arbitrage public.

À l’inverse, les ménages périurbains ou ruraux, pourtant fortement exposés, restent dans l’attente. Une fracture classique entre groupes capables de mobilisation .
Dans le même entretien, le ministre a annoncé, pour la première fois depuis cinquante ans, la convocation d’un G7 réunissant ministres des Finances, ministres de l’Énergie et gouverneurs des banques centrales. La réunion se tiendra en visioconférence. Objectif officiel : aligner les réponses face au choc énergétique et financier.
Souveraineté énergétique en question
En refusant toute action structurelle sur les prix, l’État confirme son rôle d’amortisseur marginal plutôt que d’acteur souverain. La dépendance aux marchés internationaux et aux cadres supranationaux limite ses marges de manœuvre.

Par ailleurs, en choisissant ses "gagnants", le gouvernement perpétue le clientélisme qui caractérise la Ve République : on apaise les catégories les plus exposées pour éviter la grogne. Ce choix des aides ciblées segmente la population et nourrit un sentiment d’injustice fiscale. Il consiste surtout à gérer les effets sans traiter les causes.

À mesure que les crises énergétiques se répètent, une réalité s’impose : la France ajuste, compense, distribue — mais ne décide plus vraiment. Et dans cette équation, ce sont toujours les mêmes qui règlent la facture.





