Faut-il s'inquiéter du "nouveau régime d'alerte de sécurité nationale" annoncé hier par Sébastien Lecornu ?

Faut-il s'inquiéter du "nouveau régime d'alerte de sécurité nationale" annoncé hier par Sébastien Lecornu ?


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Dans une indifférence générale (qui prouve que la parole du Premier Ministre "n'imprime" définitivement pas dans l'opinion publique), Sébastien Lecornu a annoncé hier d'importantes mesures nouvelles en matière de sécurité. Entre autres, on notera cet étrange "nouveau régime d'alerte de sécurité nationale" qui consolide une préparation active de la guerre. Mais dans quel but ?

Premier point, last but not least, que personne ne m'enlèvera de l'idée : c'est un sacré problème qu'un Premier Ministre annonce urbi et orbi des mesures de préparation à la guerre - et des mesures immédiates, urgentes, importantes, sans que personne ne réagisse. C'est sidérant ! estomaquant ! Lecornu parle de procédures simplifiées pour construire des camps militaires, par exemple, il annonce des mesures pour augmenter rapidement les effectifs de l'armée... et personne ne réagit, ne serait-ce que pour exprimer une inquiétude...

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Aucun silence ne pouvait mieux illustrer l'avachissement français : le pays court à la "guerre", je veux dire à une guerre chaude, directe, meurtrière, sur notre sol, et l'indifférence se donne libre cours. Jamais dans l'histoire, probablement, l'apathie collective n'a atteint de telles proportions. Même en 1938 et 1939, années préparatoires à la "drôle de guerre" (soldée par une Grande Catastrophe), je suis convaincu que la conscience du drame à venir était plus forte, plus intense.

On serait peut-être tenté de dire "pauvre peuple qui court à sa perte sans comprendre l'imminence du danger", mais, au fond, si les Français ne voient rien venir, c'est bien leur responsabilité INDIVIDUELLE qui est en jeu, sans aucune excuse possible. Les lecteurs de Céline se souviennent ici, dans le Voyage, de l'insouciance, de la légèreté primesautière avec laquelle Bardamu rejoint l'armée, place de Clichy, en 1914, et de son effondrement lorsqu'il découvre quelques jours plus tard à peine l'horreur de la guerre. Aucun Français ne pourra dire qu'il n'avait aucun moyen de savoir ce qui lui pendait au-dessus de la tête.

Mesurez bien ce qui se passe : c'est le Premier Ministre en personne qui annonce des mesures d'exception pour favoriser la circulation de convois militaires sur nos routes, qui planifie la construction de camps (comme en 38, au fond) en vue de manoeuvres stratégiques, qui multiplie la préparation active à la guerre "chaude", et tout le monde préfère regarder ailleurs plutôt que de demander aux gouvernants : pourquoi ce tohu-bohu ?


Que les Français le veuillent ou non, et avec le "bordel" propre à notre administration défaillante, la France se prépare à la guerre. Personne ne veut le voir, tout le monde s'obstine à s'enfoncer la tête dans le sable. Pour un peu, d'aucuns me jugeraient complotistes d'évoquer sans fard l'objet de la communication du Premier Ministre hier. Et pourtant, c'est vrai, nous vivons un "nouveau régime d'alerte de sécurité nationale", selon l'expression utilisée par les pouvoirs publics, c'est-à-dire une phase de préparation active à une guerre sur le sol national.

Et tout le monde semble s'en moquer ! comme si l'essentiel tenait aux ambitions personnelles pour les prochaines présidentielles, aux querelles de Mélenchon avec le reste de la gauche, aux querelles de Retailleau avec Wauquiez, ou de Bardella avec je ne sais qui. Il y a pourtant une information beaucoup plus importante : nous préparons une guerre, nous envoyons des navires et des troupes face à l'Iran, en "guerre chaude" contre l'axe israélo-américain, et, depuis plusieurs années maintenant, Emmanuel Macron joue aux va-t-en guerre contre la Russie, pour des raisons qui restent à éclaircir.

Rappelons que les deux seules fois où la France a affronté la Russie remonte au dix-neuvième siècle. Cette quasi-absence de belligérance est une exception en Europe, alors que, depuis cinq cents ans, nous avons régulièrement affronté les autres pays européens, à commencer par l'Angleterre et la Prusse. Pourquoi, soudain, la relation avec la Russie est-elle devenue aussi problématique, alors que personne n'a noté d'intention réaliste et plausible, de la part des Russes, de nous attaquer ou de nous envahir ?

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Redisons en quoi consistent les mesures annoncées hier :

Volet capacitaire & industriel

  • Investissement massif dans les munitions : Allonge budgétaire de 8,5 milliards d'euros supplémentaires d'ici 2030 (s'ajoutant aux 16 milliards déjà prévus par la LPM).
  • Plateforme « France Munitions » : Création d'un "grossiste" national de munitions pour sécuriser les stocks, associant fonds publics et investisseurs privés.
  • Filière Drones : Accélération de la production industrielle (objectif de milliers d'unités par mois) avec l'inauguration prochaine d'un site dédié dans l'Essonne.
  • Soutien à l'industrie duale : Enveloppe de 300 millions d'euros pour soutenir les entreprises dont les technologies servent à la fois le civil et le militaire.

Volet juridique & organisationnel

  • Régime d'« état d'alerte de sécurité nationale » : Nouveau dispositif juridique permettant, en cas de menace grave, de déroger temporairement aux normes (ex: règles de circulation des poids lourds, construction rapide d'infrastructures logistiques).
  • Actualisation de la LPM : Présentation officielle du texte complet prévue pour le 8 avril prochain, avec un débat parlementaire en mai.

Sécurité intérieure (Conseil des ministres)

  • Lutte contre les stupéfiants et incivilités : Durcissement des sanctions contre les rodéos urbains, l'usage détourné du protoxyde d'azote et les mortiers d'artifice.
  • Sécurité routière : Possibilité pour les préfets d'interdire administrativement la conduite d'un véhicule (même sans permis) en cas d'infraction grave.

Comme toujours, on retrouve dans cet ensemble le mélange malsain de mesures militaires proprement dites (l'augmentation des munitions, par exemple) et de "cavaliers sécuritaires" qui n'ont rien à voir avec l'objet du texte, comme le durcissement des sanctions contre les rodéos urbains. Cette façon de faire feu de tout bois est une bonne technique pour noyer le poisson : les gens agacés par les rodéos urbains (et on les comprend) se plaindront-ils d'un texte qui prépare la guerre sur le territoire ? Bien sûr que non. Si tant est qu'ils en aient eu l'intention, la perspective de voir les rodéos urbains cesser suffit à les neutraliser et à leur faire avaler la couleuvre d'un coup.

Il fut un temps où j'avais parlé de curiaçage. Je ne peux que répéter ce mot. Pour nous conduire à accepter une guerre destructrice, le pouvoir ruse, et il ne s'honore pas en le faisant. Il noie le poisson. Il mélange des mesures fortes comme la préparation d'une logistique intense de guerre, avec des mesures ponctuelles, démagogiques, comme la répression facilitée contre les rodéos urbains ou la conduite sans permis.

La stratégie est claire : comme personne ne croit spontanément à la possibilité d'une guerre après plusieurs décennies de paix et d'insouciance, les mots les plus crus sont dilués dans des préoccupations quotidiennes importantes, certes, mais bien plus bénignes. Forcément, l'opinion aura tendance à s'attarder sur ces dernières, et à passer sous silence le sens général du texte, qui consiste à préparer la guerre.


L'Histoire retiendra que nous courons à la guerre dans la passivité moutonnière la plus générale. Tout le monde parle de tout sauf de l'essentiel :

  • voulons-nous perdre nos enfants pour détruire l'Iran ?
  • voulons-nous perdre nos enfants pour affronter une Russie dont on perçoit mal en quoi elle nous menace directement ?

Je le redis : que l'invasion de l'Ukraine par la Russie ait perturbé les esprits est bien compréhensible. Mais enfin, si la Corse prenait son indépendance à al faveur d'une implosion de la République, accepterions-nous qu'elle se dote de missiles nucléaires russes tournés vers nous ? Non, bien entendu, et nous aurions raison.

Je laisse chacun méditer cette question.


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