L’encre des éditoriaux larmoyants sur le "kidnapping" de Nicolás Maduro était à peine sèche que le cow-boy orange de la Maison Blanche posait déjà son revolver sur la tempe de l’Europe. Après le Venezuela pour le pétrole, voici le Groenland pour les terres rares et la gloire. La méthode est la même : brutale, transactionnelle, et totalement dénuée de ces fioritures diplomatiques que nos énarques parisiens chérissent tant.

Alors que Washington envisage sérieusement l'option militaire pour s'approprier un territoire autonome danois, la question n'est plus de savoir si l'Europe va réagir, mais comment elle va capituler. Car ne nous y trompons pas : dans ce théâtre d'ombres qu'est la "souveraineté européenne", la France s'apprête à offrir un spectacle de contorsionnisme moral de haute volée.
Le « en même temps » de la soumission
Au premier rang des avachis, nous retrouvons bien sûr l'Exécutif. Emmanuel Macron, drapé dans sa dignité de chef de file du "Vieux Continent", a signé une belle déclaration avec les Britanniques et les Allemands. C’est touchant. On imagine Jean-Noël Barrot, notre ministre des Affaires étrangères, bomber le torse sur France Inter pour affirmer que le Groenland n'est "ni à prendre, ni à vendre".
C'est mignon, mais c'est du vent. Ces gens-là, qui ont bâti leur carrière sur l'idée que l'État est la solution à tout, se retrouvent nus face à un État plus gros, plus méchant et moins complexé que le leur. Ils parlent de "droit international" comme d'une divinité protectrice, oubliant que ce droit n'existe que par la force de ceux qui le garantissent. Et devinez qui garantit notre sécurité depuis 1945? Le même homme qui vient de menacer d'envahir le Danemark si on ne lui vend pas l'Arctique. L'ironie est savoureuse : nos étatistes français vont devoir choisir entre leur protection militaire américaine et leur honneur européen. Spoiler : ils choisiront la sécurité, car l'État-providence français, en faillite technique, ne peut pas se payer le luxe de se défendre seul.
Les "patriotes" en PLS
Mais le spectacle le plus divertissant se joue à droite de la droite. Le Rassemblement National, d'habitude si prompt à s'enflammer pour la souveraineté des nations, est frappé d'un mutisme gêné. Jordan Bardella a bien tenté un tweet timide sur la nécessité d'une "voix indépendante", mais on sent la panique. Comment condamner l'idole Trump sans renier sa propre admiration pour la "force"?
Marine Le Pen et ses lieutenants se retrouvent coincés dans leur propre piège cognitif : ils adorent les hommes forts qui bousculent le système, jusqu'à ce que l'homme fort décide que l'Europe est un self-service. Ils sont les cocus magnifiques de cette histoire, réalisant trop tard que le nationalisme version Trump n'est pas une internationale des patriotes, mais une prédation darwinienne. Ils se coucheront, non par atlantisme, mais par fascination morbide pour le pouvoir brut.

Les idiots utiles de l'anti-impérialisme
Enfin, il y a la gauche mélenchoniste. Eux, au moins, sont cohérents dans leur hystérie. Jean-Luc Mélenchon hurle au "crime d'agression" en liant le Groenland au Venezuela. Mais ne nous y trompons pas : leur indignation ne vient pas d'un amour pour la liberté des Groenlandais (dont ils se fichent éperdument), mais d'une haine pavlovienne de l'Amérique.
Ils défendent la souveraineté du Danemark avec la même ferveur qu'ils défendaient la dictature de Maduro la veille. Pour eux, tout est bon pour renforcer l'étatisme français contre le "Grand Capital" américain. Ils sont les idiots utiles qui, en réclamant une "intervention" ou des sanctions, ne font que demander plus d'État, plus de taxes, et plus de conflits, sans jamais questionner pourquoi l'Europe est devenue si faible qu'elle tremble dès qu'un président américain hausse le ton.

La vente à la découpe
Alors, qui se couchera le premier? Tout le monde, en chœur.
Les sondages nous disent que 77% des Français sont hostiles à cette annexion. Mais l'opinion publique est volatile. Attendez que Trump menace de taxer le Champagne à 200% ou de retirer ses troupes d'Europe de l'Est. Nos élites politiques, de Macron à Le Pen, trouveront soudainement que le Groenland est bien loin, qu'il fait très froid, et qu'après tout, un bail emphytéotique avec Washington n'est pas techniquement une annexion.
Le Groenland sera vendu, non pas par le Danemark, mais par la lâcheté d'une classe politique française qui a renoncé à la liberté réelle pour le confort de la servitude volontaire. Trump est un prédateur, certes, mais il a le mérite de la clarté. Nos dirigeants, eux, ne sont que des proies qui s'imaginent encore être des partenaires.

