Sept ans après les faits, la justice examine à nouveau les mécanismes ayant conduit aux graves blessures de Geneviève Legay, militante d'Attac alors âgée de 73 ans. Le 23 mars 2019, lors d'une manifestation de « Gilets Jaunes » à Nice, une charge de police ordonnée par le commissaire Souchi avait projeté la septuagénaire au sol, provoquant de multiples fractures crâniennes.

Le procès en appel du commissaire Rabah Souchi s'est tenu mercredi à Lyon. Accusé d'avoir ordonné une charge policière qui a gravement blessé Geneviève Legay, une manifestante de 73 ans à l'époque, lors d'une mobilisation des gilets jaunes à Nice. L'avocate générale a qualifié l'ordre d'illégal et inadapté, réclamant une peine identique à celle de première instance. Le délibéré est fixé au 29 juin.
Les faits : une manifestation interdite et une charge contestée
Le 23 mars 2019, une manifestation des Gilets jaunes, interdite par arrêté préfectoral, se tient dans le centre de Nice. Geneviève Legay, porte-parole départementale d’Attac, affirme avoir participé pacifiquement au rassemblement.

Une charge policière est déclenchée. La manifestante chute lourdement. Elle subit plusieurs fractures, notamment au crâne. Hospitalisée deux mois, elle conserve des séquelles durables : perte d’odorat, baisse auditive partielle, troubles de l’équilibre.
L’affaire prend rapidement une dimension nationale. Les images circulent. Les déclarations des autorités, dont celles du président Emmanuel Macron, alimentent la polémique.
L’audience en appel : nécessité ou illégalité ?
Devant la cour d’appel de Lyon, l’avocate générale a requis six mois de prison avec sursis, estimant que l’ordre de charger était « inadapté » et juridiquement contestable.

La défense soutient au contraire que le commissaire n’a fait que transmettre un ordre légal visant à disperser un rassemblement interdit. Son avocat évoque un « bouc émissaire » dans un contexte politique tendu.
Geneviève Legay, présente à l’audience, réclame une décision qui fasse jurisprudence pour d’autres blessés du mouvement.
La responsabilité de l’État déjà reconnue
En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon condamne Souchi pour complicité de violence par dépositaire de l'autorité publique.
En mai 2024, le tribunal administratif de Nice a reconnu la responsabilité de l’État à hauteur de 80 %, estimant que les blessures résultaient directement d’une décision de l’autorité publique. Il a néanmoins retenu une part d’imprudence de 20 % à la charge de la manifestante.

Cette double lecture – pénale et administrative – illustre la complexité du maintien de l’ordre en France. Entre légalité formelle d’un rassemblement interdit et proportionnalité de la force, la frontière reste litigieuse.
Ce procès ravive les débats sur les violences policières durant les gilets jaunes. Au-delà du cas individuel, il questionne l'équilibre entre ordre public et libertés civiles, avec des implications pour d'autres victimes sans recours judiciaire. Legay espère une victoire symbolique pour tous les manifestants lésés.




