Thibault de Varenne fait le point sur les percées russes en cours en Ukraine et sur les perspectives du conflit dans les six mois. Nous rappelons que Thibault travaille avec toutes les sources existantes et ne cède pas à la facilité du biais de confirmation, dans un sens comme dans un autre. L'indépendance de l'information est essentielle.

Sous le ciel de plomb de ce mois de février 2026, l’Ukraine s’apprête à franchir le cap sinistre de sa cinquième année de guerre. Dans les chancelleries occidentales, on ne parle plus de "percées" ou de "libération", mais de "cristallisation" et de "diplomatie transactionnelle". Sur le terrain, l'odeur de la poudre se mêle désormais à celle, plus feutrée mais tout aussi âcre, des marchandages de coulisses. Alors que la Russie grignote le territoire ukrainien avec une obstination de termite, une pression sans précédent s'exerce depuis Washington pour clore le dossier avant l'été. Entre les assauts russes et les injonctions électorales américaines, Kiev se retrouve pris dans un étau dont les mâchoires semblent forgées d'acier et de dollars.

I. La mécanique de l'usure : Une topographie du grignotage
L’année 2025 s'est achevée sur un constat d'une brutale simplicité : la Russie a repris l'initiative. Ce n'est pas une guerre de mouvement, c'est une guerre de démolition industrielle. Les Forces Armées de la Fédération de Russie (FAFR) ont abandonné les rêves de chevauchées mécanisées pour une stratégie de "reconnaissance par le feu", avançant mètre par mètre, ruine après ruine.

Au terme de l'année écoulée, Moscou contrôlait environ 19,32 % du territoire ukrainien. En ce début février 2026, ce chiffre frôle les 20 %. Rien qu'en janvier, 150 miles carrés (environ 388 km²) ont été engloutis. Ce rythme, que les analystes qualifient de "pas de marche", est d'une lenteur calculée : 70 mètres par jour à Pokrovsk, à peine 15 mètres à Chasiv Yar1 C'est une progression de glacier, mais un glacier qui ne recule jamais.



