De la révolution à la ruine : Carmat, pionnier du cœur artificiel, met la clé sous la porte

De la révolution à la ruine : Carmat, pionnier du cœur artificiel, met la clé sous la porte


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Le destin de la société Carmat, pionnière française du cœur artificiel, semble scellé. Confrontée à des difficultés financières insurmontables, l'entreprise est désormais à deux doigts de la liquidation judiciaire. Le Tribunal de Commerce de Versailles devrait statuer très prochainement sur la conversion de la procédure de redressement judiciaire en liquidation.

L’entreprise française Carmat, fondée par le professeur Alain Carpentier, est actuellement au bord de la faillite. Le Tribunal de Commerce de Versailles a refusé la seule offre de reprise déposée par la société Hougou de Pierre Bastid, président du conseil d’administration et actionnaire à environ 17% de la société. Selon le communiqué du spécialiste du cœur artificiel, le verdict final sera rendu le 14 octobre prochain. On peut s’attendre à ce que le tribunal prononce la liquidation judiciaire de Carmat.

Une innovation majeure née de l’ingénierie française

Carmat est l'héritière d'une initiative ambitieuse lancée par le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiaque, en collaboration avec des ingénieurs de Matra (d'où le nom Carpentier-Matra). Son innovation majeure, le cœur artificiel total Aeson®, se distinguait des pompes d'assistance par sa morphologie et sa biocompatibilité proches du cœur humain, sa physiologie (reproduction des battements) et son intelligence (biocapteurs). Il avait été conçu comme une solution définitive, avec une durée de vie initialement visée de 5 ans.

Après de multiples reports, la première implantation sur l'homme a eu lieu le 18 décembre 2014, chez un patient en phase terminale.

Le cœur Carmat est aussi capable de reproduire les battements cardiaques et il est équipé de biocapteurs pour asservissement de fréquence. Ce dispositif se présente donc comme une meilleure alternative à la greffe et sa durée de vie est estimée à 5 ans. Au départ, l’entreprise d’Alain Carpentier prévoyait une implantation sur 100.000 patients en Europe et aux Etats-Unis, un marché de 16 milliards d’euros. Mais la réalité clinique et financière s’est vite chargée de freiner cet élan.

Les premières implantations n’ont pas donné les résultats attendus. En 2017, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait même demandé la suspension des implantations après un décès. Malgré des moments d'espoir, comme la reprise des essais, la première implantation commerciale en Italie en 2021 ou le franchissement symbolique de la 100ème implantation en février 2025, l'entreprise n'a jamais réussi à stabiliser son parcours.

Des suspensions temporaires pour problèmes qualité sont venues régulièrement entacher la réputation du dispositif, créant un climat d'incertitude permanent.

Le cœur de Carmat va s’arrêter

Ayant connu des hauts et des bas, l’entreprise fondée par le professeur Alain Carpentier a fini par se retrouver dans une situation financière difficile. La société Hougou, appartenant à Pierre Bastid, président du conseil d’administration de Carmat et actionnaire de la société a déposé une offre de reprise auprès de l’administrateur judiciaire le 31 juillet 2025 dernier. Il détient environ 17% des parts de la société.

Selon le communiqué de l’entreprise Carmat, le Tribunal a déclaré que l’offre de M. Bastid n’était pas recevable lors de l’audience du 30 septembre 2025.

« L’ensemble des conditions suspensives et notamment celle relative à l’obtention des financements nécessaires à la reprise, n’ayant pas été levées.»

a indiqué le communiqué.

Toutefois, le Tribunal a donné un délai supplémentaire à la société Hougou pour ajuster son offre de reprise. Mais on peut dire que la fin se rapproche pour Carmat. L’administrateur judiciaire a déposé une requête pour convertir la procédure de redressement judiciaire en liquidation judiciaire. C’est la procédure habituelle en cas de cessation de paiement d’une entreprise.


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