De Gaulle face aux agressions de l’empire anglo-saxon – par Nicolas Bonnal

De Gaulle face aux agressions de l’empire anglo-saxon – par Nicolas Bonnal


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De Gaulle , les Britanniques, les Américains: jamais une alliance de la France n'a été plus nécessaire et plus contrainte à la fois. Mais on n'a jamais fait le bilan. Et l'on n'a pas compris pourquoi le Général a tellement pris ses distances avec les Américains et les Britanniques une fois revenu au pouvoir, en 1958.

Seuls dix-huit pays dans le monde n’ont jamais vu de présence militaire britannique

A la Libération, le général de Gaulle a fort à faire avec nos alliés anglo-saxons (nos « fous alliés », comme j’aime à dire). Dans le tome trois des Mémoires de guerre, qui reste le moins lu, on lit cette jolie phrase digne de son style admirable, rarement poétique dans les mémoires :

« Le quai d’Orsay, longtemps château de la Belle au bois dormant, s’éveillait à l’activité (p.46). »

Et de Gaulle va vite avoir fort à faire avec l’intervention anglaise en Syrie (c’est une habitude de l’Etat profond british, d’avoir fort à faire n’importe où). Selon le sympathique et documenté bloggeur Harun Yayha, seuls vingt-deux pays ont été épargnés par la présence coloniale et militaire anglaise. Nous n’en faisons pas partie (demandez à Jeanne d’Arc), pas plus que la Chine, l’Inde, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne ou les USA, ainsi que quelques dizaines de pays océaniens, africains ou asiatiques !

En réalité peu de pays sur terre (la Russie…) ont été épargnés par l’occupant anglais et sa modernité tapageuse et luciférienne. Lisez Engels qui en rend compte dans son opuscule sur le socialisme utopique : la race anglaise est déjà au moyen âge plus matérialiste que nos contemporains.

De Gaulle face aux Anglais au Proche-Orient

On l’écoute, le général :

« Au cours de cette même journée du 1 er juin, le général  Paget vint à Beyrouth et remit au général Beynet un ultimatum détaillé. Aux termes de ce document, l’Anglais, qui s’intitulait : « Commandant suprême sur le théâtre d’Orient », bien qu’il n’y eût plus, à 10 000 kilomètres à la ronde de ce « théâtre », un seul ennemi à combattre, déclarait « qu’il  avait reçu de son gouvernement l’ordre de prendre le commandement en Syrie et au Liban. » A ce titre, il sommait les autorités françaises « d’exécuter sans discussion tous les ordres qu’il leur donnerait. » Pour commencer, il prescrivait à nos troupes « de cesser le combat et de se retirer dans leurs casernes. » Le général Paget avait déployé, à l’occasion de  sa visite, une provocante parade militaire (p.193). »

A transmettre aux diplomates de ces heures maussades de notre histoire… Mais de Gaulle reste de Gaulle, n’en déplaise aux stratèges de l’extrême-droite et à toute l’école socialo-américaine (François Mitterrand a très bien fait la jonction entre les deux)…

Le général s’énerve et voici comment il s’adresse aux anglais :

« … je fis, le 2 juin, une conférence  de presse. Jamais encore l’affluence des journalistes étrangers  et français n’avait été plus nombreuse. J’exposai l’affaire  sans insultes, mais sans ménagements, pour nos anciens alliés.

Enfin, le 4, je convoquai l’ambassadeur de Grande-Bretagne, le fis asseoir et lui dis : « Nous ne sommes pas, je le reconnais,  en mesure de vous faire actuellement la guerre. Mais vous  avez outragé la France et trahi l’Occident. Cela ne peut être  oublié. » Duff Cooper se leva et sortit. »

Pauvre Duff Cooper qui, comme l’a rappelé Philippe Grasset, était l’un des britanniques les moins hostiles à la France.

 

Un Quai d’Orsay mal inspiré?

Le mystère du déclin français sous nos républiques (et même depuis la monarchie de juillet) est ainsi éclairé par notre narrateur :

« Sachant quels étaient, d’une part,  le savoir-faire du Foreign Office et, d’autre part, l’horreur du  vide de notre diplomatie quand il s’agissait de nos relations avec l’Angleterre, je doutai, à première vue, que les choses  fussent ce qu’elles semblaient être. Mais, comme à Paris le  Quai d’Orsay, à Londres notre ambassade, me certifiaient  que telle était bien la signification du projet, je donnai mon agrément (p.283). »

 

Sacrée horreur du vide… Mais le général rebelle n’est pas bout de ses peines avec les Anglo-saxons. Après les britishs ruinés par leurs guerres mondiales, les yankees contre-attaquent :

 

Après les Anglais, les Américains

« Les choses en étaient là quand, au cours du mois de mai, les Américains manifestèrent leur volonté de voir nos troupes se retirer en deçà de la frontière de 1939.

A l’origine de l’affaire, il y avait, dans une certaine mesure,  le goût d’hégémonie que les États-Unis manifestaient volontiers et que je n’avais pas manqué de relever en chaque occasion. Mais j’y voyais surtout l’effet de l’influence britannique. Car, au même moment, l’Angleterre préparait, au Levant, la manœuvre décisive. Pour Londres, il était de  bonne guerre de pousser d’abord Washington à chercher  querelle à Paris. Divers faits me fournirent la preuve que  tel était bien le cas (p.181). »

Après les choses commencent à se gâter :

« Le général Alexander, Commandant en chef en Italie, obéissant à M. Churchill, dirigeait vers Tende, La Brigue et Vintimille des troupes italiennes sous ses ordres, ce qui, si nous laissions faire, aurait pour effet d’y rétablir la souveraineté de Rome (p.182). »

 

Quand nécessité faisait alliance

Quel mystère que cette relation du général aux anglo-saxons, forcé de collaborer avec eux comme avec un moindre mal…

On laisse le lecteur se ressourcer aux Mémoires du général. Par les temps qui courent, c’est le plus sûr moyen de résister à la pression de ce système agonisant.

Peyrefitte a rappelé pourquoi de Gaulle ne célébrait pas le débarquement du 6 juin, qui signifiait une France soumise à l’AMGOT :

« Le débarquement du 6 juin, cela a été l’affaire des Anglo-Saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi! Comme ils venaient de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avance de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie, qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis. »

La France sous Hollande a disparu comme puissance. Une chose n’a pas changé, la nullité de sa presse aux ordres noyautée par la CIA. De Gaulle encore à Peyrefitte : « les journalistes français s’engouffrent comme une meute hurlante derrière tous ceux qui complotent contre moi. »

 

 

 

Sources

 

De Gaulle, Mémoires de guerre, Plon, tome troisième (archive.org)

Peyrefitte – C’était de Gaulle, tome premier


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