Alors que Donald Trump mise 500 milliards sur le projet Stargate, gigantesque plan public-privé de centres de données piloté par OpenAI, Oracle et SoftBank. Elon Musk jette un pavé dans la mare : selon lui, la Chine est en passe de « dépasser de loin le reste du monde dans le calcul de l’IA ». Mais dans cette course, qui gagne vraiment : l’innovation ou le dirigisme ?

La course mondiale à l’intelligence artificielle change de nature. Longtemps focalisé sur les algorithmes et les semi-conducteurs de pointe, le débat se déplace désormais vers des facteurs plus prosaïques : l’électricité, les infrastructures et les coûts. Dans ce contexte, les déclarations d’Elon Musk font l’effet d’un signal d’alarme pour l’Occident.
Musk : l’électricité, nerf de la guerre de l’IA
Dans le podcast Moonshots with Peter Diamandis, Elon Musk ne mâche pas ses mots : selon lui, la Chine « dépassera de loin le reste du monde dans le calcul de l’IA ».
La raison principale n’est ni le talent, ni même les puces, mais la capacité à produire de l’électricité à grande échelle.Musk estime que la production chinoise atteindra trois fois celle des États-Unis dès cette année 2026.
Selon Elon Musk, le principal atout de la Chine, c’est sa capacité de production électrique très élevée. Elle pourrait donc alimenter sans problème ses centres de données d’IA. Le fonctionnement de ces infrastructures exige en effet une consommation d’énergie très élevée.

Le patron de SpaceX estime que la Chine finira par trouver la solution à la restriction de l’accès aux semi-conducteurs de pointe instaurée par les Etats-Unis. Par ailleurs, ces problèmes pourront perdre leur importance avec le temps. En revanche, les contraintes causées par l’approvisionnement en énergie risquent de devenir un obstacle au développement des systèmes d’IA dans d’autres pays du monde.
Les analystes de Goldman Sachs semblent partager cet avis d’Elon Musk. « L’IA exigeant une énergie considérable, un approvisionnement énergétique fiable et abondant sera probablement un facteur clé dans cette course, d’autant plus que les goulets d’étranglement des infrastructures énergétiques peuvent être longs à résoudre », ont-ils déclaré.
L’échec prévisible du protectionnisme
Washington a tenté de contenir l’Empire du Milieu par des restrictions sur les semi-conducteurs. Résultat ? Une accélération sans précédent de l’autosuffisance chinoise. Selon Morgan Stanley, le taux d'autosuffisance de la Chine dans les GPU d'IA, qui stagnait sous les 10 % en 2020, devrait atteindre 82 % d'ici 2027.

En voulant isoler la Chine, les États-Unis ont forcé leur concurrent à bâtir une chaîne de valeur souveraine. D’une part, elle a stimulé l’innovation chinoise. D’autre part, elle ignore un maillon faible occidental : des réseaux électriques souvent fragiles et saturés, comme le note Zhou Mi, chercheur chinois, évoquant les goulots d’étranglement aux États-Unis.

Pire, des acteurs comme NVIDIA continuent, malgré les contrôles, d’alimenter indirectement la puissance de calcul chinoise. Cette situation illustre la vanité des tentatives de planification des flux technologiques dans un marché global. La logique de sanction crée des distorsions, mais n’arrête pas la dynamique d’un rival déterminé.

La compétition sino-américaine en IA prend la forme d’un duel entre deux modèles : un dirigisme planifié contre un capitalisme de connivence, tous deux lourdement étatiques. Pendant que les États-Unis empilent subventions et restrictions, la Chine avance sur l’énergie, les coûts et l’efficacité. Si Musk a raison, le centre de gravité de l'intelligence artificielle a déjà commencé son voyage vers l'Est, porté par une puissance électrique que l'Amérique, entravée par sa propre bureaucratie, ne semble plus capable de produire.





