Comorbidité: les seniors en première ligne, mais pas qu’eux

Comorbidité: les seniors en première ligne, mais pas qu’eux


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Si le Covid-19 peut atteindre tout le monde, ses formes graves sont plus courantes chez les personnes âgées ou déjà affaiblies par une autre maladie. Les facteurs de comorbidité peuvent entraîner une hospitalisation ou un décès chez un plus grand nombre de personnes que ce qui était prévu et dans des tranches de population très diverses.

La comorbidité ?

En médecine, le terme « comorbidité » désigne la présence de maladies et/ou divers troubles aigus ou chroniques s’ajoutant à la maladie initiale (par exemple : avoir du diabète, de l’hypertension… À noter que ces maladies « secondaires » peuvent être directement dues à la première ou ne pas avoir de liens apparents avec celle-ci ou en être la conséquence, ou même partager les mêmes facteurs de risque. Pour donner un exemple, le diabète est une maladie présentant une forte comorbidité. il est fréquent que d’autres maladies y soient associées. Selon l’OMS « la prévalence du diabète chez les schizophrènes est d’environ 15%, contre 2% à 3% dans la population générale ».

Plus on vieillit, plus la sévérité des comorbidités augmente

Dès le début de la pandémie de COVID-19 on a essayé en France de collecter des données sur les facteurs de risques médicaux et socio-économiques. Ces statistiques se sont appuyées sur les prestations de l’assurance maladie et les données hospitalières permettant d’estimer les risques d’environ cinquante maladies ou états de santé d’hospitalisation pour motif principal ou reliés au COVID-19 . Des associations ont été faites entre chaque comorbidité et le risque d’hospitalisation ou de décès. Ces associations ont été réalisées avec des ajustements sur l’âge et le sexe.

Les séniors en première ligne

. Les plus de 85 ans ont été les plus touchés durant les deux vagues de l’épidémie. Le nombre de décès de ces personnes a par exemple augmenté de 31 % lors de la première vague par rapport à la même période en 2019. Et une augmentation de 20 % pour la deuxième vague, toujours en cours a été enregistrée.

Ces décès bouleversent largement les chiffres de mortalité du pays. Une situation similaire pour les deux vagues : comparées à la moyenne des années 2015-2019, les courbes connaissent des pics inédits.

Parmi ces décès, selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France le 11 février,  23.671 ont eu lieu dans un EPHAD ou un établissement médico-social, soit près de 30% du total.

Mais cela suffit-il à justifier l’enfermement de nos seniors dans les EPHAD depuis un an ? Certes les personnes âgées sont fragiles face au virus, mais quand on sait que la durée de vie moyenne en EPHAD est d’environ 14 mois, cette privation de liberté devra être un jour prochain examinée à l’aune de la violence psychologique infligée à nos aînés, de l’intérêt social et médical de cette mesure imposée aux familles par les Préfets, hors du droit commun.

Les études ont montré également que les hommes étaient plus à risque d’hospitalisation et de décès que les  femmes.

Hypertension artérielle, diabète, maladie cardiovasculaire ; les chiffres accablants des comorbidités les plus dévastatrices

. Les trois quarts des malades déclarés ne présentent aucune comorbidité, toutefois le seul quart restant représente à lui seul plus de 70% des patients décédés du coronavirus.

En effet, si seulement 0,9 % des patients hospitalisées sans comorbidité ont perdu la vie, chez les hypertendus le taux de décès monte à 6 %, puis à 6,3 % pour les personnes souffrant de problèmes respiratoires chroniques, à 7,3 % pour les diabétiques et à 10,5 % pour les malades cardiaques. Parmi les personnes atteintes d’un cancer 5,6 % sont décédées.

Toutes les observations ne permettent pas de savoir si les pathologies précédemment citées augmentent le risque d’infection au coronavirus. Mais souffrir d’une comorbidité semble accroître fortement le risque de complications graves et ainsi d’hospitalisation ou de décès.

Les autorités sanitaires belges ont constaté, parmi les personnes prises en charge dans leurs hôpitaux, que près de 75 % des patients souffraient déjà d’une ou plusieurs comorbidités. La plus répandue est l’hypertension artérielle, pour 35,5 % d’entre eux, 28,5 % des malades avaient une maladie cardiovasculaire, 19,6 % du diabète et 16,3 % une maladie pulmonaire chronique. Seulement un peu plus d’un quart de ces personnes hospitalisées était en parfaite santé avant d’être infectées par le coronavirus.

La grande taille de l’échantillon d’étude a montré que la quasi-totalité des affections chroniques étaient donc positivement associées à des risques accrus d’hospitalisation et de morbidité.

Les vaccins enfin en place!

Alors qu’Emmanuel Macron a demandé aux Français de tenir encore « quatre à six semaines » avant de voir des assouplissements des restrictions, la campagne de vaccination va de nouveau s’accélérer. C’est ce que le ministre de la santé Olivier Véran a indiqué au journal télévisé de France 2 en annonçant que les personnes de 65 à 74 ans présentant des « risques de comorbidité « peuvent désormais se faire vacciner contre le coronavirus, le vaccin AstraZeneca ayant reçu le feu vert pour cette catégorie de population… » (cf La nouvelle République).

En effet, la lenteur de la campagne de vaccination en France, peut-être due au manque de doses disponibles, faisait jusqu’à présent des personnes de plus de 65 ans les oubliés de la lutte contre la Covid 19.

. Le recours au vaccin Astra Zeneca permettrait de vacciner environ 2,5 millions de personnes, soit un tiers des Français âgés entre 65 et 74 ans. Jusqu’alors ceux-ci étaient considérés comme trop jeunes pour entrer dans la catégorie des publics prioritaires qui ont accès aux vaccins rares et chers de Pfizer et de Moderna, mais trop vieux pour recevoir une dose du vaccin AstraZeneca. En effet, ce dernier ne présentait jusqu’à présent pas assez de données pour être sûr de son efficacité sur les publics de plus de 65 ans. Pourrait-on en conclure que la France est un terrain d’expérimentation grandeur nature de différentes formes de thérapies, sans doute pas. Même si le délai de développement de ces vaccins est tout à fait exceptionnel. Normalement, le développement d’un vaccin prend entre 10 et 15 ans…

Le ministre a rassuré avec empressement tous les Français : « La Haute autorité de santé considère désormais, depuis aujourd’hui, que tous les vaccins, dont nous disposons en France, le AstraZeneca, le Pfizer et le Moderna, ont une efficacité qualifiée de remarquable pour préserver les gens et les protéger des risques de forme grave de la Covid. Je peux acter que toutes les personnes qui ont 50 ans ou plus avec des comorbidités, des fragilités, peuvent se faire vacciner avec AstraZeneca sans limite d’âge, incluant les 65-74 ans », a renchéri Olivier Véran sur France 2.

La HAS a identifié des pathologies à très haut risque de décès, justifiant une priorisation à la vaccination quel que soit l’âge, ce sont des personnes atteintes de trisomie 21 ;des personnes ayant reçu une transplantation d’organe ; des insuffisants rénaux dialysés.

La HAS informe également que les personnes jugées particulièrement vulnérables par leur médecin et présentant des affections préexistantes rares et graves ou des handicaps graves les prédisposant à risque particulièrement accru de décéder de l’infection par le SARS-CoV-2 (déficits immunitaires sévères, hémopathies malignes, maladies rares) doivent être également priorisées à la vaccination indépendamment de leur âge. Enfin, la HAS souligne l’attention particulière qui devra être portée aux personnes polypathologiques, qui font partie des personnes à vacciner en priorité.  En effet, les études montrent qu’un cumul de trois comorbidités fait atteindre quasiment le même niveau de risque de décéder que pour une personne située dans la tranche d’âge supérieure sans polypathologies.

Oscillations entre mauvais calculs et fausses conclusions

Depuis le début de l’épidémie, la mortalité liée au Covid-19 donne lieu à de multiples débats. Nombre de décès ont été successivement surestimés ou sous-estimés, considérés au choix moins dangereux et moins mortel que la grippe, les opinions sont diverses. Les chercheurs ont essayer d’utiliser plusieurs outils pour dresser une image la plus réaliste possible de la mortalité liée au coronavirus. Il faut distinguer tout d’abord le taux de mortalité, qui désigne le nombre de décès d’une cause quelconque rapporté à une population entière et le taux de  létalité qui désigne, lui, le nombre de morts rapporté au nombre de personnes infectées par une maladie.

Une étude menée par l’Institut Pasteur, publiée dans la revue Science, est ainsi arrivée à la conclusion que le taux de létalité réel était de 0,5 % dans le pays. Un taux assez proche de celui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui s’accorde pour l’estimer à environ 0,6 % à l’échelle du globe. Il est encore trop tôt pour avoir une idée juste de la mortalité du Covid-19, une maladie inconnue jusqu’alors et qui s’est répandue comme une traînée de poudre dans tous les pays. Durant l’année écoulée les comorbidités ont évoluées en fonction de l’évolution du virus lui-même.

A côté des comorbidités classiques de nouvelles formes apparaissent avec de nouvelles populations cibles. Par exemple les moins de 15 ans sont désormais touchés en fonction de pathologies tumorales ou de malformations qui induisent un déficit immunitaire. Le virus s’adapte également à des situations en milieu fermé comme les prisons ou les établissements scolaires ce qui conduit à protéger désormais beaucoup plus les enfants, comme l’ont été précédemment les seniors.

À titre de comparaison, il est bon de rappeler les chiffres du taux de létalité par tranches d’âges en les comparant à l’IFR de la grippe saisonnière estimé à moins de 0,1 % par l’OMS. Concernant les moins de 39 ans il est de 0,006%. Entre 40 et 49 ans il est de 0,04 %. Entre 50 et 59 ans il est de 0,3 %. De 60 à 69 ans il est de 1,23 %. Pour les plus de 70 ans il atteint 13,81%.

Nous sommes encore loin des grandes épidémies de grippes que l’Europe a connu au siècle dernier. On gère cette épidémie comme si c’était une hécatombe mais ce n’est pas le cas.


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