Certains admirateurs français de Trump ont campé le mythe d'un sauveur ou d'un héros sacrificiel qui aurait pris la Maison Blanche pour remettre le petit peuple américain, pur et valeureux, au centre de la politique fédérale. Ceux-là oublient de mentionner l'enrichissement personnel de Trump au pouvoir, qui atteint des proportions bien décrites par un rapport parlement de novembre 2025.

Le rapport publié le 24 novembre 2025 par le personnel démocrate de la Commission Judiciaire de la Chambre des représentants des États-Unis, intitulé "Trump, Crypto, and a New Age of Corruption", marque un tournant historique dans la documentation des conflits d'intérêts au sein de la branche exécutive. Ce document exhaustif détaille la transformation de la présidence en une entreprise de génération de richesse privée par le biais des technologies blockchain et des actifs numériques. L'analyse qui suit examine les mécanismes financiers, les démantèlements réglementaires et les implications géopolitiques décrits dans le rapport, tout en situant ces découvertes dans le contexte de la seconde administration de Donald J. Trump et des dynamiques politiques de 2025 et 2026.
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Architecture financière de l'empire de la famille Trump
Le rapport souligne que le président Donald J. Trump a utilisé son mandat pour devenir le premier "milliardaire de la crypto" de l'histoire présidentielle américaine. Contrairement aux normes historiques de désinvestissement ou de mise en place de fiducies aveugles, l'administration actuelle a intégré des intérêts financiers privés directement dans ses orientations politiques.
Valorisation et flux de revenus
Les estimations de la fortune cryptographique du président varient selon les sources citées dans le rapport, reflétant l'opacité et la volatilité inhérentes au marché des actifs numériques. Au cours du premier semestre 2025, la famille Trump aurait généré plus de 800 millions de dollars de revenus issus de la vente d'actifs cryptographiques.
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Indicateur de Richesse |
Valeur Estimée (2025) |
Source de Données |
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Valeur Totale des Avoirs Crypto |
620 millions $ à 11,6 milliards $ |
Reuters, Bloomberg, Forbes |
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Revenus Réalisés (H1 2025) |
+800 millions $ |
Analyse des ventes d'actifs |
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Bénéfices Réalisés (Oversight Committee) |
2,25 milliards $ |
Trump Digital Grift Wealth Tracker |
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Richesse Papier Totale (Janvier 2026) |
9,7 milliards $ |
Rapport Robert Garcia |
Cette accumulation de richesse s'est appuyée sur deux piliers principaux : le memecoin $TRUMP et le projet de finance décentralisée (DeFi) World Liberty Financial. Le memecoin $TRUMP, lancé seulement trois jours avant l'investiture de janvier 2025, a vu sa capitalisation boursière atteindre 27 milliards de dollars en moins de vingt-quatre heures, valorisant théoriquement les avoirs de la famille à plus de 20 milliards de dollars à son apogée.

Le mécanisme du Memecoin $TRUMP
Le rapport décrit le memecoin $TRUMP comme un instrument de monétisation de l'accès présidentiel. Sur un milliard de jetons créés, 800 millions sont restés la propriété de deux entités contrôlées par Trump : CIC Digital LLC et Fight Fight Fight LLC. Le site officiel du jeton le présente comme la "seule crypto officielle de Trump", utilisant une iconographie liée à la survie du président à sa tentative d'assassinat de 2024 pour mobiliser sa base politique.

Le lien entre l'actif numérique et les faveurs politiques a été explicité lors de l'annonce d'un dîner privé en avril 2025. Les 220 plus gros détenteurs du jeton ont été invités à dîner avec le président, les 25 premiers recevant une visite VIP exclusive de la Maison-Blanche. Cette annonce a provoqué une augmentation de 50 % de la valeur du jeton, illustrant comment les actions exécutives influencent directement la valeur des portefeuilles privés de la famille présidentielle.
World Liberty Financial et les intérêts étrangers
Le projet World Liberty Financial (WLF) représente une incursion plus structurelle dans le secteur financier. Le rapport du personnel démocrate et les enquêtes ultérieures révèlent que WLF a attiré des investissements massifs de la part de ressortissants étrangers et d'entités liées à des États cherchant à s'attirer les faveurs de l'administration.

Un élément central est l'investissement de 500 millions de dollars réalisé par Aryam Investment 1, une entité basée à Abu Dhabi et contrôlée par le cheikh Tahnoon bin Zayed Al Nahyan, conseiller à la sécurité nationale des Émirats arabes unis (EAU). Ce contrat a été signé par Eric Trump quatre jours avant l'investiture présidentielle de son père. L'accord prévoyait le versement immédiat de 250 millions de dollars, dont 187 millions sont allés directement à des entités contrôlées par la famille Trump.
Démantèlement de l'architecture de réglementation et de surveillance
Pour faciliter cette accumulation de richesse, le rapport affirme que l'administration a systématiquement neutralisé les organismes de surveillance fédéraux. Ce processus, décrit comme une "captation réglementaire sans précédent", a commencé dès les premiers jours du mandat.

La fin de la National Cryptocurrency Enforcement Team (NCET)
L'une des premières actions de l'administration a été la dissolution de la National Cryptocurrency Enforcement Team (NCET) du Département de la Justice (DOJ). Cette unité, créée sous l'administration précédente pour poursuivre les crimes liés aux cryptomonnaies, le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, a été démantelée par un ordre direct du DOJ sous la direction de la procureure générale Pam Bondi. Des mémos internes indiquent que les procureurs ont reçu l'ordre de détourner leur attention de la crypto pour se concentrer sur des cibles jugées politiquement opportunes, telles que la fraude à l'immigration.

Neutralisation de la SEC et abandon des poursuites
La Securities and Exchange Commission (SEC) a suivi une trajectoire similaire. Sous la nouvelle direction, l'agence a abandonné ou suspendu des dizaines d'actions en justice lancées précédemment. Au cours du seul premier mois, 89 entreprises ont vu leurs enquêtes ou poursuites interrompues par la SEC.
Le rapport établit une corrélation directe entre l'abandon de ces poursuites et le soutien financier apporté par ces entreprises ou leurs dirigeants à la carrière politique et aux entreprises privées de Donald Trump. Par exemple, le co-fondateur de Kraken, Jesse Powell, a fait un don d'un million de dollars, tandis que l'administration mettait fin aux enquêtes fédérales sur sa plateforme.

Le cas des Émirats Arabes Unis et les puces d'IA : un échange de faveurs?
L'aspect le plus troublant du rapport concerne la politique étrangère et la sécurité nationale. Le personnel démocrate de la commission judiciaire suggère que l'investissement de 500 millions de dollars des EAU dans World Liberty Financial a directement influencé la décision de l'administration d'autoriser l'exportation de puces d'intelligence artificielle (IA) de haute technologie vers les Émirats.






