Ah, la souveraineté ! Ce mot magique, ce sésame politique qui s’ouvre à toutes les sauces, comme un frigo de célibataire un dimanche soir. Sarah Knafo, égérie d’un parti qui a fait de la récupération sémantique un sport olympique, s’étonne qu’on galvaude le concept. Elle a raison, bien sûr : la souveraineté, c’est comme le bio ou le vin nature, ça se respecte. Sauf quand c’est nous qui le malmenons, évidemment.

Sidérée des réactions de la classe politique à la capture de Maduro.
— Sarah Knafo (@knafo_sarah) January 4, 2026
Pompée disait déjà : « Arrêtez de citer vos lois à des hommes armés d’épées ! » ⤵️ pic.twitter.com/slzopQjpj0
Alors, quand Nicolas Maduro se fait embarquer comme un colis Amazon en retard, la classe politique française s’étrangle dans son café du matin, sauf Sarah Knafo, en parfait écho avec la presse Bolloré qui se charge du service après-vente de Donald Trump.
Mais attendez, chers amis, le meilleur reste à venir : comment nos chers souverainistes justifieront-ils demain l’annexion du Groenland par Donald Trump ? Spoiler : avec la même élégance qu’un bulldozer dans une porcelainerie.
1. La souveraineté, ce concept caméléon
La souveraineté, voyez-vous, c’est comme la liberté chez les libertariens : ça dépend pour qui, et surtout pour quoi. Quand Maduro, ce charmant dictateur vénézuélien, se fait attraper par des mercenaires (ou des agents secrets, ou des fans de Mission Impossible, on ne sait plus très bien), c’est une bénédiction.
« Quand un narco-dictateur viole notre souveraineté en utilisant les armes de guerre que sont le trafic de drogue et l’invasion migratoire, ça n’est pas de l’ingérence que de répondre, mais de la légitime défense. »
Alors, quand un président américain, disons… expansif, décide que le Groenland serait bien mignon avec des Stars and Stripes flottant sur ses glaciers, là, soudain, la souveraineté tant vantée par Zemmour et Knafo devient un détail technique. "Mais voyons, c’est pour leur bien !" nous expliqueront-ils, après avoir loué l'opération de Caracas.

Imaginez la scène : Trump tweete à 3h du matin que le Groenland est "un deal génial, les Danois ne savent pas négocier". Dans la foulée, Le Journal du Dimanche (propriété Bolloré, rappelons-le, parce que l’objectivité, c’est comme le réchauffement climatique, ça dépend des actionnaires) titre : "Trump, visionnaire ? Le Groenland, future perle de l’Amérique". Sarah Knafo, invitée sur CNews, s’exclame : "Enfin un homme qui assume la puissance !" pendant que Zemmour, en fond, murmure "La France devrait prendre des notes…".
2. Le deux poids, deux mesures : une spécialité française
Ah, la France ! Ce pays qui a passé cinq siècles à coloniser, piller et civiliser (avec un grand C, comme dans "C’est pour votre bien"), mais qui s’offusque qu’on touche à ses anciens jouets. Quand la Chine achète des ports grecs, c’est "la fin de l’Europe". Quand les États-Unis s’offrent un bout d’Arctique, c’est "un coup de génie géopolitique". La souveraineté selon Sarah Knafo et son compère Zemmour, mes chers compatriotes, n’est pas un principe : c’est un accessoire de mode. On la sort du placard quand ça arrange, et on la range avec les pulls en cachemire quand ça gratte un peu.

Et puis, soyons honnêtes : si le Groenland était rempli de vignobles et de fromageries AOP, la France l’aurait déjà annexé sous prétexte de "défense du patrimoine gastronomique mondial". Mais non, il n’y a que de la glace, des phoques et des Inuits (et quelques richesses minières, mais c'est accessoire, of course) qui n’ont pas encore compris qu’ils ont besoin d’être libérés par des souverainistes amis de la civilisation, qui les protégeront du trafic de drogue et de l'expansion islamiste. Bref, un territoire sous-exploité, comme dirait un promoteur immobilier en voyant un squat.

3. La presse Bolloré : toujours un train de retard (ou d’avance, selon l’actionnaire)
La presse Bolloré, donc, se félicite des coups de force de Trump. Il faut dire que les accusations officielles de narcotrafic contre Maduro (voir les précisions du Courrier aujourd'hui sur le sujet) ont leur intérêt : elles font oublier les complicités dont les trafiquants bénéficient souvent, notamment de la part des opérateurs portuaires (et l'activité portuaire, Bolloré connaît) et des armateurs qui transportent des quantités colossales de drogue sur leurs navires. Mais ces rappels objectifs et impartiaux sont-ils vraiment utiles ? D’ailleurs, si demain, Bolloré Media rachète Pravda, personne ne sera surpris. La souveraineté médiatique, ça se monétise, comme le reste.
4. Et si c’était nous ?
Le plus drôle, c’est d’imaginer la réaction si la France faisait la même chose. "Et si on prenait… la Belgique ?" Ceux qui se réjouissent de la neutralisation de Maduro hurleront-ils au "génie stratégique" et à la "revanche sur l’Histoire". Après tout, le plat pays, c’est un peu votre Groenland à vous : des ressources (la bière, les frites), une population sympathique (quand elle ne vote pas vert ou n'héberge pas des terroristes), et surtout, personne ne viendrait vous embêter. "Mais c’est pour leur bien !" répéterait-on en boucle, comme un mantra colonialiste.

5. La souveraineté, c’est comme le socialisme – ça marche mieux dans les discours que dans les faits
Alors, chers souverainistes qui consommez du CNews, du Zemmour, du Knafo, du Europe 1 sans limite (sans parler du JDD), demandez-vous : votre indignation est-elle à géométrie variable ? Si demain, un milliardaire libertarien (oui, ça existe) décide d’acheter Monaco pour en faire une start-up nation sans impôts, allez-vous crier au scandale… ou à la libération du peuple monégasque ?
En attendant, je vous propose un jeu : la prochaine fois que la France intervient en Afrique "pour stabiliser la région", comptez le nombre de minutes avant qu'un souverainiste quelconque, chez Bolloré ou chez CNEWS, ne parle de "mission civilisatrice". Spoiler : ça ira plus vite qu’un tweet de Trump.
Veerle Daens – qui vous rappelle que la seule souveraineté qui vaille, c’est celle qu’on exerce sur son propre portefeuille. Le reste, c’est du théâtre.
"La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres… sauf si les autres ont du pétrole." – Veerle Daens, 2026.




