Comment Sarah Knafo (avec la presse Bolloré) justifiera la prise du Groenland par Trump, par Veerle Daens

Comment Sarah Knafo (avec la presse Bolloré) justifiera la prise du Groenland par Trump, par Veerle Daens


Partager cet article

Ah, la souveraineté ! Ce mot magique, ce sésame politique qui s’ouvre à toutes les sauces, comme un frigo de célibataire un dimanche soir. Sarah Knafo, égérie d’un parti qui a fait de la récupération sémantique un sport olympique, s’étonne qu’on galvaude le concept. Elle a raison, bien sûr : la souveraineté, c’est comme le bio ou le vin nature, ça se respecte. Sauf quand c’est nous qui le malmenons, évidemment.

Alors, quand Nicolas Maduro se fait embarquer comme un colis Amazon en retard, la classe politique française s’étrangle dans son café du matin, sauf Sarah Knafo, en parfait écho avec la presse Bolloré qui se charge du service après-vente de Donald Trump.

Mais attendez, chers amis, le meilleur reste à venir : comment nos chers souverainistes justifieront-ils demain l’annexion du Groenland par Donald Trump ? Spoiler : avec la même élégance qu’un bulldozer dans une porcelainerie.

1. La souveraineté, ce concept caméléon

La souveraineté, voyez-vous, c’est comme la liberté chez les libertariens : ça dépend pour qui, et surtout pour quoi. Quand Maduro, ce charmant dictateur vénézuélien, se fait attraper par des mercenaires (ou des agents secrets, ou des fans de Mission Impossible, on ne sait plus très bien), c’est une bénédiction.

« Quand un narco-dictateur viole notre souveraineté en utilisant les armes de guerre que sont le trafic de drogue et l’invasion migratoire, ça n’est pas de l’ingérence que de répondre, mais de la légitime défense. »

Alors, quand un président américain, disons… expansif, décide que le Groenland serait bien mignon avec des Stars and Stripes flottant sur ses glaciers, là, soudain, la souveraineté tant vantée par Zemmour et Knafo devient un détail technique. "Mais voyons, c’est pour leur bien !" nous expliqueront-ils, après avoir loué l'opération de Caracas.

Venezuela : Trump grand-remplace le shériff US par le cow-boy, par Thibault de Varenne
L’Histoire a parfois le sens du théâtre, mais rarement elle ne s’écrit avec une telle brutalité cinématographique. Au petit matin du 3 janvier 2026, alors que Caracas dormait encore sous la moiteur tropicale, le monde a changé d’époque. L’opération Absolute Resolve n’a pas seulement exfiltré Nicolás

Imaginez la scène : Trump tweete à 3h du matin que le Groenland est "un deal génial, les Danois ne savent pas négocier". Dans la foulée, Le Journal du Dimanche (propriété Bolloré, rappelons-le, parce que l’objectivité, c’est comme le réchauffement climatique, ça dépend des actionnaires) titre : "Trump, visionnaire ? Le Groenland, future perle de l’Amérique". Sarah Knafo, invitée sur CNews, s’exclame : "Enfin un homme qui assume la puissance !" pendant que Zemmour, en fond, murmure "La France devrait prendre des notes…".

2. Le deux poids, deux mesures : une spécialité française

Ah, la France ! Ce pays qui a passé cinq siècles à coloniser, piller et civiliser (avec un grand C, comme dans "C’est pour votre bien"), mais qui s’offusque qu’on touche à ses anciens jouets. Quand la Chine achète des ports grecs, c’est "la fin de l’Europe". Quand les États-Unis s’offrent un bout d’Arctique, c’est "un coup de génie géopolitique". La souveraineté selon Sarah Knafo et son compère Zemmour, mes chers compatriotes, n’est pas un principe : c’est un accessoire de mode. On la sort du placard quand ça arrange, et on la range avec les pulls en cachemire quand ça gratte un peu.

Pourquoi Trump parle-t-il d’un « effacement civilisationnel » de l’Europe, par Elise Rochefort
C’est un document de trente-trois pages qui a l’effet d’une déflagration silencieuse dans les chancelleries du Vieux Continent. Publiée en ce mois de décembre 2025, la nouvelle Stratégie de Sécurité Nationale (NSS) des États-Unis ne se contente pas de redéfinir les priorités militaires de l’Amérique. Elle

Et puis, soyons honnêtes : si le Groenland était rempli de vignobles et de fromageries AOP, la France l’aurait déjà annexé sous prétexte de "défense du patrimoine gastronomique mondial". Mais non, il n’y a que de la glace, des phoques et des Inuits (et quelques richesses minières, mais c'est accessoire, of course) qui n’ont pas encore compris qu’ils ont besoin d’être libérés par des souverainistes amis de la civilisation, qui les protégeront du trafic de drogue et de l'expansion islamiste. Bref, un territoire sous-exploité, comme dirait un promoteur immobilier en voyant un squat.

3. La presse Bolloré : toujours un train de retard (ou d’avance, selon l’actionnaire)

La presse Bolloré, donc, se félicite des coups de force de Trump. Il faut dire que les accusations officielles de narcotrafic contre Maduro (voir les précisions du Courrier aujourd'hui sur le sujet) ont leur intérêt : elles font oublier les complicités dont les trafiquants bénéficient souvent, notamment de la part des opérateurs portuaires (et l'activité portuaire, Bolloré connaît) et des armateurs qui transportent des quantités colossales de drogue sur leurs navires. Mais ces rappels objectifs et impartiaux sont-ils vraiment utiles ? D’ailleurs, si demain, Bolloré Media rachète Pravda, personne ne sera surpris. La souveraineté médiatique, ça se monétise, comme le reste.

4. Et si c’était nous ?

Le plus drôle, c’est d’imaginer la réaction si la France faisait la même chose. "Et si on prenait… la Belgique ?" Ceux qui se réjouissent de la neutralisation de Maduro hurleront-ils au "génie stratégique" et à la "revanche sur l’Histoire". Après tout, le plat pays, c’est un peu votre Groenland à vous : des ressources (la bière, les frites), une population sympathique (quand elle ne vote pas vert ou n'héberge pas des terroristes), et surtout, personne ne viendrait vous embêter. "Mais c’est pour leur bien !" répéterait-on en boucle, comme un mantra colonialiste.

Enlèvement de Maduro : l’ONU alerte sur “un dangereux précédent”
L’arrestation spectaculaire de Nicolás Maduro par les forces spéciales américaines marque un tournant dans la géopolitique mondiale. Sous couvert de « narcoterrorisme », Washington impose sa loi par la force au mépris du droit international, l’ONU dénonce “un dangereux précédent”. La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par une opération

5. La souveraineté, c’est comme le socialisme – ça marche mieux dans les discours que dans les faits

Alors, chers souverainistes qui consommez du CNews, du Zemmour, du Knafo, du Europe 1 sans limite (sans parler du JDD), demandez-vous : votre indignation est-elle à géométrie variable ? Si demain, un milliardaire libertarien (oui, ça existe) décide d’acheter Monaco pour en faire une start-up nation sans impôts, allez-vous crier au scandale… ou à la libération du peuple monégasque ?

En attendant, je vous propose un jeu : la prochaine fois que la France intervient en Afrique "pour stabiliser la région", comptez le nombre de minutes avant qu'un souverainiste quelconque, chez Bolloré ou chez CNEWS, ne parle de "mission civilisatrice". Spoiler : ça ira plus vite qu’un tweet de Trump.

Veerle Daensqui vous rappelle que la seule souveraineté qui vaille, c’est celle qu’on exerce sur son propre portefeuille. Le reste, c’est du théâtre.


"La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres… sauf si les autres ont du pétrole." – Veerle Daens, 2026.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le "yoyo" tarifaire de Trump : combien coûtera-t-il à l'économie mondiale ?

Le "yoyo" tarifaire de Trump : combien coûtera-t-il à l'économie mondiale ?

Le grand bond : en moins de 24 heures, le président Donald Trump a fait passer la menace d'une taxe globale sur les importations de 10 % à 15 %. Ce pivot ultra-rapide intervient après que la Cour suprême a invalidé ses tarifs précédents basés sur la loi IEEPA, forçant l'administration à se replier sur la Section 122 du Trade Act de 1974. Pourquoi c'est important : pour le commerce mondial, le niveau de la taxe (15 %) est moins toxique que la capriciosité de la méthode. Les entreprises ne peu


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Comment ne pas payer d'impôt (et même mieux!) quand on gagne 5.000 € nets par mois ? par Vincent Clairmont

Comment ne pas payer d'impôt (et même mieux!) quand on gagne 5.000 € nets par mois ? par Vincent Clairmont

Gagner 5.000 € nets par mois — soit environ 60.000 € par an — est, dans l'imaginaire collectif, le seuil de l'aisance. Mais pour l'administration fiscale, c'est surtout le début de la "zone rouge" de la pression fiscale. À ce niveau, vous n'êtes plus seulement un contribuable, vous êtes le moteur principal du budget de l'État. Sans stratégie, un célibataire à ce niveau de revenus s'apprête à signer un chèque de près de 9.300 € au Trésor Public en 2026. Pourtant, la Loi de finances pour 2026,


Rédaction

Rédaction

Pourquoi la Cour Suprême invalide les tarifs de Trump, par Elise Rochefort

Pourquoi la Cour Suprême invalide les tarifs de Trump, par Elise Rochefort

Par une majorité de 6 contre 3, l’arrêt Learning Resources, Inc. c. Trump vient de porter un coup d’arrêt brutal à l’un des piliers de l’agenda économique du Président : les tarifs douaniers massifs imposés sous le couvert de l’urgence nationale. Pour la première fois dans son second mandat, Donald Trump se voit désavoué par la plus haute juridiction du pays sur une question de souveraineté économique. L’illusion de l’urgence : quand « réguler » ne veut pas dire « taxer » Au cœur de cette


Rédaction

Rédaction

Epstein : auditions aux USA, garde à vue princière au UK, toujours de la fumée en France, par Elise Rochefort

Epstein : auditions aux USA, garde à vue princière au UK, toujours de la fumée en France, par Elise Rochefort

Après des années d’un entre-soi protecteur, où le prestige et la fortune servaient de bouclier, les « dossiers Epstein » et leurs de 3,5 millions de pages déclassifiées le 30 janvier dernier par le Département de la Justice américain (DOJ) ont fini par emporter les derniers remparts de l’impunité. Entre Washington, Londres et Paris, le spectacle de la chute est aussi fascinant qu’effroyable. Ce n'est plus un simple scandale de mœurs ; c'est, selon les termes des experts de l'ONU, l'autopsie d'u


Rédaction

Rédaction