Christine Lagarde, la "gardienne de l’euro", celle qui devait tenir la barre jusqu’en octobre 2027, s’apprêterait à quitter le navire prématurément. Destination ? Les rives du lac Léman, pour reprendre les rênes du Forum Économique Mondial (WEF).

Pendant des mois, la communication officielle a été un chef-d’œuvre de déni poli. "Je suis pleinement engagée dans mon mandat", répétait-elle à l’envi. Mais des informations récentes du Financial Times dessinent une réalité bien plus complexe : celle d'une fin de règne anticipée et d'un passage de témoin mondial qui ne dit pas encore son nom.
L’ombre de Klaus Schwab et l’appel de la montagne
Le premier acte de ce drame s’est joué sous les projecteurs de Davos. Le Forum Économique Mondial traverse une crise existentielle sans précédent. Klaus Schwab, le patriarche fondateur, doit passer la main. Mais comment succéder à l'homme qui a inventé le concept même de "Great Reset" ? Il fallait une figure capable de rassurer les marchés, de séduire les chefs d’État et de naviguer dans les eaux troubles de la géopolitique post-COVID.

Le nom de Christine Lagarde s'est imposé comme une évidence, presque une nécessité biologique pour l'organisation. Pourtant, comme le soulignait une analyse récente, ce transfert n'est pas une "conclusion acquise" (foregone conclusion). Le WEF est actuellement une maison en plein inventaire, secouée par des critiques internes sur sa culture d'entreprise et son manque de transparence. Pour Lagarde, accepter le poste maintenant, c'est accepter de devenir la "nettoyeuse" d'un empire en transition.

La rupture : pourquoi partir avant 2027 ?
C’est ici que le second rapport intervient et change la donne. Jusqu’ici, le scénario privilégié était celui d’une transition douce en fin de mandat. Or, l’information selon laquelle elle quitterait la BCE avant le terme de ses huit ans agit comme un catalyseur.
Pourquoi une telle urgence ? Trois hypothèses se dessinent.
- Le timing de la succession : après l'éviction brutale de Klaus Schwab, et son remplacement temporaire par Larry Fink,le patron de Black Rock, le WEF a besoin d'une tête d'affiche immédiatement pour ne pas sombrer dans l'insignifiance face aux nouveaux pôles d'influence asiatiques ou américains.
- Le sentiment de "mission accomplie" : Lagarde estime sans doute avoir fait le plus dur. Elle a survécu à la pandémie, elle a orchestré la remontée des taux face à une inflation galopante et elle a stabilisé l’euro. Pour une femme d'influence, le quotidien de la gestion monétaire peut paraître aride comparé au prestige diplomatique mondial de Davos.
- Le verre de cristal de l'unité européenne : maintenir le consensus au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE devient de plus en plus difficile. Les tensions entre "faucons" allemands et "Colombes" du Sud s'intensifient. Partir maintenant, c'est partir sur une note de victoire relative avant que les prochaines fissures ne deviennent des gouffres.

Le danger de la "Lame Duck"
L'annonce — même officieuse — de ce départ prématuré transforme Christine Lagarde en ce que les Anglo-saxons appellent une "Lame Duck", un canard boiteux. Dès l’instant où les marchés intègrent son départ, son autorité s'érode.
Chaque mot prononcé lors des conférences de presse de la BCE sera désormais passé au filtre de son départ. Les investisseurs ne se demandent plus ce que Lagarde va faire, mais qui va la remplacer. Est-ce que l'Élysée réussira à imposer un autre profil français ? Ou est-ce que l'Allemagne, après avoir vu passer Mario Draghi et Christine Lagarde, exigera enfin son tour au sommet de la tour de Francfort ? Cette incertitude est un poison pour la monnaie unique.
Les enjeux de Davos : un nouveau rôle pour une nouvelle ère
Si elle rejoint le WEF, Christine Lagarde ne sera plus une technicienne de la monnaie, mais la voix de la gouvernance mondiale. Elle devra répondre aux critiques croissantes contre le "capitalisme des parties prenantes" et réinventer un forum qui semble parfois déconnecté des réalités populaires.
Ses récentes interventions à Davos en ce début d'année 2026 montrent qu'elle prépare déjà le terrain. Elle parle d'intelligence artificielle, de régulation climatique et de résilience sociale. Elle ne s'exprime plus comme une banquière centrale, mais comme une présidente du monde.



