Christine Lagarde démissionnerait pour prendre la tête du WEF, par Elise Rochefort

Christine Lagarde démissionnerait pour prendre la tête du WEF, par Elise Rochefort


Partager cet article

Christine Lagarde, la "gardienne de l’euro", celle qui devait tenir la barre jusqu’en octobre 2027, s’apprêterait à quitter le navire prématurément. Destination ? Les rives du lac Léman, pour reprendre les rênes du Forum Économique Mondial (WEF).

Pendant des mois, la communication officielle a été un chef-d’œuvre de déni poli. "Je suis pleinement engagée dans mon mandat", répétait-elle à l’envi. Mais des informations récentes du Financial Times dessinent une réalité bien plus complexe : celle d'une fin de règne anticipée et d'un passage de témoin mondial qui ne dit pas encore son nom.

L’ombre de Klaus Schwab et l’appel de la montagne

Le premier acte de ce drame s’est joué sous les projecteurs de Davos. Le Forum Économique Mondial traverse une crise existentielle sans précédent. Klaus Schwab, le patriarche fondateur, doit passer la main. Mais comment succéder à l'homme qui a inventé le concept même de "Great Reset" ? Il fallait une figure capable de rassurer les marchés, de séduire les chefs d’État et de naviguer dans les eaux troubles de la géopolitique post-COVID.

Le “Reset national” de Trump est-il plus ou moins acceptable que le “Great Reset” techno de Klaus Schwab ?
À Davos, Donald Trump a emmené une délégation américaine fournie pour marquer son territoire, et annoncer un renversement complet. Nous sommes passés du Great Reset technocratique professé en 2020 par Klaus Schwab, le fondateur du Forum, à un Reset national aux accents très différents. Mais est-ce mieux ? La 56ème réunion

Le nom de Christine Lagarde s'est imposé comme une évidence, presque une nécessité biologique pour l'organisation. Pourtant, comme le soulignait une analyse récente, ce transfert n'est pas une "conclusion acquise" (foregone conclusion). Le WEF est actuellement une maison en plein inventaire, secouée par des critiques internes sur sa culture d'entreprise et son manque de transparence. Pour Lagarde, accepter le poste maintenant, c'est accepter de devenir la "nettoyeuse" d'un empire en transition.

La rupture : pourquoi partir avant 2027 ?

C’est ici que le second rapport intervient et change la donne. Jusqu’ici, le scénario privilégié était celui d’une transition douce en fin de mandat. Or, l’information selon laquelle elle quitterait la BCE avant le terme de ses huit ans agit comme un catalyseur.

Pourquoi une telle urgence ? Trois hypothèses se dessinent.

  1. Le timing de la succession : après l'éviction brutale de Klaus Schwab, et son remplacement temporaire par Larry Fink,le patron de Black Rock, le WEF a besoin d'une tête d'affiche immédiatement pour ne pas sombrer dans l'insignifiance face aux nouveaux pôles d'influence asiatiques ou américains.
  2. Le sentiment de "mission accomplie" : Lagarde estime sans doute avoir fait le plus dur. Elle a survécu à la pandémie, elle a orchestré la remontée des taux face à une inflation galopante et elle a stabilisé l’euro. Pour une femme d'influence, le quotidien de la gestion monétaire peut paraître aride comparé au prestige diplomatique mondial de Davos.
  3. Le verre de cristal de l'unité européenne : maintenir le consensus au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE devient de plus en plus difficile. Les tensions entre "faucons" allemands et "Colombes" du Sud s'intensifient. Partir maintenant, c'est partir sur une note de victoire relative avant que les prochaines fissures ne deviennent des gouffres.
L’humeur de Veerle Daens : Trump réintronise le mondialisme à Davos
C’est une image qui devrait faire s’étrangler dans leur café matinal bon nombre de souverainistes français, ceux-là mêmes qui ont passé les derniers mois à célébrer le retour de Donald Trump comme le messie des nations libres. Le voilà, l’iconoclaste, le “destructeur de l’ordre établi”, atterrissant dans

Le danger de la "Lame Duck"

L'annonce — même officieuse — de ce départ prématuré transforme Christine Lagarde en ce que les Anglo-saxons appellent une "Lame Duck", un canard boiteux. Dès l’instant où les marchés intègrent son départ, son autorité s'érode.

Chaque mot prononcé lors des conférences de presse de la BCE sera désormais passé au filtre de son départ. Les investisseurs ne se demandent plus ce que Lagarde va faire, mais qui va la remplacer. Est-ce que l'Élysée réussira à imposer un autre profil français ? Ou est-ce que l'Allemagne, après avoir vu passer Mario Draghi et Christine Lagarde, exigera enfin son tour au sommet de la tour de Francfort ? Cette incertitude est un poison pour la monnaie unique.

Les enjeux de Davos : un nouveau rôle pour une nouvelle ère

Si elle rejoint le WEF, Christine Lagarde ne sera plus une technicienne de la monnaie, mais la voix de la gouvernance mondiale. Elle devra répondre aux critiques croissantes contre le "capitalisme des parties prenantes" et réinventer un forum qui semble parfois déconnecté des réalités populaires.

Ses récentes interventions à Davos en ce début d'année 2026 montrent qu'elle prépare déjà le terrain. Elle parle d'intelligence artificielle, de régulation climatique et de résilience sociale. Elle ne s'exprime plus comme une banquière centrale, mais comme une présidente du monde.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Macron et le dossier Epstein: la " propagande russe"comme unique réponse au scandale

Macron et le dossier Epstein: la " propagande russe"comme unique réponse au scandale

Alors que les ""Epstein Files" ébranlent les élites mondiales, l’appareil d'État français et ses relais médiatiques dénoncent une ingérence russe. Sous couvert de lutte contre la désinformation, cette stratégie vise surtout à étouffer tout débat lucide sur les dérives oligarchiques. La publication, fin janvier 2026, de millions de documents issus des archives de la justice américaine concernant Jeffrey Epstein aurait dû provoquer un séisme de transparence. Au lieu de cela, nous assistons en Fra


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Quentin : les pro-Likoud parviendront-ils à diaboliser LFI à la place du RN?

Quentin : les pro-Likoud parviendront-ils à diaboliser LFI à la place du RN?

Le tragique décès de Quentin Deranque à Lyon, ce week-end de février 2026, ne restera pas dans les annales comme un simple fait divers de plus dans une France ensauvagée. Pour qui sait lire entre les lignes du narratif officiel, nous assistons à une manœuvre de bascule systémique d'une ampleur inédite. L'objectif? Opérer un transfert de "ladrerie" politique : normaliser définitivement le Rassemblement National (RN) pour mieux jeter La France Insoumise (LFI) dans les ténèbres extérieures de l'arc


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

L'humeur de Veerle Daens : mamie à la rue et entrepreneurs en laisse, le grand saut vers l'égalité dans la misère

L'humeur de Veerle Daens : mamie à la rue et entrepreneurs en laisse, le grand saut vers l'égalité dans la misère

Mes chers amis de l'Hexagone, ce pays merveilleux où l'on préfère apparemment un voisin pauvre à un voisin riche, voici le retour du grand frisson national : la traque au millionnaire « fantôme ». Sortez les fourches, ou plutôt les formulaires Cerfa, car on vient de découvrir l'horreur absolue : il existe des gens qui possèdent des choses, mais qui — ô sacrilège — n'ont pas l'indécence de toucher un salaire (ou un salaire suffisant) pour se faire tondre par l'administration. Le crime d'invest


CDS

CDS

Les Citadelles de l’indépendance : vers une sécession organisée

Les Citadelles de l’indépendance : vers une sécession organisée

Après avoir identifié hier l'entrepreneur comme l'anti-Nibelung, celui qui refuse l’avachissement collectif, une question cruciale se pose : comment cet individu souverain peut-il survivre dans un environnement saturé par la bureaucratie ? La réponse tient en un concept qui effraie les partisans du contrôle social : la Citadelle. Dans l'imaginaire libertarien, la citadelle n'est pas un repli frileux, mais une base arrière pour la reconquête de soi. Elle est la réponse concrète à l'étouffemen


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe