Charlie Kirk méritait-il d’être tué ? par Henri Desbois

Charlie Kirk méritait-il d’être tué ? par Henri Desbois


Partager cet article

Voici la question qu’osent se poser un certain nombre d’êtres humains, qualifions-les ainsi par pur charité chrétienne, après l’horrible assassinat en plein jour du militant de droite et jeune père de famille Charlie Kirk. Et encore, je ne vous parle que des plus modérés, car les autres (une minorité, mais plutôt bruyante) n’ont pas hésité à s’en réjouir publiquement, notamment sur les réseaux sociaux. La différence entre les premiers et les seconds se situe entre le « oui » et le « oui mais ».

Un franc « oui ! » à notre question liminaire est certes choquant, odieux et même inhumain. Il a d’ailleurs souvent été condamné à juste titre, dans les médias de grand chemin, et des employeurs de ces thuriféraires du sniper anti-kirkien ont souvent été amenés à les limoger façon Trump : you’re fired !

Néanmoins, je veux m’attarder sur le « oui, mais » tout aussi franc, qui n’a pas été condamné par les mêmes, mais qui a été toléré, justifié et parfois même encouragé. Cet esprit de nuance, d’habitude si apprécié et appréciable, relève en l’occurrence de la banalisation du mal, et de sa justification. « Oui, mais Charlie Kirk était comme-ci, disait ceci, faisait cela ». Combien de fois ne l’a-t-on entendu sur les plateaux télévisés les plus « modérés », les plus « sages » et « bien élevés ». Et pourtant, c’est cette distinction entre le « oui », intrinsèquement mauvais, et le « oui, mais », modéré à souhait, qui est un deux poids deux mesures dont nos pseudo-démocraties ont le secret depuis longtemps.

« Oui, le référendum de 2005 a été piétiné, mais nous sommes encore en démocratie » est un de mes favoris dans le genre. C’est à force de répéter ce genre d’inepties qu’on en vient à justifier l’injustifiable. Mais le cerveau humain est ainsi fait qu’il s’offusque moins d’une nuance, même criminelle, que d’une affirmation si stupidement bête et atroce qu’elle s’annule quasiment par les réactions adverses qu’elle fait naître.

Or, le problème du « oui, mais », c’est qu’il ne fait naître quasiment aucune réaction inverse. Surtout s’il est défendu par ceux qui se réclament du camp du bien, qui ne voient aucun mal à reprocher à un cadavre à peine froid de n’avoir pas été assez de gauche. « Oui, mais Charlie Kirk était chrétien », ai-je pu lire sur X, cette ferme à trolls où pullulent les anti-tout et les pro-rien. Chrétien, nouvelle insulte ? Il faut le croire, tant ce mot a été diabolisé par les anti-chrétiens. Or le diable est dans le détail comme chacun sait.

Charlie Kirk était beaucoup de choses, y compris chrétien, mais rien ne justifiait qu’on lui tire dessus devant femme, enfants et caméras. Il débattait avec ses ennemis (grande preuve de fascisme vous l’admettrez), il lisait et citait la Bible (le livre du diable, donc) et il était de droite (mauvais choix apparemment). Et à ce titre, il venait titiller la gauche à l’endroit même où celle-ci avait interdit qu’on vienne la titiller : les campus universitaires, là où l’orientation politique et religieuse se forme et se forge pour le reste de la vie. Sacrilège ! Sorcellerie ! Vite, amenez-moi le bûcher qu’on en finisse !

Le diable, c’est l’inversion des valeurs, comme l’a si bien noté Orwell, lui qui n’était pas chrétien, mais qui était anti-communiste. La guerre c’est la paix, la paix c’est la guerre, écrivait-il dans 1984. « Oui, mais », c’est la nuance, l’érudition et la hauteur de vue, « non », c’est le dogmatisme, le manichéisme et la pente glissante vers le fascisme. Si De Gaulle revenait, son « non » serait diabolisé à nouveau, comme il était diabolisé par Vichy, qui supportait mal qu’on ne se soumette pas à ses abaissements.

Non, Charlie Kirk ne méritait pas d’être tué, toute nuance à ce sujet manque cruellement de recul et d’intelligence. Je suis Charlie, plutôt deux fois qu’une.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
L'humeur de Veerle Daens : l'État-maman et le grand retour des « exilés » de Dubaï

L'humeur de Veerle Daens : l'État-maman et le grand retour des « exilés » de Dubaï

Mes chers amis, approchez. Aujourd’hui, nous assistons à une performance artistique d’une rare intensité : le « rapatriement fiscalo-humanitaire ». Il semblerait que le sable doré de Dubaï, si propice aux placements de produits pour des crèmes éclaircissantes et à l'optimisation fiscale décomplexée, soit devenu soudainement... trop brûlant. Face aux bruits de bottes et aux missiles iraniens, nos fiers « sécessionnistes » de la Toile, ces influenceurs qui expliquaient hier encore que la Franc


CDS

CDS

Ukraine vs. Iran : la crise du « deux poids, deux mesures »

Ukraine vs. Iran : la crise du « deux poids, deux mesures »

Pour qui observe avec un tant soit peu de lucidité la comédie du pouvoir, le spectacle est à la fois fascinant et tragique. Nous assistons, en direct, à l’effondrement moral d’une caste politique qui a tenté de faire du « Droit international » une religion universelle en Ukraine, avant de le transformer en variable d’ajustement, voire en absurdité, au Moyen-Orient. Le Droit international : un totem à géométrie variable Depuis février 2022, on nous explique — à juste titre sur le plan formel —


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Moyen-Orient: Madrid qualifie d’« illégales » les frappes israélo-américaines

Moyen-Orient: Madrid qualifie d’« illégales » les frappes israélo-américaines

Au lendemain de la riposte iranienne, les capitales européennes ont rapidement condamné l’escalade militaire et appelé à la retenue. Toutefois, une divergence notable est apparue dans la qualification des événements : si la majorité des dirigeants ont dénoncé l’attaque iranienne, seul le Premier ministre espagnol a, à ce stade, qualifié d’« illégales » les frappes menées par Israël et les États-Unis. Depuis le déclenchement des frappes conjointes d'Israël et des États-Unis contre l'Iran le 28 f


Lalaina Andriamparany

Lalaina Andriamparany

Iran, guerre régionale aujourd'hui, guerre mondiale demain? par Thibault de Varenne

Iran, guerre régionale aujourd'hui, guerre mondiale demain? par Thibault de Varenne

Le 28 février 2026 restera dans les annales diplomatiques comme le jour où l'illusion de la « frappe chirurgicale » s'est fracassée sur les réalités brûlantes du Levant. En lançant l'opération Epic Fury (ou Rising Lion), Washington et Tel-Aviv n'ont pas seulement visé les centrifugeuses de Natanz ou les centres de commandement de Téhéran ; ils ont, par une réaction en chaîne dont la maîtrise leur échappe déjà, acté la naissance du premier conflit régional total de cette décennie. Mais au-delà de


Rédaction

Rédaction