Sous couvert de « modernisation », la Carsat, caisse d'assurance retraite et de santé au travail, dispose désormais d'un accès élargi aux données bancaires. Ce n'est pas de l'espionnage, dit-on, mais une quête de transparence. Pourtant, cela préfigure un avenir où l'État surveille chaque transaction. Sous couvert de lutte contre la fraude, l'État étend désormais son contrôle sur les retraités.

En ce mois de février 2026, l'interconnexion des fichiers entre le fisc et les caisses de retraite est devenue une réalité. L'époque du cloisonnement administratif est morte, enterrée par la fluidité numérique. Désormais, la Carsat dispose d'une visibilité directe sur le FICOBA, le répertoire national de tous vos comptes. Les retraités modestes deviennent des cibles faciles. Les gros capitaux, eux, restent intouchables.
Un accès complet au fichier Ficoba
Le Fichier des comptes bancaires (FICOBA) est désormais accessible à la Carsat. En quelques clics, l'organisme peut cartographier l'ensemble de vos comptes. Cette transparence forcée, justifiée par la lutte contre la fraude, instaure une surveillance permanente.

La Carsat peut accéder facilement à ce fichier et en temps réel depuis février 2026. En quelques clics, un agent de la caisse de retraite peut voir le nom et l’adresse de la banque où un allocataire est client, le type de compte ouvert ainsi que les dates d’ouverture ou de fermeture.
L’administration a également mis en place une collaboration étroite avec le fisc. La moindre incohérence au niveau des données figurant dans les déclarations de revenus et les dossiers de demande d’aide sociale serait détectée immédiatement. Il arrive en effet que les retraités oublient de déclarer certaines ressources ou soient tentés de les dissimuler.
L'ASPA sous haute surveillance : quand l'administration traque les oublis
L'Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées cible les bas revenus. Elle complète les ressources jusqu'à un plafond. Toute omission fausse le calcul. La Carsat vérifie pensions, biens immobiliers et mobiliers via FICOBA.

Le principe est clair : la solidarité nationale intervient en dernier recours. Toutes les ressources doivent être déclarées. Pensions, biens immobiliers, placements financiers.
Dissimuler un Livret A ? Impossible. Les erreurs innocentes, comme oublier un compte joint, mènent à des redressements. L’administration applique une règle stricte : un capital non productif est réputé générer un revenu fictif de 3 % par an.
50 000 euros d’épargne sont ainsi considérés comme produisant 1 500 euros annuels. Cette somme réduit le montant de l’ASPA.
La règle est légale. Elle est désormais vérifiable automatiquement.
Résidence et mobilité : le contrôle par indices bancaires
Autre point sensible : la condition de résidence en France. Certaines prestations exigent plus de six mois par an sur le territoire.
Sans géolocalisation directe, l’administration peut analyser les lieux de retraits et paiements. Une activité bancaire concentrée à l’étranger sur une longue période peut déclencher une enquête.
En cas de non-respect, les versements sont suspendus. Les sommes indûment perçues peuvent être réclamées rétroactivement. Les montants peuvent atteindre plusieurs milliers d’euros.

Une modernisation asymétrique ?
Officiellement, le dispositif vise l’équité et la pérennité du système par répartition. La lutte contre la fraude est un impératif budgétaire.
Mais dans les faits, ce contrôle automatisé touche prioritairement les bénéficiaires de prestations sous conditions de ressources. Les petits patrimoines sont facilement traçables via fichiers centralisés. Les structures patrimoniales complexes, elles, relèvent d’une ingénierie fiscale d’un autre ordre.
La technologie renforce la capacité de contrôle de l’État. Elle simplifie la détection des écarts. Elle réduit l’espace de l’erreur administrative.
Nous basculons peu à peu dans une ère où le droit à la retraite devient conditionné à une conduite financière "irréprochable" aux yeux de l'État. En acceptant cette intrusion sous prétexte de lutte contre la fraude, nous validons les briques d'un système de surveillance généralisée. Demain, cette technologie servira à réguler d'autres comportements. Le modèle chinois n'est plus à nos portes : il est dans votre relevé bancaire.



