Le 12 mai, les stars descendront l’escalier du Palais. Mais cette année, David Lisnard a choisi de troubler la fête. Dans un courrier daté du 8 avril au parquet de Grasse, le maire de Cannes réclame des contrôles antidrogue « d’envergure » pendant tout le festival (12-23 mai), aucune zone sanctuarisée, pas même les hôtels de luxe et les soirées privées. La vraie question : les contrôles s'appliqueront-ils à tout le monde ?

C'est le secret le mieux gardé du Festival : la Croisette est aussi, chaque mai, l'une des places de consommation de stupéfiants les plus actives du pays. Le maire David Lisnard a officiellement saisi le parquet de Grasse pour en finir avec l'omerta. En 2025. Quand un élu doit supplier l'État régalien d'exercer ses fonctions de base, c'est que quelque chose s'est profondément cassé. La Croisette n'est que le miroir grossissant d'un pays qui a renoncé.
Une lettre, un signal politique
Dans un courrier adressé au parquet de Grasse, le maire également président de l'Association des maires de France, réclame des « contrôles ciblés dans toute la ville, y compris dans le secteur de la Croisette et auprès des festivaliers ». Le ton est volontariste, la démarche officielle. C'est une saisine, pas un vœu pieux.
Le maire de #Cannes David #Lisnard a demandé à l'Etat de mener une opération ciblée de lutte contre les #stupéfiants durant le @Festival_Cannes du 12 au 23 mai, visant également les participants.
— Jean-François Guyot (@JFGuyot) April 22, 2026
"Je sollicite la mise en place d’une action spécifique et d'envergure de contrôle…
Le maire veut rompre avec une forme de tolérance implicite qui entoure depuis des années les grandes messes festives. Chaque mois de mai, Cannes devient une vitrine mondiale, attirant plusieurs dizaines de milliers de professionnels, célébrités et visiteurs.

Cette concentration exceptionnelle génère mécaniquement des flux financiers massifs… mais aussi des marchés parallèles bien connus des services de police. La Croisette, épicentre de cette activité, concentre les intérêts les plus sensibles. Or, c’est précisément dans ces espaces que les dérives sont les plus difficiles à encadrer.
L’ordre public face au marché de l'extase
Le Festival de Cannes est précisément l'un des événements mondiaux où la consommation de cocaïne est la plus documentée. Les soirées privées sur yachts, les suites du Martinez et du Carlton, les after des distributeurs américains : tout le monde sait, personne ne dit.

L’enjeu est autant financier que politique. Le festival pèse 200 millions d’euros de retombées pour la ville. Or, l’image « drogue et excès » effraie les investisseurs familiaux et les marques « propres ». Lisnard candidat LR à la présidentielle de 2027 soigne son électorat sécuritaire tout en gardant un œil sur les palaces : une descente musclée sur la Croisette ruinerait la promesse de discrétion qui fait le prix des nuits cannoises (jusqu’à 40 000 € la table en boîte de nuit). Lisnard souhaite frapper fort, partout, et sans distinction, mais trop de zèle chasserait la jet-set, trop peu tuerait sa crédibilité.

« Festival ou pas festival, il y a tout le temps des opérations de contrôle en matière de stupéfiants et ça concerne tous les lieux et tous les territoires », a rappelé Laurent Hottiaux, préfet des Alpes-Maritimes,auprès de l’AFP.
Réclamer une opération d'envergure ponctuelle pendant quinze jours de festival, c'est de la communication autant que de la stratégie sécuritaire. Lisnard a raison de hausser le ton. Mais une opération coup de poing ne remplacera pas la politique pénale de fond qui manque cruellement.
