BRICS, Sud global et souveraineté : le pari risqué de Madagascar

BRICS, Sud global et souveraineté : le pari risqué de Madagascar


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A Madagascar, le gouvernement insurrectionnel de la Refondation avance ses pions sur l’échiquier international. En devenant pays partenaire des BRICS, avec l’appui décisif de l’Afrique du Sud, Madagascar affiche une volonté claire : diversifier ses alliances et reprendre la main sur sa diplomatie économique. Reste à savoir à quel prix.

Le gouvernement intérimaire malgache du colonel Randrianirina opère un virage diplomatique audacieux. Après sa suspension de l’Union africaine et un contexte politique intérieur troublé, Madagascar mise sur un rapprochement avec le bloc des BRICS, parrainé par l’Afrique du Sud. Cette quête d’un « pays partenaire » au sein d’une alliance présentée comme le contrepoids du G7 n’est pas anodine. Elle révèle la volonté d’échapper à la pression occidentale, mais pose la question du prix de cette nouvelle dépendance.

Le parrainage sud-africain : un calcul géopolitique assumé

L’Afrique du Sud, seul membre africain fondateur des BRICS, joue ici un rôle de pivot. En poussant Madagascar, Pretoria renforce son leadership régional et étend l’influence du bloc dans l’océan Indien.

Madagascar seeks to join BRICS as partner country — president

Pour Cyril Ramaphosa, élargir la sphère d’influence des BRICS est une stratégie défensive : diluer la pression occidentale en créant une coalition d’États méfiants à l’égard de l’ordre libéral dirigé par le dollar. Madagascar devient un pion dans cette partie d’échecs globale, où Pretoria cherche des alliés de circonstance.

Un partenariat de seconde zone aux bénéfices incertains

Il faut démythifier le statut convoité. « Pays partenaire » n’est pas membre à part entière. Cela signifie une participation limitée aux sommets et initiatives, sans droit de vote ni intégration aux structures décisionnelles. Le bénéfice pour Antananarivo ? Une vitrine diplomatique et la promesse vague d’investissements et de coopération Sud-Sud.

En contrepartie, le pays aligne symboliquement sa diplomatie sur un bloc ouvertement hostile à l’hégémonie du dollar et en tension avec les démocraties occidentales.

À ce jour, seuls trois pays africains - l’Algérie, le Nigeria et l’Ouganda ont été reconnus comme partenaires des BRICS.

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Le jeu est périlleux : Antananarivo tente de préserver ses accès cruciaux au marché américain (AGOA) tout en flirtant avec un camp qui prône la dé-dollarisation. Le Congrès américain a prolongé l’AGOA jusqu’en 2028, un levier vital pour le textile et la vanille malgache (100 000 emplois).

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L’achat d’hydrocarbures à Moscou est présenté comme une option pour mettre fin rapidement aux délestages qui ont repris dans la capitale Antananarivo.

Pourtant, le nouvel homme fort de Madagascar, le Colonel Randrianirina signe parallèlement des accords de sécurité avec la Russie et projette une usine d'armement avec la Chine. C’est la doctrine de la « multi-alliance » : exploiter les marchés occidentaux tout en assurant sa défense et son autonomie financière avec l'Orient.

Cette schizophrénie stratégique pourrait se retourner contre elle si les partenaires historiques y voient une défiance inacceptable.

La quête d’équilibre , vraiment?

D’un point de vue libertarien, cette stratégie de « multiplication des maîtres » est un leurre. Elle ne libère pas Madagascar des dépendances étatiques ; elle les multiplie.

Le pays échange une influence occidentale contre l’influence d’un bloc dominé par des puissances autoritaires ou interventionnistes comme la Chine, la Russie ou l’Iran. La souveraineté ne se construit pas en changeant de parrain, mais en réduisant la place de l’État dans l’économie, en créant un environnement attractif pour les investissements directs étrangers, libres et non politisés, et en garantissant les droits de propriété.

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Se rapprocher des BRICS, c’est souvent adhérer à un modèle de capitalisme de connivence, où les contrats sont négociés d’État à État, au détriment des entrepreneurs locaux et des libertés individuelles.

Si la démarche se comprend par réflexe de survie diplomatique, elle n’offre qu’une souveraineté illusoire. Elle risque d’enfermer le pays dans un système d’alliances tout aussi contraignant, où les décisions se prennent à Pékin, Moscou ou Pretoria. La véritable indépendance économique passerait par un désengagement de l’État des sphères de production, la fin des monopoles et l’attraction de capitaux privés sans conditions politiques. 


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