Dans sa circulaire de rentrée publiée le 7 mai 2026 au Bulletin officiel, le ministre Édouard Geffray place « le langage et le raisonnement scientifique » au cœur de la mission des enseignants. Fini les « textes à trous » en primaire : place au geste scripteur et aux phrases complètes. Au baccalauréat, la qualité rédactionnelle sera scrutée dans toutes les épreuves, y compris scientifiques. « Les élèves qui rendent des copies mal rédigées ne peuvent pas avoir le bac. Ce serait leur mentir sur leur niveau », assène-t-il dans Le Figaro.

Le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, promet un retour à “l’exigence” à l’école. Dans une circulaire publiée le 7 mai, il annonce que les copies “mal rédigées” ne permettront plus d’obtenir le baccalauréat. Derrière cette offensive sur le langage et les mathématiques, le gouvernement tente surtout de reprendre la main sur une école en crise chronique, alors même que près de 2 000 postes doivent disparaître dans le primaire à la rentrée 2026.
Le retour de “l’exigence” dans une école sous tension
La circulaire de rentrée marque un virage assumé. Après des années de pédagogies jugées plus “bienveillantes” que rigoureuses, le ministère veut recentrer l’enseignement sur deux piliers : “le langage” et “le raisonnement scientifique”. Les fameux “textes à trous” sont explicitement découragés au profit de la rédaction complète et du “geste scripteur”.

Le message politique est claire: l’État reconnaît implicitement l’effondrement du niveau rédactionnel. Depuis plusieurs années, les enquêtes internationales signalent une baisse des compétences fondamentales des élèves français, notamment en compréhension écrite et en mathématiques. Le ministre assume désormais publiquement qu’un élève incapable d’écrire correctement ne devrait pas décrocher le bac.
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Cette ligne tranche avec la stratégie précédente portée par Elisabeth Borne, qui misait davantage sur l’intégration rapide de l’intelligence artificielle à l’école. Désormais, l’IA est présentée non comme une priorité pédagogique, mais comme un risque d’assistanat intellectuel. Le rétropédalage est discret, mais réel.
Une rigueur affichée mais sans moyens
Le problème est que cette restauration de l’autorité scolaire intervient dans un contexte budgétaire contraignant. Aucune réforme structurelle nouvelle, aucun plan massif de recrutement, aucun financement supplémentaire : le ministère demande davantage d’exigence à un système déjà épuisé.

Les syndicats rappellent que les suppressions de postes continuent, avec près de 2 000 emplois titulaires supprimés dans le primaire dès la prochaine rentrée. Dans le même temps, le gouvernement exige plus d’encadrement, plus de suivi individualisé et davantage de maîtrise rédactionnelle jusque dans les disciplines scientifiques.

Le pouvoir tente aussi de réaffirmer l’autorité institutionnelle face aux familles. Quand le ministre affirme que “l’école n’est pas un prestataire de services”, il répond à une transformation profonde du rapport entre parents et administration scolaire. Derrière cette phrase se cache une inquiétude de l’État : perte de légitimité des enseignants, contestation des décisions disciplinaires et montée des tensions dans les établissements.

En juillet 2025, ce même ministère avalisait des consignes de correction pour le bac qui minimisaient préciser l'orthographe, jugée « discriminante » sur le plan social. Des enseignants, relayés par Atlantico dénonçaient alors une dérive idéologique : toute exigence assimilée à une inégalité, tout écart de maîtrise traité comme une injustice à corriger par l'abaissement du niveau.

Geffray lui-le reconnaît : « Depuis même trente ans, la pratique de l'écrit s'est beaucoup affaiblie à l'école primaire. » C'est donc l'institution qu'il dirige, et ses précédentes, qui ont méthodiquement produit le désastre qu'il prétend aujourd'hui réparer avec une circulaire et sans budget.
