L'INSEE nous informe aujourd'hui que la France compte désormais plus de décès que de naissances, situation inédite depuis 1945. Décidément, nous vivons une phase de rupture, et pas dans le sens que nous aimerions. Mais cet avachissement démographique est-il surmontable ?

C’est une note de bas de page dans le grand livre de la liquidation française, un faire-part de décès administratif numéroté « Insee Première n° 2087 ». Derrière la froideur technocratique du titre — Bilan démographique 2025 — se cache l’acte officiel d’une rupture civilisationnelle que les élites parisiennes s’efforcent déjà de minimiser, voire de travestir. Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, hors temps de guerre, la France compte plus de cercueils que de berceaux. Le solde naturel est négatif : - 6 000.

Ce chiffre, apparemment anecdotique à l’échelle d’un pays de 69 millions d’habitants, est en réalité le sismographe d’un effondrement intérieur. Il signe la fin de l’exception française, ce dernier vestige de vitalité qui nous distinguait encore de la gérontocratie allemande ou de l’hiver italien. La France ne se reproduit plus. Elle s’éteint. Et cette extinction n’est pas un accident ; c’est le résultat logique, implacable, d’un « désespoir froid » qui a saisi le corps social, un nihilisme d’atmosphère distillé par quarante années de renoncements politiques, de saccage économique et de terrorisme moral.
La question n’est plus de savoir comment nous en sommes arrivés là — les courbes de l’Insee hurlent la réponse — mais si ce suicide collectif, mené à bas bruit, est encore réversible. Ou si nous assistons, impuissants, à la fermeture définitive du grand théâtre français.
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La Grève des Ventres : le vote de défiance ultime
Il faut avoir le cynisme d’un haut fonctionnaire de Bercy pour oser prétendre que la chute de la natalité est une simple « transition ». Avec un Indicateur Conjoncturel de Fécondité (ICF) effondré à 1,56 enfant par femme, nous ne sommes pas dans une transition, nous sommes dans une sécession, voire une cessation.

Les Français ne font plus d’enfants, non pas parce qu’ils ne le veulent plus, mais parce qu’ils ne croient plus au monde que la caste dirigeante leur a préparé. La chute de 24 % des naissances depuis 2010 est le vote de défiance le plus brutal qu’un peuple puisse adresser à ses dirigeants. C’est une motion de censure biologique.
Pourquoi, en effet, donner la vie dans un pays qui a méthodiquement organisé la précarité de sa jeunesse et l’insécurité de ses vieux? Les rapports s’empilent pour expliquer l’inexplicable, citant le coût du logement ou la précarité de l’emploi. Certes. Mais le mal est plus profond. Il est métaphysique. La « grève des ventres » est la réponse d’un peuple à qui l’on a expliqué, matin, midi et soir, que son existence même était un problème.

D’un côté, la religion de l’éco-anxiété, prêchée par une bourgeoisie urbaine qui a troqué le catholicisme pour le malthusianisme vert, a convaincu une partie de la jeunesse éduquée que faire un enfant était un crime contre la planète. De l’autre, les classes populaires, chassées des métropoles, asphyxiées fiscalement, constatent que l’État-Providence, pour lequel elles se saignent, ne protège plus leurs familles mais finance leur propre remplacement. Dans ce contexte, ne pas enfanter devient un acte de résistance passive, un refus de fournir de la chair à canon pour le marché du travail uberisé ou de la matière fiscale pour une dette publique incontrôlable.
Le désespoir froid vs le modèle américain
Les économistes Case et Deaton ont théorisé les « morts de désespoir » aux États-Unis : ces ouvriers blancs du Midwest qui se suicident à l’opioïde ou à l’alcool face à la désindustrialisation. La France, fidèle à sa culture de l’anesthésie sociale, a inventé une variante plus insidieuse : le « désespoir froid ».

Chez nous, on ne meurt pas (encore) massivement d’overdose dans la rue, car l’État-Nounou veille à distribuer les antidépresseurs et les minima sociaux qui maintiennent les corps en vie. L’espérance de vie continue même de progresser (85,9 ans pour les femmes), chiffre dont se gargarisent les ministres pour masquer la réalité. Mais cette survie biologique cache une mort psychique.
Regardez les chiffres effrayants de la santé mentale : les tentatives de suicide et les hospitalisations pour gestes auto-infligés explosent chez les jeunes femmes et les adolescentes . C’est le symptôme d’une société qui maltraite ses forces vives. Cette jeunesse, que l’on a sacrifiée sur l’autel du confinement sanitaire il y a quelques années, à qui l’on promet la guerre à l’Est ou la fin du monde climatique, retourne sa violence contre elle-même.

Le désespoir français est un désespoir de l’inutilité. C’est le sentiment diffus, partagé par des millions de citoyens, d’être devenus superflus dans leur propre pays, relégués dans la « diagonale du vide » ou les zones périurbaines, tandis que les métropoles connectées célèbrent une mondialisation heureuse qui n’existe que dans les plaquettes publicitaires. Ce désespoir ne tue pas tout de suite ; il stérilise. Il éteint la libido nationale, au sens propre comme au figuré.

L’illusion migratoire : la grande interchangeabilité
Face à ce vide, quelle est la réponse de la technostructure? Le rapport de l’Insee nous la livre avec une candeur désarmante : si la population augmente encore (+0,25 %), c’est uniquement grâce au solde migratoire.

Voilà le grand projet dévoilé. Puisque le peuple historique refuse de se reproduire aux conditions imposées par le marché, il suffit d’importer des producteurs-consommateurs venus d’ailleurs. C’est le triomphe de la vision progressiste cachée : l’homme est un agent économique interchangeable. Peu importe qu’il soit né à Guéret ou à Bamako, pourvu qu’il cotise et qu’il consomme.
Cette bascule de 2025, où le solde migratoire devient l’unique moteur démographique, acte une rupture du contrat social. La France ne se perpétue plus ; elle se remplit. Cette fuite en avant est vendue comme une nécessité économique (« qui paiera nos retraites? »), alors qu’elle est un choix politique délibéré. Au lieu de mener une politique nataliste ambitieuse, au lieu de redonner aux familles françaises les moyens de leur autonomie et de leur fierté, l’État préfère gérer les stocks de population comme un logisticien d’Amazon gère ses entrepôts.

C’est une trahison des élites qui confine à la haute trahison. Car une nation n’est pas une simple agrégation d’individus sur un territoire ; c’est une héritage et une promesse. En acceptant que la croissance démographique ne repose plus sur la transmission mais sur la substitution, nos dirigeants acceptent de facto la dissolution de l’identité française dans un magma globalisé. Ils achètent la paix sociale d’aujourd’hui au prix de la guerre civile de demain, comme le laissent présager les tensions communautaires qui fracturent déjà le pays.
Le syndrome de l’avachissement
Ce que révèle ce bilan 2025, c’est l’avachissement généralisé d’une puissance qui a renoncé à l’Histoire. Le « désespoir froid », c’est cette atonie, cette fatigue immense qui saisit un pays lorsqu’il ne sait plus pourquoi il doit continuer.

L’État, devenu une machine bureaucratique folle, continue de prélever, de normer, d’interdire, mais il ne donne plus de sens. Il gère la décroissance. Il accompagne la fin de vie. La France est devenue un immense EHPAD à ciel ouvert, où l’on se préoccupe davantage de la « fin de vie » (l’euthanasie présentée comme un progrès social ultime) que du début de la vie. C’est tout un symbole : une société qui débat passionnément de la meilleure façon de se suicider légalement, tout en regardant ses berceaux vides, est une société qui a perdu le goût de l’éternité.
Cet avachissement est moral avant d’être statistique. Il réside dans l’acceptation de la médiocrité, dans la soumission aux normes supranationales, dans la tétanie face à la violence qui monte. Le chiffre de - 6 000 décès excédentaires est le pouls ralentissant d’un organisme qui n’a plus la force de lutter contre sa propre entropie.

Est-ce surmontable? Les conditions du sursaut
Alors, faut-il céder au fatalisme et préparer nos valises — ou nos obsèques? La question posée en titre appelle une réponse brutale. Non, le désespoir froid de la France n’est pas surmontable dans le cadre du système actuel.
Tant que la France restera prisonnière du logiciel technocratique qui gouverne l’Europe, tant que la « valeur » d’un citoyen sera mesurée à l’aune de sa productivité immédiate, tant que la famille sera vue comme une charge comptable et non comme la cellule de base de la souveraineté, la chute continuera. Les chèques de la CAF ne suffiront pas à repeupler la France, car on ne fait pas d’enfant pour un crédit d’impôt. On fait un enfant parce qu’on a foi en l’avenir.
Pour que la situation soit surmontable, il faudrait une révolution, au sens copernicien du terme.
Il faudrait un choc de souveraineté qui remette la politique au-dessus de l’économie.
Il faudrait oser dire que la démographie est le destin et que la natalité autochtone est une priorité stratégique absolue, supérieure aux critères de Maastricht.
Il faudrait briser le narratif de l’éco-anxiété pour réenchanter le progrès et la transmission.
Il faudrait, en un mot, que la France se remette à s’aimer elle-même, plutôt que de s’excuser d’exister.
Le peuple français a prouvé par le passé sa capacité inouïe à ressusciter au bord du gouffre. Après 1918, après 1940, la vie a rejailli. Mais à l’époque, les élites, aussi faillibles fussent-elles, partageaient encore le destin de la nation. Aujourd’hui, face à une caste mondialisée qui regarde le peuple comme une population surnuméraire et gênante, le sursaut ne viendra pas d’en haut.
Le bilan démographique 2025 est un avertissement sans frais : la nature a horreur du vide. Si la France ne remplit pas ses berceaux avec ses propres rêves, d’autres le feront avec leurs propres dieux. Le désespoir est surmontable, à condition de transformer cette « grève des ventres » en une grève générale contre le système qui nous tue. Il ne s’agit plus de réformer la France, mais de la refonder vitale. Faute de quoi, le bilan 2030 ne sera plus une alerte, mais un rapport de légiste.











