Assurance-vie : le sauve-qui-peut a-t-il commencé?

Assurance-vie : le sauve-qui-peut a-t-il commencé?


Partager cet article

L’assurance-vie à la française est-elle à l’aube d’une débâcle de premier ordre ? Nous alertons depuis plusieurs semaines sur ce sujet, sans que la place de Paris, probablement endormie par les discours lénifiants de Bruno Le Maire, ne prenne conscience du danger. Deux articles publiés par les Echos aujourd’hui constituent pourtant un sérieux avertissement sur les risques sous-jacents qui existent sur les marchés… et qui pourraient bien les mettre en danger.

L’assurance-vie s’apprête-t-elle à vivre des heures sombres, comme nous le suggérons depuis plusieurs semaines, atteinte de ce cancer virulent qui s’appelle les taux négatifs de la BCE ? Tout le laisse à penser, même si ces paroles sont encore prononcées à mots couverts. Il suffit de lire l’article des Echos paru ce matin sous le titre : « Assurance-vie : les mutualistes demandent l’aide du gouvernement« , pour le comprendre.

Le quotidien économique cite Groupama, AG2R et la MAIF comme groupes qui demanderaient au gouvernement d’amollir un peu les critères de contrôle de l’ACPR en matière de solvabilité.

L’assurance-vie en danger ?

Ceux qui connaissent le marché ont évidemment pouffé de rire en lisant ces lamentos sur la nécessité de ne pas être trop rude après un choc. Qu’il s’agisse de Thierry Martel, à Groupama, ou d’André Renaudin, à la Mondiale, deux dirigeants sortis du corps des commissaires-contrôleurs de l’ACPR, l’appel à l’aide en direction de Bruno Le Maire pour adoucir l’ACPR elle-même en dit long sur le désarroi de ces groupes frappés durement par les taux négatifs.

Le paragraphe consacré à Thierry Martel est d’ailleurs étrangement rédigé :

Le patron de l’AAM, directeur général de Groupama, se montre optimiste. Bruno Le Maire « trouve effectivement légitime que la France ne se tire pas une balle dans le pied, notamment par rapport à nos voisins allemands », selon lui. Entre les lignes, Thierry Martel reconnaît que le régulateur, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), pourrait ne pas se montrer aussi compréhensif.

« Notre instruction est en cours, confirme une source proche de Bercy. On regarde cela avec attention, notamment au regard du droit des assurés. » La question peut paraître technique, mais elle est éminemment politique : si elles visent la robustesse des assureurs, les règles de solvabilité sont censées in fine protéger l’épargnant.

Une traduction rapide de cette présentation acrobatique permet de décoder simplement que Groupama (et probablement quelques autres) pourrait bien être en délicatesse avec les marges réglementaires de solvabilité. Mais Bruno Le Maire va demander à une autorité administrative indépendante de faire les yeux sur ce point, au mépris de l’intérêt des assurés.

Rappelons que la crise de 2008 ne s’est pas produite autrement…

La conclusion de l’article ne manque pas d’intriguer, d’ailleurs :

La France compte 37 millions de bénéficiaires d’assurances-vie, qui ont souscrit pour la plupart des contrats dits en euros, au capital garanti et au rendement généreux. L’encours total s’élève à 1.700 milliards d’euros… Les assureurs, qui ont investi cet argent en grande partie dans des obligations d’Etat au rendement devenu cet été négatif, peuvent essuyer des pertes.

Au tour de SwissLife de sabrer dans les taux…

Le même jour, les Echos consacraient un autre article à l’assurance-vie, cette fois sur Swiss Life. La filiale française de l’assureur suisse annoncerait ce jeudi une baisse de ses rendements à 1% au lieu de 1,5%. La nouvelle ne surprend guère, mais les Echos reprennent, sans commenter, une bien étrange phrase d’Eric Le Baron, l’homme de l’assurance-vie chez Swisslife :

on a constaté que le marché n’était pas raisonnable

Faut-il en déduire que la situation est pire que ce qu’on en pensait ?

Pas impossible, en fait…


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

Le vote à l’Assemblée sur la constitutionalisation de l’IVG a divisé les partis de droite

Le débat sur la constitutionalisation de l'IVG a profondément divisé les partis de droite, Rassemblement National et Républicains à l'Assemblée. Emmanuel Macron peut se réjouir: il a une fois de plus montré qu'il n'avait pas d'adversaire idéologiquement constitué; il a divisé les deux groupes d'opposition de droite; il a tendu un piège, qui a fonctionné, à Marine Le Pen. Cependant le résultat du vote montre qu'être de  droite, c'est précisément ne pas accepter, comme force politique, les diktats


CDS

CDS

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée
30.05.1968, manifestation de soutien au général de Gaulle.

« Haro sur l’extrême-droite »: cette comédie politique déconnectée

"Haro sur l'extrême-droite" est un spectacle qui est bien parti pour rattraper "La Cantatrice Chauve" de Ionesco jouée sans interruption à Paris, au théâtre de la Huchette depuis 1957. En l'occurrence, nous avons affaire à une (mauvaise) comédie politique, jouée sans interruption depuis  le 13 février 1984, jour où Jean-Marie Le Pen était l'invité de L'Heure de Vérité, la célèbre émission politique de l'époque.  Depuis lors, nous avons affaire à un feuilleton ininterrompu d'épisodes, dont l'anal


CDS

CDS

Inventaire avant fermeture : voici venu le crépuscule des cadres, cette exception française

Inventaire avant fermeture : voici venu le crépuscule des cadres, cette exception française

Quelque chose m'a toujours fasciné en France, ce sont les "cadres", cette espèce exotique de salariés qui tient à bien rappeler qu'elle ne fait pas partie du prolétariat, et qui aime si souvent rêver qu'elle appartient au patronat. Ô tempora ! Cet héritage des années 30, qui a structuré l'économie française de l'après-guerre, s'apprête à vivre des moments bien difficiles. Commençons tout de suite par expliquer pour quelles raisons les cadres français ont bien du souci à se faire. Un phénomène


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

65% de risque de stagflation en France dans les 6 mois : comment s'y préparer? Par Vincent Clairmont

65% de risque de stagflation en France dans les 6 mois : comment s'y préparer? Par Vincent Clairmont

L'économie française entre dans une "zone de mort" macroéconomique. Le spectre de la stagflation — croissance nulle, chômage en hausse et inflation persistante — n'est plus une hypothèse, mais le scénario central pour septembre 2026. Pourquoi c'est important La France subit simultanément trois chocs massifs alors que ses défenses budgétaires sont au plus bas. Le risque de déclassement pour les cadres et les entreprises est immédiat. * Croissance atone : Le PIB n'a progressé que de 0,2 % au


Rédaction

Rédaction

Démission d'un responsable US qui proteste contre la guerre d'Iran imposée par Israël, par Thibault de Varenne

Démission d'un responsable US qui proteste contre la guerre d'Iran imposée par Israël, par Thibault de Varenne

Le séisme qui secoue Washington depuis le 17 mars 2026 n'est pas seulement administratif, il est moral et stratégique. Joseph « Joe » Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme (NCTC), a claqué la porte de l'administration Trump. Ce n'est pas une simple démission : c'est un acte d'accusation. Ancien béret vert, officier paramilitaire de la CIA et figure de proue du mouvement « America First », Kent n'a pas seulement quitté son poste ; il a publié une lettre de démission qu


Rédaction

Rédaction

L'humeur de Veerle Daens : ces obscures énergies renouvelables qui vous ruinent au nom de la planète

L'humeur de Veerle Daens : ces obscures énergies renouvelables qui vous ruinent au nom de la planète

Mes chers amis, approchez, et contemplez le dernier chef-d'œuvre de nos architectes du "Progrès" : le rapport de la Cour des comptes sur le soutien aux énergies renouvelables. C’est un monument à la gloire de ce que j’appelle la « Pyromanie Administrative » : on met le feu aux caisses de l’État pour nous éclairer, et on s’étonne que ça finisse en cendres. Le grand saut dans le vide (aux frais du contribuable) On nous a vendu la "neutralité carbone" pour 2050 comme le Paradis sur Terre. Résult


CDS

CDS