Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah

Arno Klarsfeld en rajoute une louche dans la concurrence victimaire de la Shoah


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L'actualité nous offre une nouvelle séquence dont la mise en scène frise l'indécence. Arno Klarsfeld, figure médiatique et héritier d'un combat mémoriel nécessaire, a décidé de porter plainte pour « incitation à la haine » suite à des tweets qualifiés d'« abjects ». Au cœur du litige : ses propos sur l'utilisation du terme « rafles » pour qualifier les interpellations d'étrangers en situation irrégulière.

Si l'on peut, par principe, condamner la violence numérique des réseaux sociaux, il est urgent de poser le diagnostic sur ce qui se joue ici : une tentative d'accaparement sémantique qui nuit à la sérénité du débat public.

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La sacralisation du dictionnaire

En s'insurgeant contre l'usage du mot « rafle », Arno Klarsfeld ne défend pas seulement la mémoire de la Shoah ; il érige une clôture barbelée autour d'un vocabulaire qu'il estime être sa propriété exclusive. En affirmant que ce mot appartient à une tragédie unique et ne peut être transposé à la politique migratoire actuelle, il entre de plain-pied dans ce que j'appelle la concurrence victimaire (sujet allergène pour les libertariens : d'où vient le protectionnisme de la mémoire ? qui décide de ses tarifs ? selon quelle procédure ?).

Vouloir hiérarchiser les souffrances en interdisant aux autres d'utiliser des mots qui décrivent, qu'on le veuille ou non, des réalités administratives brutales, est une erreur stratégique. Cela crée une caste de mots « intouchables », réservés à une élite mémorielle, tout en délégitimant la perception de ceux qui vivent la réalité d'aujourd'hui.

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Une plainte comme arme de communication

Porter plainte pour « incitation à la haine » est devenu, pour le clan Klarsfeld, un réflexe pavlovien. Mais attention : à force de judiciariser l'indignation, on finit par étouffer la critique.

  • Le paradoxe Klarsfeld : On ne peut pas, d'un côté, se poser en défenseur universel des droits de l'homme et, de l'autre, verrouiller le langage pour empêcher toute comparaison historique, aussi maladroite soit-elle.
  • L'effet boomerang : En se posant systématiquement en victime d'attaques « abjectes » dès qu'une contradiction émerge, Arno Klarsfeld ne fait qu'alimenter les tensions qu'il prétend combattre.
Un soutien d’Edouard Philippe victime de racisme à Paris
La campagne municipale parisienne démarre à peine que déjà le terrain se déplace : moins sur les projets que sur l’indignation. Dans le XVIIIe arrondissement, Samir Belaïd, tête de liste pour Pierre-Yves Bournazel, a déposé plainte pour injures racistes reçues sur le réseau X. Entre émotion légitime et opportunisme tactique,

Sortir de l'exceptionnalisme mémoriel

La mémoire de la Shoah est un socle de notre civilisation européenne, de sa mémoire, de sa conscience coupable, nul ne le conteste. Mais l'utiliser comme un bouclier pour fustiger ceux qui dénoncent les méthodes policières contemporaines est une manœuvre qui s'essouffle. En « rajoutant une louche » sur ce terrain, Klarsfeld risque de transformer une cause sacrée en un argument politique de bas étage.

Il est temps de rappeler que l'Histoire n'appartient à personne, et certainement pas à ceux qui veulent en faire un instrument de censure ou de distinction sociale. La rafle, dans le dictionnaire, c'est une arrestation massive opérée à l'improviste par la police. Prétendre que l'usage de ce terme est une insulte à la mémoire est une construction intellectuelle qui ne sert qu'à maintenir une domination symbolique de plus en plus contestée.


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