Mercredi 8 avril 2026, Gérald Darmanin a saisi l’Inspection générale de la Justice après les révélations explosives du Canard enchaîné. Son porte-parole, Sacha Straub-Kahn, est soupçonné d’avoir alimenté en direct les médias pendant la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan. Une affaire qui met en cause le fonctionnement même de l’appareil judiciaire et les relations inquiétantes entre pouvoir exécutif et médias.

Mercredi 8 avril 2026, Gérald Darmanin a annoncé à l’Assemblée nationale avoir saisi l’Inspection générale de la Justice après les révélations du Canard enchaîné sur des fuites massives lors de la garde à vue de Rima Hassan. La députée européenne LFI avait été placée en garde à vue le 2 avril pour apologie du terrorisme, suite à un tweet citant le terroriste japonais Kōzō Okamoto, auteur de la tuerie de Lod en 1972. Le porte-parole du ministère de la Justice, Sacha Straub-Kahn, est directement accusé d’avoir alimenté les médias en temps réel, violant le secret de l’instruction.
Une garde à vue sous perfusion médiatique
Le 2 avril 2026, Rima Hassan est placée en garde à vue dans les locaux de la police judiciaire à Paris pour apologie du terrorisme, après la reprise d’une citation de Kōzō Okamoto, impliqué dans l’attentat de Lod en 1972. Très rapidement, des éléments précis de son audition filtrent dans la presse.

Dès 12h30, Le Parisien révèle son placement en garde à vue. Dans l’après-midi, de nouveaux détails émergent, dont la présence supposée de drogue de synthèse dans ses effets personnels. D’autres médias, notamment proches de la galaxie Bolloré, alimentent en continu ce flux d’informations pourtant couvertes par le secret de l’instruction.
Garde à vue de Rima Hassan : "J'ai fait mon travail. Depuis ce matin, l'inspection de la justice est saisie. Faites le vôtre, et condamnez l'antisionisme et l'antisémitisme dans vos rangs !", rétorque @GDarmanin. #QAG #DirectAN pic.twitter.com/SXJsfxMfaQ
— LCP (@LCP) April 8, 2026
Face à ces violations manifestes, le parquet saisit dès le 3 avril l’IGPN, tandis que le préfet de police Laurent Nuñez rappelle publiquement que seule l’autorité judiciaire est habilitée à communiquer.
Le rôle trouble du ministère de la Justice
Le 8 avril, Le Canard enchaîné révèle que Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice et proche de Gérald Darmanin, aurait échangé directement avec des journalistes pendant la garde à vue. Il aurait notamment commenté le contenu de l’audition en temps réel.

L’intéressé dément fermement, affirmant s’être limité à des précisions juridiques sur l’immunité parlementaire. Il annonce dans la foulée deux plaintes, l’une pour diffamation, l’autre pour injures antisémites.

Ces révélations déclenchent une offensive politique de La France insoumise. Mathilde Panot évoque un « scandale d’État », tandis qu’Éric Coquerel et Ugo Bernalicis pointent un possible usage politique des institutions judiciaires pour orienter le récit médiatique. La question d’une chaîne de commandement remonte rapidement jusqu’au garde des Sceaux lui-même.
Un porte-parole aux fidélités encombrantes
Le parcours de Sacha Straub-Kahn nourrit les interrogations. Ancien proche de Nicolas Sarkozy, il s’est illustré par des prises de position offensives, notamment contre le juge Éric Halphen en octobre 2025, ou encore par ses méthodes de communication lors de la primaire de la droite en 2016.

Sa présence au cœur de la communication judiciaire pose une question de fond : celle de la porosité entre stratégie politique et neutralité institutionnelle. Dans un contexte où l’information judiciaire devient un levier de bataille médiatique, la frontière entre transparence et manipulation semble de plus en plus fragile.
Au-delà du cas Rima Hassan, cette séquence met en lumière une mécanique bien rodée : instrumentalisation médiatique, confusion des rôles institutionnels et politisation de la justice. La saisine de l’Inspection générale de la Justice apparaît moins comme une solution que comme un aveu de crise interne.

Dans une démocratie libérale, le secret de l’instruction est un pilier. Sa violation répétée, au bénéfice d’intérêts politiques ou médiatiques, interroge profondément sur l’état de droit. Entre exécutif omniprésent et médias alignés, l’équilibre des pouvoirs semble de plus en plus théorique.





