Trois-mille-trois-cent-trois milliards d’euros. C’est le chiffre, vertigineux, qui s’affichait au compteur de la dette publique française fin 2024. Un gouffre? Une bombe à retardement? Ou, plus cyniquement, une affaire juteuse?

Derrière les débats d'experts sur le « ratio d'endettement » ou le « spread de taux », se cache une question de justice qui brûle les lèvres de tous nos concitoyens : à qui profite vraiment ce crime budgétaire? Aux « riches » qui encaissent les intérêts, ou aux « Français ordinaires » qui bénéficient des services publics?
La réponse n'est pas celle que vous croyez. Car la dette française est une machine à deux têtes, un monstre de foire qui redistribue d'une main ce qu'il ponctionne de l'autre.
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Le grand paradoxe de la rente
Commençons par ce qui fâche. Chaque année, l’État français signe un chèque d'environ 55 milliards d’euros uniquement pour payer les intérêts de sa dette. C'est l'équivalent de 30 % de ce que rapporte l'impôt sur le revenu. Qui encaisse? D'abord, le reste du monde. Plus de 53 % de nos créanciers ne résident pas en France. Nous travaillons, nous payons nos impôts, et une part substantielle de cette richesse nationale s'évapore vers des fonds de pension internationaux ou des banques centrales étrangères.
Mais ne cherchez pas les "riches" uniquement à l'étranger. Ils sont aussi parmi nous. La dette française est le placement préféré des épargnants aisés, via l'assurance-vie. En France, les 10 % les plus riches détiennent près de la moitié du patrimoine total. Pour eux, la dette publique est une aubaine : l'État, plutôt que de prélever leur capital par un impôt progressif, préfère le leur emprunter et leur verser une rente sécurisée. C'est ce que j'appelle la "redistribution inverse" : on emprunte aux plus fortunés ce qu'on n'ose pas leur taxer, et on utilise la TVA de tout le monde pour leur payer des intérêts.
Le bouclier social financé à crédit
Est-ce à dire que le Français moyen est le dindon de la farce? Pas si vite. Si la dette rémunère les riches, elle finance aussi — et surtout — le confort des Français ordinaires.
