Le 12 mai 2026, Arthur Mensch, fondateur de Mistral, le seul outil européen vraiment ambitieux en matière d'IA a été auditionné... par une seule vide. Nos députés ne croient pas à l'IA française.

C'est devant une salle vide qu'Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI, a été auditionné le mardi 12 mai 2026 par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, présidée par le député Modem Philippe Latombe.
Cette commission porte sur les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique et les risques pour l'indépendance de la France. L'audition a duré plus d'une heure et demie, et il était accompagné d'Audrey Herblin-Stoop, directrice des affaires publiques de Mistral.
Voici les principaux points qui en sont ressortis.
Le risque pour l'emploi. C'est le titre qui a le plus circulé dans la presse. Mensch n'a pas exclu une hausse du chômage : « Il n'est pas exclu que vous ayez dans certains domaines une augmentation du chômage et d'une certaine manière un déplacement de la valeur du travail vers le capital, un capital qui n'est pour le moment largement pas du capital européen. »
L'argument économique central. Mensch a avancé une projection : si 10 % de la masse salariale européenne devient de l'intelligence artificielle, cela représente environ 1 000 milliards d'euros par an qui peuvent soit nourrir une capacité européenne, soit repartir financer les infrastructures, les marges et la R&D d'autres puissances. Il a aussi décrit le partage de la valeur dans la chaîne IA : dans la chaîne qui transforme l'électron en token, 10 % de la valeur va à celui qui fournit l'électron, 90 % à celui qui le transforme en intelligence — ce qui explique pourquoi avoir EDF ne suffit pas, il faut aussi un acteur comme Mistral.
L'énergie. Le déploiement rapide de l'IA devrait créer une forte demande en électricité dans un monde « où il n'y a pas assez d'électricité », ce qui risque d'entraîner des « conflits d'usage et donc de l'inflation ». Il a notamment alerté sur le fait que les États-Unis saturent leur électricité pour la transformer en IA, avec un déploiement annoncé d'environ 1 000 milliards de dollars, créant une forme de monopolisation de la ressource énergétique en cours.
La souveraineté comme levier, pas comme isolationnisme. C'est le fil conducteur de l'audition. Selon Mensch, « il faut penser la souveraineté comme un levier » : « Dans un monde où vous importez la totalité de vos services numériques [depuis les] Etats-Unis, vous n'avez pas de levier sur les Etats-Unis. » Il a rappelé un chiffre marquant : « 80 % des services numériques européens sont importés des hyperscalers », l'objectif étant que cette proportion diminue avec le temps.
La critique de la réglementation. Mensch a critiqué la réglementation européenne, qu'il juge « lourde » et manquant d'harmonisation, ce qui peut freiner selon lui la croissance d'entreprises comme la sienne. Il a aussi dénoncé un récit qu'il juge néfaste : « Le récit utilisé par les États-Unis, c'est que l'Europe perd parce que c'est des ronds-de-cuir qui réglementent à Bruxelles. Ce récit est destructeur parce qu'il est internalisé par les Européens. »
Un point notable soulevé dans certaines analyses : plusieurs angles restent dans l'ombre, notamment l'écart entre les engagements souverainistes affichés par Mistral et la nationalité réelle de ses fonds propres, la licorne ayant levé en partie auprès d'investisseurs américains.
