2 ans de guerre en Ukraine – les 7 erreurs d’analyse des Américains

2 ans de guerre en Ukraine – les 7 erreurs d’analyse des Américains


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Je propose cette semaine un bilan de la guerre d’Ukraine. Aujourd’hui, retour sur les sept erreurs d’analyse commises par les stratèges américains et occidentaux. (1) La Russie ne voulait pas prendre Kiev en févier 2022 – (2) Les Russes voulaien t à tout prix éviter le piège américain d’un « nouvel Afghanistan ». (3) Depuis 2014, Moscou s’était adaptée aux sanctions économiques et préparée à de nouvelles. (4) La popularité de Vladimir Poutine a augmenté après le début de la guerre et est restée sable depuis lors. (5) La Russie a été capable de fabriquer plus de munitions que l’OTAN. (6) Hors Union Européenne et Canada, le reste du monde est resté neutre et a pris parti contre les sanctions. (7) L’Ukraine au sens des frontières de 1991, a perdu toute chance d’exister comme nation.

On se souvient de l’atmosphère exaltée de la fin février 2022. Rappelons – on ne s’en lasse pas – une déclaration d’anthologie d’un ministre français:

Le document est intéressant aussi dans la mesure où l’on voit Bruno Le Maire jeter un œil à des notes écrites, posées devant lui. Il lit des « éléments de langage ». L’ancien rédacteur du discours de Dominique de Villepin contre la Seconde Guerre d’Irak est devenu le petit télégraphiste des Etats-Unis. Il scande mécaniquement ce que Washington dictait aux gouvernements de l’OTAN.

A Washington, on croyait dur comme fer que la Russie allait s’effondrer en quelques mois. Il vaut la peine de relever les erreurs d’anticipation commises.

Les sept erreurs américaines

les Anglo-Américains, l’OTAN et les valets atlantistes au pouvoir dans l’Union Européenne ont commis sept erreurs d’analyse:

  1. La Russie allait conquérir Kiev en quelques jours.

Les Russes n’ont jamais eu l’intention de prendre Kiev. Cela a bien été identifié, dès les premières semaines de la guerre par Scott Ritter. L’offensive  sur Kiev était une feinte – on ne conquiert pas une ville à un contre trois. Il s’agissait de fixer suffisamment de troupes ukrainiennes au nord pour conquérir sans des combats trop durs la rive gauche du Dniepr, au nord de la Crimée.

2. La Russie n’avait pas réussi à conquérir Kiev.

Les troupes russes se sont retirées de Kiev fin mars 2022 une fois la conquête des territoires du sud de l’Ukraine assurée (à l’exception de Marioupol). Comme les Russes n’avaient pas eu l’intention de conquérir Kiev, ils n’avaient pas échoué à la conquérir.

En réalité, s’il y avait une chose que Moscou comprenait, c’était le désir américain de transformer l’Ukraine en un nouvel Afghanistan pour l’envahisseur.  Vladimir Poutine voulait d’autant plus l’éviter qu’il connaît l’histoire ukrainienne: Staline a mis quatre ans, entre 1945 et 1949; à soumettre l’Ukraine de l’ouest dans des combats d’une barbarie épouvantable. La Russie de 2022 ne pouvait pas se lancer dans un pareil affrontement.

3. La Russie ne résisterait pas aux sanctions économiques.

Comme David Teurtrie l’avait montré dans un ouvrage paru en 2021, l’économie russe s’était adaptée aux sanctions occidentales après que Moscou avait repris la Crimée. Mais les dirigeants occidentaux ont préféré suivre leur croyance sur les faiblesses intrinsèques de l’économie russe.

4. La population russe allait se révolter contre Vladimir Poutine.

Deucx ans plus tard, force est de constater que c’est raté:

Quatre Russes sur cinq (79,8 %) font confiance au président russe Vladimir Poutine, selon le dernier sondage du Centre de recherche sur l’opinion publique russe (VTsIOM), rapporté par Tass le 19 janvier.

Le sondage a enregistré une augmentation d’un point de pourcentage du niveau de confiance des citoyens russes envers M. Poutine, selon l’enquête, menée du 9 au 14 janvier auprès de 1 600 Russes adultes.

En outre, l’approbation du travail du président a connu une légère augmentation de 0,2 point de pourcentage, atteignant 77 %, selon VTsIOM.

Des sondages similaires menés par le centre indépendant Levada ont enregistré des résultats similaires, le taux d’approbation de Poutine atteignant 85 % en novembre, soit une hausse de près de 20 points par rapport à la période d’avant-guerre.

En ce qui concerne les performances du gouvernement russe, 54 % des personnes interrogées ont exprimé leur approbation, ce qui représente une baisse de 0,7 point de pourcentage.

Le Premier ministre Mikhail Mishustin a également reçu une note de 54 %, soit une baisse de 0,7 point de pourcentage. Malgré cela, la cote de confiance de Mishustin a augmenté de 0,8 point de pourcentage, atteignant 62,7 %.

L’enquête portait sur l’attitude du public à l’égard des chefs des factions du parti à la Douma d’État avant les élections présidentielles prévues pour le 31 mars de cette année.

Gennady Zyuganov, leader de longue date du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), a vu sa confiance baisser de 0,4 point de pourcentage, avec 30,3 % d’opinions favorables.

Sergey Mironov, leader du parti A Just Russia-For Truth, a connu une baisse plus importante de 3,1 points de pourcentage, avec 2,3 % de confiance.

BNE, intelligencenews.com, 19 janvier 2024

La cote de popularité de Vladimir Poutine a même gagné entre dix et quinze points, dès les premières semaines de la guerre et est restée stable depuis lors.

5. La Russie était incapable de mener une guerre longue contre l’OTAN.

Que de fois ne l’avons-nous entendu! La Russie allait être à court de munitions le mois suivant. En réalité, un rapport de forces s’est installé selon lequel la Russie était en mesure de tirer au moins cinq fois plus de munitions que l’Ukraine, pourtant approvisionné par l’OTAN.

Dès le début de la guerre, l’armée russe a commencé à effectuer des frappes régulières contre les stocks d’armes et les casernes ukrainiennes. Les livraisons d’armes de l’OTAN sont régulièrement réduites à néant.

Le domaine où la Russie était indépendamment pourvue était celui des drones (kamikazes). Une coopération avec l’Iran a permis à l’armée russe d’en obtenir suffisamment. Puis la Russie s’est mise à en fabriquer de plus en plus.

6. Le reste du monde allait condamner l’intervention russe en Ukraine

C’est sans aucun doute la plus grosse erreur d’analyse des Américains et de ceux qui les suivent aveuglément. Hors Union Européenne et Amérique du Nord, les soutiens aux sanctions contre la Russie ont été résiduels.

Les USA ont totalement sous-estimé la détestation à leur égard dans le monde depuis qu’ils ont écrasé le Proche-Orient sous les bombes. Ajoutons que le gel des actifs russes par les USA et l’Union Européenne achève de transformer le dollar et l’euro en instruments de guerre, ce qui est très mauvais pour leur stabilité et a provoqué un basculement vers le yuan et les monnaies nationales pour le commerce mondial.

Enfin, l’élargissement des BRICS est venu porter un coup terrible à l’hégémonie américaine.

7. Il existait une nation ukrainienne

Je n’ai pas un mot à changer à ce que j’écrivais pour le premier anniversaire de la guerre:

Nos dirigeants, nos élus, ont mis un drapeau ukrainien au fronton de nos monuments publics et de nos mairies. Je suppose que beaucoup sont sincères. Ils imaginent que l’Ukraine s’est définitivement découverte, comme nation, dans la guerre. De bobos progressistes exaltant la “démocratie ukrainienne” à des identitaires fascinés par la “slavité” des Ukrainiens, que n’avons-nous dû subir comme inepties, depuis un an!

Désolé, mais l’Ukraine n’est pas une démocratie. Elle aurait sans doute pu éviter une grande partie de la corruption qui l’accable si les Occidentaux n’avaient pas interféré. Et puis, pour faire une démocratie, il faut des classes moyennes en croissance. Or ce sont les classes moyennes qui émigrent – vers la Russie ou vers l’Ouest. Ceux que vous avez vu partir, depuis le début de la guerre, disposaient d’une voiture ou avaient de quoi se payer un billet de train.



Le Courrier des Stratèges, 24 février 2023

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