Face aux questions précises d’une journaliste sur le coût astronomique du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) – près de 100 milliards d’euros pour un bilan contesté – l’ancien président François Hollande a préféré fuir le plateau de Complément d’enquête, dénonçant un « interrogatoire ». Un réflexe de caste qui en dit long sur la fragilité d’un bilan économique que l’ancien chef de l’État ne supporte plus de voir confronté aux chiffres qu’il a lui-même générés.

La scène, diffusée sur les réseaux sociaux, a surpris : réputé pour son flegme, l’ancien chef de l’État a perdu patience face à une question insistante sur l’efficacité du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), mesure emblématique de son quinquennat. . Il est revenu quelques minutes plus tard pour parler du cas Michelin, mais l’image est là : un ancien chef de l’État qui refuse le débat sur l’efficacité réelle de sa politique économique.
Un « interrogatoire » qui dérange
Lancé en 2013, le CICE visait à réduire le coût du travail pour soutenir la compétitivité. Pourtant, les chiffres avancés lors de l’échange sont cinglants : près de 100 milliards d’euros de dépenses publiques engloutis en baisses de charges depuis sa création, pour une création nette d’emplois évaluée à environ 100 000 postes selon les dernières études gouvernementales.
Le CICE, c’est son bébé ! Et le sujet est sensible pour l’ancien président.
— Complément d'enquête (@Cdenquete) September 18, 2025
Interrogé sur l’efficacité de ces aides publiques aux entreprises, François Hollande s’est dit fier des 100 000 emplois créés en 6 ans. Coût de l'opération : 100 milliards d'euros.#Complementdenquete pic.twitter.com/rIPMXdwqx7
Dans une séquence diffusée sur X par la rédaction de l’émission,la journaliste cite une évaluation récente, réalisée par un organisme proche de Matignon, et pose la question frontale : « 100 000 emplois par rapport à 100 milliards de CICE, vous trouvez que c’est significatif ? » Hollande répond d’abord posément que, sans le crédit d’impôt, les destructions d’emplois auraient été bien pires.
Puis le ton monte. « Je ne suis pas là pour répondre à un interrogatoire », lâche-t-il en se levant. Il tend un rapport à la journaliste et sort du champ. L’ancien président, connu pour son flegme, révèle ici combien le sujet reste toxique treize ans après.
La stratégie de l’évitement : entre déni de réalité et communication institutionnelle
En accusant l’intervieweuse de pratiquer un « interrogatoire », l’ancien chef de l’État tente de déplacer le débat du terrain économique (où il est en difficulté) vers le terrain déontologique (où il joue la carte de la victime de la presse).

Le retour sur le plateau, justifié par la volonté de « parler du cas Michelin », est tout aussi éloquent. C’est une tentative de recentrer le récit sur l’anecdote industrielle pour occulter la gabegie financière. Pourtant, le groupe Michelin lui-même, fleuron du CAC 40, a largement bénéficié de ces aides publiques, sans que la contrepartie en matière de souveraineté industrielle ou de maintien de l’emploi en France soit à la hauteur des sommes déversées.
Ce faisant, Hollande illustre le réflexe typique de la social-démocratie gestionnaire : défendre des dispositifs massifs de subventions aux entreprises sans oser en assumer le coût fiscal ni exiger de comptes rendus stricts.
Le CICE, symbole d’un capitalisme sous perfusion publique ?
Au-delà de la séquence médiatique, l’épisode révèle un rapport de force plus profond. D’un côté, un ancien exécutif qui défend une politique de soutien massif aux entreprises au nom de la compétitivité. De l’autre, une critique croissante du rendement de ces politiques, dans un contexte de finances publiques dégradées.

Le CICE incarne cette ambiguïté française : socialiser le coût du travail sans garantie claire de résultats, tout en renforçant la dépendance des grandes entreprises à la dépense publique. La transformation du dispositif en allègements de charges pérennes n’a d’ailleurs pas clos le débat, mais l’a déplacé.
À l’approche des prochaines échéances politiques, cette séquence agit comme un rappel brutal : derrière les chiffres, c’est la question de la responsabilité politique qui demeure. Et sur ce terrain, les anciens dirigeants, même rompus à l’exercice médiatique, peinent encore à convaincre.



