????Gilles Le Gendre veut encore pousser ses réseaux au coeur de l’État


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Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l’Assemblée Nationale, est décidément un indécrottable lobbyiste. Les propositions qu’il a glissées à Macron pour constituer sa nouvelle équipe montrent combien l’homme est fidèle à ses réseaux, et plus généralement aux réseaux.

Gilles Le Gendre a toujours le mot pour rire. La note, citée par Marianne, qu’il a adressée à Emmanuel Macron pour le remaniement ministériel l’a prouvé une nouvelle fois. L’intéressé montre ce que les petits marquis parisiens peuvent produire de mieux dans le mélange des genres où les « amitiés » personnelles se confondent avec l’intérêt général, et prennent d’ordinaire le pas sur lui.

Gilles Le Gendre fait du Sciences Po putassier pur sucre

La presse a beaucoup ironisé sur l’arrogance de cette note validée par Philippe Grangeon, l’éminence grise de Macron. Il faut dire que le président du groupe majoritaire s’en est donné à coeur joie.

Il a d’abord montré tout son mépris pour Édouard Philippe, ce qui ne paraît guère habile de la part d’un courtisan supposé faire front avec le gouvernement (mais il semblerait qu’Édouard Philippe lui rende volontiers la monnaie de sa pièce). Le Gendre a en particulier souligné que le gouvernement n’avait jamais formé un collectif.

Mais il ne s’est pas montré plus habile avec les successeurs possibles de Philippe. Le Drian ? « il appuiera peu l’élan que nous souhaitons donner. » Bruno Le Maire ? Il a un « faible charisme » et des « Capacités d’animation de collectifs politiques (gouvernement et majorité) à démontrer. » Les intéressés apprécieront l’évaluation du professeur Le Gendre.

Mais l’affirmation la plus maladroite de Le Gendre tient probablement à son jugement global sur les députés de la majorité : selon Le Gendre, aucun d’entre eux n’a l’étoffe pour devenir ministre, sauf lui-même bien entendu… qui pourrait cumuler les fonctions de ministre chargé des relations avec le Parlement et de porte-parole du gouvernement.

Après sa déclaration tonitruante à la presse sur l’excès d’intelligence de la politique macronienne, Le Gendre au porte-parolat, ça promet de battre les records de Sibeth Ndiaye.

En tout cas, en mode Sciences-Po, Le Gendre a bien débiné tous ses petits camarades et expliqué qu’en dehors de lui, il ne restait pas grand chose à sauver.

« Un changement n’a de sens qu’au service de ta vision (notre “réinvention”) des deux prochaines années : le plan de reconstruction, le rééquilibrage politique (retour urgent du “dépassement”), la méthode (“concorde”). »   

Gilles Le Gendre

Le Gendre et le retour de Lombard

Trois personnages trouvent toutefois grâce aux yeux d’Eric Le Gendre, et ils méritent d’être relevés. Il s’agit de trois personnalités de la « société civile », ce qui, en langage legendrien, signifie des copains à qui il serait bon de faire la courte échelle.

La première de ces personnalités n’est autre qu’Éric Lombard, l’actuel directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, dont nous avons par le passé raconté les liens d’intérêt avec le dénommé Le Gendre. Il est vrai que nous sommes ici au coeur du capitalisme de connivence, où des managers utilisent des consultants pour épaissir leur carnet d’adresses, et inversement, les consultants comptent sur les bons services qu’ils rendent à un client puissant pour trouver de nouveaux clients. C’est de cette façon que se forme une sorte de Ponzi courtisan où tout le monde finit par se tenir par la barbichette.

En l’espèce, l’arrivée d’Éric Lombard, ancien de la BNP, puis patron de Generali, avant de passer à la Caisse des Dépôts, signalerait l’arrivée à Bercy d’un financier proche des Gracques, donc de cette deuxième gauche très étatiste, celle qui a transformé l’État en terrain de chasse privé. D’ailleurs, Lombard ne vient-il pas de proposer le lancement d’un Booking français avec l’argent du contribuable ?

Il est amusant de voir que, dans l’adversité, Le Gendre ne perd pas le nord et continue ses courtes échelles…

Le Gendre pousse Frédéric Mion

Mais Le Gendre n’est du genre exclusif dans ses amitiés. Il propose aussi de pousser une autre candidature au sein du gouvernement : celle de Frédéric Mion, directeur de Sciences-Po, et accessoirement réputé proche d’Édouard Philippe. Ce n’est peut-être qu’un hasard, mais il se trouve que Gilles Le Gendre, qui est un ancien de Sciences-Po, est très actif dans l’association des anciens élèves de l’école (une pratique classique chez les consultants qui trouvent ainsi plus facilement des clients par le jeu des amitiés et des convergences d’intérêt).

On notera d’ailleurs que les collaborations entre Gilles Le Gendre et Sciences Po sont nombreuses, et encore actives ! Sciences Po adorant présenter son intervenant comme président du cabinet de conseil Explora et Cie, et non comme député de la majorité ! On comprend donc que Gilles Le Gendre, qui se sait politiquement mortel, chouchoute ses amitiés avec l’actuel directeur de l’école en le recommandant aux bons soins d’Emmanuel Macron.

Le Gendre pousse une patronne de sa femme

Troisième personnalité mise en avant par Gilles Le Gendre : l’actuelle directrice générale de Suez France, Marie-Ange Debon, qui fut secrétaire générale de Thomson avant de réaliser la fusion avec Gaz de France en 2008. Et comme par hasard, qui était, à son arrivée, directrice de la communication de Gaz de France ? Raphaële Rabatel, l’épouse de Gilles Le Gendre… Peu de temps après la fusion, Gilles Le Gendre et sa femme ont fondé Explora.

Mais la relation avec Marie-Ange Debon ne s’est pas arrêtée là. Dix ans plus tard, lorsque la majorité a décidé de privatiser la Française des Jeux, l’épouse de Gilles Le Gendre en est devenue la directrice de la Communication. Dans la foulée, cette nouvelle entreprise publique faisait entrer dans son conseil d’administration… Marie-Ange Debon.

Un hasard sans doute…

Le macronisme, ou l’État transformé en chasse gardée

Ces quelques anecdotes ont un mérite : elles illustrent au cas par cas comment les entreprises publiques sont une sorte de réserve de chasses pour les amis du pouvoir. Ce qu’on appelle la société civile est en réalité un appendice du capitalisme de connivence où l’intérêt général sert de réceptacle à tous les combinazioni privées.

Macron devait annoncer un nouveau monde. Il a simplement achevé la décomposition de l’ancien.


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