Le G7 vu de Donald Trump: en Europe, rien de nouveau

La perception du G7 en France est forcément influencée par une question qui n’intéresse que les Français: Emmanuel Macron a-t-il ou non remporté la partie? La presse favorable à Macron, notamment celle qui est possédée par les patrons proches du Président (comme les Echos) se préoccupe particulièrement de ce sujet. On ne sera donc pas surpris de lire dans ce quotidien un article intitulé: « Macron en chef d’orchestre pour aplanir les tensions internationales« , qui permet à la rédaction d’être bien vue du pouvoir en place, mais apporte un regard biaisé sur l’information. Un bilan du sommet vu de Donald Trump donne une tout autre vision du sujet.

 

Du point de vue américain, un G7 réussi est un G7 qui ne contrecarre pas les ambitions hégémoniques du pays et qui permet de briser l’unilatéralisme de la politique américaine. De ce point de vue, Trump peut revendiquer de vraies victoires tactiques à l’occasion de ce sommet.

Le G7 et l’Iran: rien n’a bougé

On se souvient que les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien. Depuis plusieurs semaines, la tension entre les deux pays est exacerbée. Emmanuel Macron a, sur ce dossier, tenté de s’interposer et a revendiqué un « mandat » pour jouer les intermédiaires, vite démenti par Donald Trump.

Finalement, Donald Trump a rallié tout le monde à sa cause, en faisant dire à Emmanuel Macron qu’il existait un consensus au sein du G7 pour que l’Iran n’acquière pas l’arme nucléaire. Pour le reste, chacun à sa façon! Chaque membre du G7 garde la faculté de mener sa politique vis-à-vis des Iraniens et la visite surprise du ministre iranien des affaires étrangères n’y a rien changé.

Sur ce point, les Etats-Unis sont parvenus à maintenir leur retrait unilatéral de l’accord sur le nucléaire iranien tout en affichant l’unanimité du G7 sur leurs positions.

Le retour de la Russie dans les limbes

Après l’entrevue entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Brégançon, il était question d’un retour de la Russie au G7. Ce sujet ne semble pas avoir été finalement abordé lors des discussions ou, s’il l’a été, la discussion n’a débouché sur aucune prise de position concrète.

Pour Donald Trump, cette indécision révèle une sorte de demi-échec, car le président américain avait déclaré son accord pour ce retour. En même temps, en période électorale aux Etats-Unis, cette indécision peut lui profiter utilement. Elle évite d’afficher une trop grande proximité avec Poutine, sujet polémique outre-Atlantique.

Pas grand chose de neuf sur le climat

Donald Trump peut se targuer d’avoir bloqué l’essentiel des ambitions affichées par Emmanuel Macron en matière de climat, sans qu’il n’y paraisse rien, et même en mettant en avant un succès d’estime sur la forêt amazonienne.

Rappelons que, avant l’ouverture du G7, Emmanuel Macron avait déclaré au site Konbini qu’il espérait que Donald Trump signe la charte pour la biodiversité. Il avait aussi annoncé un train de mesures concrètes pour la forêt amazonienne:

Au G7, “on va essayer d’une part de mobiliser tout le monde pour lever des financements, pour reboiser le plus vite possible”, a expliqué le président lors de cet entretien accordé dans les jardins de l’Elysée.

Emmanuel Macron évoque aussi l’importance de “développer des mécanismes de prévention des incendies beaucoup plus puissants”. Il veut enfin “trouver la bonne gouvernance de l’Amazonie” en associant les organisations non gouvernementales, les peuples autochtones, beaucoup plus qu’on ne le fait”.

Le reproche de « colonialisme » adressé par Bolsonaro à Macron en réponse à ces propositions a fait le tour de la planète. Il a manifestement porté ses fruits: les avancées du G7 sur le climat semblent bien nébuleuses.

Une chose est sûre: Donald Trump n’y a pas signé la charte pour la biodiversité, et en dehors d’un encore énigmatique mécanisme international pour l’Amazonie, dont on ne connaît pas, à ce stade, l’objectif, le G7 n’a débouché sur rien.

La foire aux accords bilatéraux

En revanche, Donald Trump n’a pas manqué de s’afficher avec tous ses alliés au G7, pour bien souligner auprès de l’opinion américaine la place retrouvée des Etats-Unis dans le concert des nations.

 

On notera en particulier que Donald Trump a beaucoup soutenu Boris Johnson dans son annonce d’un Brexit effectif au 31 octobre, et qu’il s’est targué d’avoir négocié avec le Japon un accord commercial qui permet aux cultivateurs de maïs américain d’espérer de nouveaux débouchés.

Ces annonces soulignent un trait majeur de la conception diplomatique de Donald Trump. Profondément méfiant vis-à-vis du multilatéralisme qui contraint l’empire américain dans un carcan de règles collectives, Trump est un partisan du bilatéralisme et de la relation « segmentée » avec chacun de ses alliés.

Sur ce point, l’ambition française de le ramener dans le multilatéralisme est loin de faire ses preuves. Ce G7 l’a montré. Au fond, Trump a bien mené sa barque et, au-delà des effets de manche qui occupent la presse française sur le rôle éminent d’Emmanuel Macron, Trump peut se targuer d’avoir réussi son exercice.

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