Le président de la région Hauts-de-France n'a pas le choix. C'est maintenant qu'il doit essayer de s'imposer à droite comme le candidat qui pourrait aller affronter Marine Le Pen à la place d'Emmanuel Macron. Il y a pourtant un écueil: à trop regarder l'horizon présidentiel, Xavier Bertrand ne risque-t-il pas de rater la première marche, celle des régionales ?

Une grande partie de la semaine du 8 mars a été occupée médiatiquement par le thème de la fin du « front républicain ». Une partie de la gauche pourrait-elle refuser de voter Emmanuel Macron au second tour et donc rendre possible, sinon probable, une victoire de Marine Le Pen? Du coup, Xavier Bertrand n’a pas hésité à s’engouffrer dans la brèche. Invité de l’émission « Dimanche en Politique », sur France 3, le président sortant a mis en perspective son combat régional et une candidature à l’élection présidentielle. A l’entendre, il serait plus apte qu’Emmanuel Macron à faire barrage au Rassemblement National. Il en fait même la raison d’être de sa vie politique: « Depuis le début de mon engagement politique, j’ai une priorité : je veux tout faire pour empêcher le Front National de gagner dans ma région et dans mon pays »
Faire du Chirac plutôt que du Sarkozy
Marteler comme le fait Xavier Bertrand, que son combat des élections régionales suit le fil de toute une vie politique, c’est tenter de réveiller le réflexe chiraquien chez LR. Il y a eu la période Sarkozy (2002-2012), d’ancrage à droite, en reprenant, pour être élu, des thèmes au Front (aujourd’hui Rassemblement) National. Nicolas Sarkozy a brillamment gagné en 2007 en occupant ce terrain. Mais il n’a pas été réélu en 2012. Et, depuis, la droite vit encore sous l’ombre portée de l’ancien président, qui en impose trop pour qu’on l’écarte mais qui est trop affaibli par ses affaires judiciaires pour pouvoir encore peser efficacement sur le parti. Pour Xavier Bertrand, la principale leçon de la primaire de la droite de 2016 et du fiasco électoral de 2017, c’est qu’on ne peut pas gagner une élection très à droite avec un Rassemblement National à plus de 20%. Laurent Wauquiez s’est lui aussi fracassé sur cette illusion, lorsqu’il était président du parti et qu’une tête de liste conservatrice, François-Xavier Bellamy, a fait un score à un chiffre (8,5%), loin derrière le RN et LREM.
Non, décidément, il faut faire du Chirac, revenir à l’avant 2002. Et Xavier Bertrand entend bien battre sur le terrain du « chiraquisme » Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, et qui songe elle aussi à une candidature. Le président de la région Hauts-de-France insiste sur son goût du terrain, sa capacité à mordre sur tous les publics, son expérience d’une région connaissant les plus grandes disparités sociales de France, ses bonnes relations avec la gauche, son pragmatisme économique (face au Brexit ou sur le thème du protectionnisme). Il a même une place pour le dialogue avec la gauche vieille-républicaine d’Arnaud Montebourg. Tout en le jurant: il se sent d’abord de droite.
Cette stratégie "chiraquienne" est-elle gagnante pour les régionales?
Xavier Bertrand a bien conscience que les 14-16% dont il est crédité dans les sondages pour la présidentielle, sont une avance fragile sur ses concurrents de droite. Et, surtout, qu’ils ne lui permettent pas d’accéder au second tour. Si percée il doit y avoir, c’est maintenant. Le candidat à la candidature s’efforce d’en convaincre les patrons français qui cherchent une alternative à Emmanuel Macron. D’une part pour distancer ses rivaux potentiels, d’autre part pour s’imposer comme potentiellement plus crédible qu’un Emmanuel Macron, dont la campagne de réélection prendrait du temps à prendre son envol.
La première faiblesse de la manoeuvre vient dur risque qu’il y a à mettre la charrue avant les boeufs. Certes un sondage réalisé en novembre 2020 place Xavier Bertrand en position de favori pour les élections régionales. Mais le sondage révèle deux fragilités: le président de région sortant serait réélu avec un Rassemblement National estimé, il y a cinq mois, à moins de 30% des voix au premier tour et moins de 35% au second tour; certes l’adversaire ne s’appellera pas Marine Le Pen, cette fois, mais Sébastien Chenu. Pour autant, de quel potentiel de progression le RN dispose-t-il, le parti ayant franchi la barre des 40% dès le premier tour en 2015? Et puis, au second tour, que se passe-t-il en cas de quadrangulaire, le candidat LREM se maintenant? Est-on sûr que les 37% dont le sondage créditait Xavier Bertrand il y a quelques mois lui suffisent à tenir, là aussi, contre une poussée du RN, à 32% dans le sondage ? Bien entendu, le résultat d’une triangulaire serait plus confortable (42% des voix pour Bertrand); mais n ‘est-ce pas l’intérêt d’Emmanuel Macron de maintenir un candidat LREM pour éventuellement faire chuter un potentiel rival au centre?