Ce matin, alors que la France s’éveille avec la gueule de bois d'un budget de compromis que personne n'aime mais que tout le monde subit, un événement d'une gravité exceptionnelle s'est produit dans le silence feutré des chancelleries européennes. Sans tambour ni trompette, sans débat à l'Assemblée nationale, et encore moins de référendum, le groupe dit « E6 » — cette nouvelle aristocratie composée de l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Espagne, la Pologne et les Pays-Bas — a acté la naissance d'une Europe à deux vitesses. Sous couvert de « compétitivité » et de « souveraineté », c’est en réalité le coup d’envoi d’un fédéralisme financier intégral, une capture organisée de l’épargne privée par une technocratie aux abois.

Le Directoire des « Volontaires » : la fin de l’illusion démocratique
Le constat de départ est d'un cynisme achevé : l'unanimité à 27 est devenue une « entrave ». Puisque les peuples et certains petits États rechignent encore à se fondre dans le grand moule bureaucratique de Bruxelles, on change la règle du jeu en plein match. Le format E6, impulsé par le ministre allemand Lars Klingbeil et soutenu avec zèle par notre Roland Lescure national, est le bras armé de cette « géographie à plusieurs niveaux ».

Pour un libertarien, le signal est clair : c'est la fin de l'ordre spontané des nations au profit d'un constructivisme de club. En s’appuyant sur les « coopérations renforcées » pour contourner les récalcitrants, ce noyau dur s'arroge le droit de décider pour tous. On nous vend cela comme de l'efficacité ; c'est en réalité l'institutionnalisation d'une caste européenne qui ne s'embarrasse plus du consentement.

La grande capture : votre épargne dans le viseur du Plan
Le cœur du projet, ce n'est pas la liberté de circulation, c'est le contrôle. L’Union des Marchés de Capitaux a été opportunément rebaptisée « Union de l'épargne et de l'investissement » (UEI). Ce rebranding n'est pas cosmétique : il marque le passage d'un marché financier ouvert à une économie administrée où l'épargne des ménages — ce « trésor » de 35 500 milliards d’euros qui dort trop au goût des commissaires — doit être mobilisée de force.
Le mécanisme est d'une perversité toute technocratique. D’un côté, on réduit l'attractivité de l'épargne liquide et sécurisée. La baisse du Livret A à 1,5 % au 1er février 2026 n’est pas un accident de marché, c’est une décision politique pour chasser l’épargnant vers des produits plus risqués. De l’autre, on lance le label « Finance Europe », un pur produit de nudge étatique. Pour obtenir ce label, les fonds devront flécher 70 % de leurs actifs vers l'Europe, sans aucune garantie de capital pour le citoyen.

En clair, l’État-stratège, incapable de financer ses délires de « transition verte » et sa « guerre aux portes de l'Europe » par l'impôt ou la dette — car les coffres sont vides — vient se servir directement dans la poche des Français. On demande aux épargnants de financer les 800 milliards d'euros d'investissements annuels réclamés par le rapport Draghi, tout en leur expliquant que c’est pour leur bien. C’est le capitalisme de connivence porté à son paroxysme : les banques et les assureurs distribuent, les entreprises du CAC 40 encaissent, et le petit épargnant assume le risque.
Ce qui est le plus choquant dans ce sommet E6 de février 2026, c'est son opacité. Ce « groupe de travail » n’a aucune existence légale dans les traités. Il n’a jamais été validé par un vote des citoyens. Pourtant, c'est là que se décide la fin du Livret A comme refuge, le basculement vers une retraite par capitalisation forcée sous label européen, et la naissance d'un droit des sociétés fédéral.
Le 28e régime : un cheval de Troie juridique
L'autre grande « avancée » de ce sommet est la création du statut « EU Inc » ou 28e régime. Certes, sur le papier, la simplification administrative pour les entreprises est une musique douce à l'oreille d'un libéral. Pouvoir s'enregistrer en ligne en 48 heures dans toute l'Union semble être un progrès.




