Trump II: dur, dur de faire sortir les Etats-Unis de l'emprise néo-conservatrice

Trump II: dur, dur de faire sortir les Etats-Unis de l'emprise néo-conservatrice


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Après six mois au pouvoir, Donald Trump est au milieu du gué et sa popularité en souffre.

Ceux qui vous présentent un bilan noirci ou, au contraire, triomphaliste des six premiers mois de Donald Trump, ne vous disent rien d'utile. Le président américain est au milieu du gué. Pour les uns, il en a déjà trop fait dans sa volonté de secouer l'Etat. Pour les autres, on est loin des résultats rapides attendus. D'un côté, l'administration Trump sait qu'elle a jusqu'aux élections de mi-mandat de novembre 2026 pour convaincre; de l'autre, on ne sort pas les Etats-Unis des griffes du néo-conservatisme en un claquement de doigt.

Dans mon premier article consacré au bilan des six premiers mois de "Trump 47", je vous ai expliqué comme Donald Trump doit jouer avec la psychologie américaine: le pays a une image de sa propre puissance qui est démentie par son déclin relatif, en particulier sur les plans économique et militaire. Et j'ai étayé, au fil des rencontres que j'ai eues pendant trois jours, mon hypothèse sur l'emphase trumpienne, qui peut aller jusqu'à la bouffonnerie, comme un moyen de dissimuler le déclin, un écran de fumée qui, le plus souvent, masque une action réaliste, destinée à amener le pays vers la lucidité.

La chute de popularité du président

Les derniers sondages montrent une chute de la popularité du président américain, en particulier ces deux derniers mois. Je renvoie ici à un remarquable article paru dans le journal israélien Axios, qui relève un paradoxe:

Trump met en oeuvre dans un temps record beaucoup de ce qu'il a annoncé; et pourtant sa popularité baisse.

Le président Trump, en termes de réalisations concrètes, a connu un premier semestre historique. Réductions d'impôts massives. Nombre de passages à la frontière au plus bas. Hausse des recettes douanières. Frappes aériennes spectaculaires en Iran. Inflation modérée.
Pourtant, les sondages successifs indiquent que la plupart des Américains ne sont pas impressionnés. En fait, ils semblent lassés de toutes ces victoires.
Pourquoi est-ce important ? Trump semble perdre en gagnant. Plus il en fait (y compris sur des questions qui dépassent ses victoires législatives), plus le grand public, en particulier les indépendants, hausse les épaules ou recule.
Ce paradoxe se manifeste dans ce qui pourrait être le meilleur chapitre de sa présidence, avant que les droits de douane ne font grimper les prix ou que les élections de mi-mandat ne mettent en péril la majorité républicaine au Congrès.
Et il est aggravé par le scandale Jeffrey Epstein, qui a révélé de rares fissures dans le mouvement MAGA de Trump, vieux de dix ans.
Ce que disent les sondages : Un sondage n'a aucune valeur. Mais plusieurs sondages crédibles, qui montrent la même chose, méritent d'être pris au sérieux. Et presque tous montrent qu'une large majorité s'oppose aux dispositions du « One Big Beautiful Bill » (grand projet de loi sur l'immigration), à la répression sévère de l'immigration, aux droits de douane élevés, à la grâce accordée aux condamnés du 6 janvier et à l'improvisation effrénée avec la Russie.
Trump était en difficulté (plus impopulaire que populaire) sur tous les sujets dans un sondage CBS News/YouGov publié dimanche, avec une large désapprobation de sa gestion de l'économie : 70 % des personnes interrogées ont déclaré que son administration ne faisait pas assez pour faire baisser les prix, et 61 % ont déclaré qu'elle accordait trop d'importance aux droits de douane.
Concernant les expulsions d'immigrants en situation irrégulière aux États-Unis, le sondage CBS News/YouGov a révélé une baisse de 10 points du soutien global au cours des cinq derniers mois (de 59 % à 49 %). La base du Parti républicain reste largement favorable, mais un sondage CNN a révélé une augmentation de 10 points (de 45 % à 55 %) du nombre d'adultes américains qui estiment que Trump est allé trop loin en matière d'expulsions.

Les Démocrates à des niveaux d'impopularité record

Si Trump perd du soutien, les Démocrates sont encore plus bas!

Le mécontentement envers Trump ne s'est pas transformé en popularité pour les démocrates. Dans un sondage CNN publié la semaine dernière, seuls 28 % des Américains avaient une opinion favorable du Parti démocrate, ce qui constitue le plus bas niveau enregistré en plus de 30 ans de sondages CNN.

Les sondages continuent donc à refléter ce qu'a dit l'élection de novembre dernier: le très large rejet du néo-conservatisme - auquel le parti démocrate s'est largement identifié, avec Biden et Obama. En revanche, telle est le constat que je remmène de mon court séjour américain: la société américaine n'a pas encore trouvé de consensus sur ce qui doit succéder au néo-conservatisme.

Si je prends une image biblique, comme les Américains les aiment, Trump est dans la situation de Moïse: il a fait sortir les Américains de l'Egypte néo-conservatrice mais les récriminations continuent: On se rappelle, dans le récit biblique de l'Exode, que les Hébreux libérés d'Egypte oublient rapidement ce qu'était leur sort sous la férule du Pharaon. Et ils commencent à se plaindre: la nourriture ne leur convient pas, l'absence de certitude sur l'avenir leur fait peur, ils doivent se soumettre à une loi morale etc....Le récit biblique nous dit que Moïse lui-même, parfois, fut pris de doute. Et, de ce fait, Dieu confia à son successeur l'entrée dans la Terre Promise.

Trump en dictateur?

Si l'on veut bien saisir la situation: les Démocrates sont déconsidérés. Mais il n'existe pas d'autre consensus dans la majorité républicaine que la personne de Trump. Ce n'est pas seulement, comme durant son premier mandat, une opposition entre les "Republicans In Name Only" (RINO) de la direction du parti et la base, c'est en fait de haut en bas que le parti est divisé.

Comment faire la synthèse entre les "chrétiens sionistes" et les électeurs MAGA de plus en plus hostiles à Israël?

Comment concilier le "libertarien d'Etat", Elon Musk, qui se plaint de la loi budgétaire de Trump mais encaissera volontiers les subventions à ses entreprises qu'elle comprend et les authentiques "free marketers", partisans de l'économie de marché, mais qui jugent avoir besoin d'une protection douanière pour éviter les distorsions d'un commerce international qui n'a de libre-échangisme que le nom?

Comment, plus généralement, concilier la destruction promise du "Deep State" et la proximité de Donald Trump ou de JD Vance avec les patrons de la Big Tech et de leur vision d'un "capitalisme de surveillance"?

A vrai dire, les Américains pourraient vivre avec ces contradictions. La République américaine est caractérisée par une forte tension entre l'aspiration démocratique et l'oligarchie que sécrète, à chaque génération, le règne de l'argent. Ce qui les gêne est ailleurs: tout tient ensemble par un homme, Donald Trump. Et les Américains n'aiment pas le pouvoir personnel.

Je parlais de la Bible, à l'instant. Prenons à présent une autre référence fondatrice: l'idée selon laquelle la république fondée il y a 250 ans reproduisait la grande République romaine! Avec sa méfiance vis-à-vis du pouvoir personnel. Certes, les Romains aiment bien, quelquefois, avoir recours à l'énergie d'un homme capable de protéger la patrie en danger. Ils instituèrent même une fonction, celle de "dictateur": mais c'était toujours pour une durée limitée. César tenta de la transformer en pouvoir personnel à vie, ce qui provoqua son assassinat et l'aggravation de la guerre civile.

La République des Etats-Unis ressemble à la République romaine en ce que le droit y précède les institutions. Ce qui fait la force de la constitution américaine, ce sont les principes du droit auquel les Américains, malgré les crises, n'ont jamais dérogé. Après que Roosevelt eut été élu pour quatre mandats consécutifs, il fut décidé de limiter le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux.

Les Américains ont, en novembre 2024, largement élu Donald Trump. Mais ils mettront des obstacles à un pouvoir trop personnel. Trump le sait - il a d'ailleurs montré, lorsque l'élection de 2020 lui a été volée, qu'il mettait le respect de la légalité républicaine au-dessus de la bataille pour ses droits; et il n'est revenu au pouvoir qu'au terme d'une élection remportée à la régulière. Mais le président américain se trouve devant la difficulté de ne pas disposer encore d'un nouveau consensus républicain qui puisse remplacer le néo-conservatisme.

On ne sort pas du néo-conservatisme par un claquement de doigt. Surtout aux Etats-Unis, où l'on gouverne en s'appuyant sur le consensus de l'opinion. Et où, pour l'atteindre, on est pris dans la tension entre le pôle oligarchique et le pôle démocratique de l'histoire américaine.


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