Depuis le début de l’année, Grok, le chatbot d’intelligence artificielle développé par xAI et intégré à X, est au cœur d’une controverse mondiale. Accusé de faciliter la génération d’images sexuelles non consenties et de deepfakes, l’outil déclenche enquêtes, ultimatums et menaces de sanctions. Mais au-delà du scandale moral, une dynamique politique plus profonde se dessine...la reprise en main de X.

Le début de l’année 2026 s’ouvre sur un front médiatique et judiciaire coordonné contre X (ex-Twitter). De la Malaisie à la France, les autorités s'insurgent contre les dérives de Grok, l’intelligence artificielle de xAI. Accusé de faciliter la création de "deepfakes" à caractère sexuel, le chatbot est désormais dans le viseur du Parquet de Paris et de l’Arcom. Mais derrière l'indignation morale légitime face aux contenus illicites, se cache une réalité plus politique : l’utilisation des failles de conception comme levier de mise au pas d’une plateforme qui refuse encore la doxa communicationnelle globale.
Quand Grok brouille les frontières du réel
Elon Musk a voulu faire de Grok un outil d’IA audacieux et performant. Mise en service en 2024, cette intelligence artificielle (IA) générative permet aux abonnés de X (ancien Twitter) de générer des images ou de créer des textes à titre gratuit. Mais depuis la fin de l’année 2025, elle est au cœur d’une polémique, car elle accepte de répondre à des requêtes non conventionnelles ou illégales.
L’IA d’Elon Musk est effectivement utilisée pour générer des deepfakes sexualisés via de simples instructions du genre « mets-la en bikini » ou « enlève ses vêtements » et ce, sans le consentement et l’autorisation de la personne concernée.
La plupart des victimes sont des femmes et des mineurs. Miss Teen Crypto, une influenceuse crypto, en a fait les frais . Elle a publié sur X une photo d’elle en tenue de sport. Un abonné de la plateforme a demandé à Grok de la mettre en bikini sans son autorisation. Certains utilisateurs n’hésitent pas à exploiter cette faille de Grok pour se faire de l’argent. C’est le cas des créateurs de contenu OnlyFans et des modèles érotiques. Ils se servent de l’assistant IA pour réaliser du marketing viral. Grok est aussi utilisé à des fins de manipulation politique.

Avec ces "deepfake", contenus hyperréalistes générés par des escrocs via l'IA, Grok peut devenir une arme puissante pour la désinformation, à l'origine d' arnaques et de manipulation et de déstabilisation.
De la morale à la contrainte réglementaire
Après la France, l’Inde et la Malaisie ont lancé des procédures. Le Royaume-Uni annonce vouloir interdire purement et simplement les outils de « nudification ». En Europe, la Commission accentue la pression sur X, allant jusqu’à infliger — ou brandir — des amendes lourdes au nom du manque de transparence et de conformité.
Nous assistons ici à un glissement majeur : la régulation ne vise plus seulement les contenus illégaux, mais les mécanismes techniques qui permettent leur émergence. Systèmes de vérification, architecture algorithmique, référentiels publicitaires deviennent des points d’entrée pour un contrôle indirect du débat public.
L’ambiguïté de la censure sur X
L’amende de 120 millions d’euros infligée à X par la Commission européenne pour des manquements à la transparence n’était pas un simple rappel à l’ordre comptable.

Cette évolution avait été anticipée dans la brillante analyse de Thibault de Varenne, « Fin de l’Internet neutre, libre et universel ». Il y décrivait précisément cette nouvelle doctrine : ne plus censurer frontalement, mais contraindre les plateformes par la réglementation de leurs outils, jusqu’à orienter mécaniquement les contenus autorisés.

L’affaire Grok illustre parfaitement cette logique. Officiellement, il s’agit de protéger les victimes. Officieusement, on teste un modèle de gouvernance où l’État n’interdit pas, mais impose des “garde-fous” techniques incompatibles avec une liberté d’expression maximaliste.
Elon Musk revendique une approche permissive, voire provocatrice, de la modération. Il semble minimiser le problème, il a même utilisé le chatbot pour générer des images de l’acteur Ben Affleck en bikini. Il a aussi partagé sur X la photo d’un grille-pain en bikini et a écrit comme légende : « Grok peut mettre un bikini à n’importe quoi ».

Mais la position se heurte désormais à une régulation offensive, qui ne tolère plus l’expérimentation hors cadre normatif. En ciblant le design des IA et des plateformes, les autorités évitent le débat politique frontal sur la censure… tout en en obtenant les effets.
Sous la pression des amendes et des menaces pénales, X se retrouve au pied du mur. La stratégie de Bruxelles est claire : transformer la plateforme en un espace "sûr" selon les critères de l'UE, c'est-à-dire un espace aseptisé et contrôlé. Si Elon Musk cède sur Grok, c’est tout l’édifice de la résistance à la censure centralisée qui risque de s’effondrer, marquant la victoire définitive des bureaucraties sur la liberté technologique.



