L'Histoire ne prévient pas toujours avant de basculer, mais à Téhéran, en ce glacial début de janvier 2026, elle hurle. Depuis quinze jours, la République Islamique d'Iran fait face à ce qui ressemble moins à une vague de contestation classique qu'à une défaillance systémique généralisée. Alors que le pays est plongé dans un blackout numérique quasi-total pour dissimuler la répression, une question hante toutes les chancelleries, de Washington à Moscou : sommes-nous devant l'agonie finale du système théocratique instauré en 1979?

Pour répondre à cette question, il ne suffit plus de compter les manifestants. Il faut analyser la convergence inédite de trois facteurs de rupture : l'effondrement financier, la scission psychologique des élites et la menace existentielle d'une intervention extérieure. À la lumière des événements des dernières 72 heures, j'évalue ici la probabilité d'une chute rapide du régime et les scénarios de sa fin.
1. Le point de rupture : l'insurrection des balcons et la banque Melli
Ce qui distingue janvier 2026 des soulèvements précédents (2009, 2019, 2022), c'est la maturité tactique de l'opposition. Le tournant a eu lieu vendredi dernier, le 9 janvier. Face à la létalité des Gardiens de la Révolution (CGRI) dans la rue, Reza Pahlavi, le fils du Shah déchu, a appelé à une occupation sonore de l'espace public depuis les balcons et les toits à 20 heures précises.

L'appel a été suivi massivement. Des quartiers entiers de Téhéran, mais aussi d'Ispahan et de Chiraz, ont scandé "Mort au dictateur" et "Pahlavi reviendra", transformant les villes en caisses de résonance impossibles à policer sans envahir chaque foyer. Comme le note l'analyste Holly Dagres, cette stratégie a "renversé la vapeur" (turned the tide), prouvant au régime qu'il avait perdu la bataille des cœurs, même chez ceux qui craignent de descendre dans la rue.

Mais le véritable accélérateur de particules n'est pas idéologique, il est monétaire. La semaine dernière, la Bank Melli, pilier financier de l'État, a suspendu les retraits d'espèces suite à une panique bancaire (bank run). C'est un indicateur mortel. Un régime autoritaire peut survivre à la haine de son peuple, mais rarement à l'insolvabilité. Lorsque les commerçants du Bazar ferment boutique et que les fonctionnaires ne peuvent plus retirer leurs salaires, la loyauté de l'appareil d'État devient une variable volatile.


2. La décomposition du sommet : "Plan B" et panique à bord
La solidité apparente du régime se fissure visiblement au sommet. Le comportement de l'exécutif iranien ces derniers jours trahit une panique profonde, n'en déplaise aux fanatiques des BRICS et à leurs influenceurs, qui qualifient ces évidences de "désinformation", comme ils avaient d'ailleurs annoncé, en juillet 2025, la victoire iranienne sur Israël et la chute imminente de Netanyahou, avec la clairvoyance que l'on connaît.




