Le Courrier vous alerte depuis la semaine dernière sur l'ultimatum lancé par Emmanuel Macron à l'Europe : si, d'ici le mois de juin, elle n'a pas opté pour une évolution fédérale, l'E6 se lancera dans une intégration accrue, où la France comme Etat-nation souverain disparaîtra rapidement. Concrètement, quel risque pour votre épargne ?

Que deviendra le livret A dans la future fédération européenne? C'est la question qui brûle les lèvres en ce début d'année 2026, alors que le paysage financier français subit un séisme législatif et réglementaire venu de Bruxelles. Nous assistons à une transformation radicale de notre rapport à l'argent, marquant sans doute la fin d'une certaine exception française.

Le réveil brutal de la « Belle au bois dormant » financière
Pendant des décennies, le Livret A a été le refuge sacré des Français, une tirelire nationale intouchable garantissant sécurité, liquidité et défiscalisation. Mais le monde a changé. Le 19 mars 2025, la Commission européenne a dévoilé sa feuille de route pour l'Union de l'épargne et de l'investissement (UEI), un projet d'une ambition sans précédent qui vise à mobiliser les 10 000 à 11 000 milliards d'euros qui dorment sur les comptes de dépôt des Européens.
Pourquoi une telle urgence? Le constat, dressé par les rapports Draghi et Letta, est implacable : l'Europe fait face à un besoin d'investissement colossal, estimé entre 750 et 800 milliards d'euros supplémentaires par an jusqu'en 2030. Transition énergétique, révolution numérique et, désormais, impératif de défense face aux nouvelles donnes géopolitiques : le budget public ne suffit plus. L'UEI n'est pas une simple réforme technique, c'est une stratégie de mobilisation générale de l'épargne privée pour financer la souveraineté du continent. Pour le Livret A, cela signifie qu'il ne peut plus rester cet isolat français, fléché presque exclusivement vers le logement social.

La fin du monopole : l'arrivée des comptes d'épargne européens (SIA)
La conséquence la plus concrète de cette feuille de route est la création du « Blueprint » pour les comptes d'épargne et d'investissement (Savings and Investment Accounts - SIA), officiellement recommandé par la Commission le 30 septembre 2025. Ce nouvel instrument est conçu pour briser les barrières nationales et offrir une alternative directe à notre livret national.
Contrairement au Livret A, dont l'accès est limité aux résidents français, le SIA est un produit paneuropéen, portable et hautement compétitif. Les banques et courtiers de toute l'Union peuvent désormais proposer ces comptes aux épargnants français avec des arguments de poids :
- Une fiscalité avantageuse et simplifiée : la Commission recommande aux États membres d'appliquer au SIA le régime fiscal le plus favorable existant au niveau national. Plus spectaculaire encore, la « portabilité » fiscale est désormais la règle : un transfert d'actifs au sein d'un SIA, ou même un changement de résidence fiscale au sein de l'UE, ne doit plus déclencher d'événement taxable (principe du no tax event).
- L'automatisation du prélèvement : pour séduire les allergiques à la paperasse, les prestataires étrangers pourront collecter les taxes ou partager les données pour des déclarations pré-remplies, éliminant l'un des derniers remparts protégeant les produits locaux : la complexité administrative.

Le grand saut : de l'épargnant passif à l'investisseur responsable
C'est ici que le bât blesse pour le déposant traditionnel. Le Livret A offrait une garantie d'État totale sur le capital. Le modèle prôné par l'Union de l'épargne et de l'investissement repose sur un paradigme inverse : la responsabilisation.



