Députée européenne et première Secrétaire Fédérale du PS Paris, Emma Rafowicz se retrouve au cœur d’une polémique mêlant antisémitisme, guerre à Gaza et soupçons de conflit d’intérêts liés à son oncle, Olivier Rafowicz, porte-parole de l’armée israélienne.

Le 15 mars 2026, à Paris, la gauche unie arrive en tête. Emma Rafowicz, 30 ans, eurodéputée PS et figure montante du Parti socialiste, célèbre « l’émancipation » et « l’universalisme ». Belle rhétorique. Mais ce soir-là, comme tous les soirs depuis deux ans, son oncle Olivier Rafowicz continue d’incarner la voix officielle de l’armée israélienne dans les médias francophones.
Un nom, deux camps
Nous sommes en mars 2024. Emma Rafowicz est candidate aux européennes. Très vite, son patronyme fait tache d’huile dans l’espace médiatique. Son oncle, Olivier Rafowicz, est le visage francophone de Tsahal. Lui qui, au lendemain du 7 octobre, s’énervait contre une journaliste de la RTS qui osait comparer les bilans humains – 1300 Israéliens contre 1500 Palestiniens – "comme si c’était pareil" .

À l’époque, Emma Rafowicz, prise dans la tempête, tente d’éteindre l’incendie. Dans Libération, elle clame : "Je dénonce le massacre à Gaza et la politique de Netanyahou (...) Mon oncle a fait ses choix de vie, j’ai fait les miens" . Une déclaration de principe qui semblait solder les comptes. Elle expliquait même que ces attaques venaient de comptes proches de la France Insoumise, mêlant antisémitisme et instrumentalisation politique. La candidate se posait en victime d’une gauche identitaire qui essentialise le juif .

Mais le temps a passé. Les élections européennes sont derrière elle. Aujourd'hui, elle fait campagne pour Emmanuel Grégoire et la gauche unie à Paris. Et le conflit d’intérêts, loin d’être éteint, se rallume.
La stratégie du deux-en-un
Il ne s’agit pas ici de faire un procès en antisémitisme à Emma Rafowicz. La question est celle de la transparence.

Si elle n'adhère pas à la position officielle de son oncle, pourquoi ne pas condamner plus fermement les actions de Tsahal que ce dernier justifie quotidiennement ?
D’un côté, on condamne du bout des lèvres "le massacre à Gaza" pour apaiser une gauche de plus en plus sensible à la cause palestinienne. De l’autre, elle reste sourd quand son propre oncle, officier de réserve, légitime la machine de guerre.

Les socialistes, qui se posent en gardiens des droits humains, ne semblent pas voir l’inconfort d’avoir une dirigeante dont l’oncle défend quotidiennement, devant les caméras, la même armée. Ce n’est pas de l’antisémitisme que de poser la question : c’est de la simple cohérence républicaine. Les élites occidentales, promptes à dénoncer les conflits d’intérêts quand ils concernent la Russie ou la Chine, deviennent soudain myopes dès qu’il s’agit d’Israël.
Pour mémoire, Emma Rafowicz a porté plainte contre X en mars 2024 pour harcèlement, dénonçant des insultes abjectes comme «la France est gangrenée par les punaises sionistes» . Elle a eu raison. L’antisémitisme est une plaie. Mais elle ne peut pas, éternellement, utiliser ces attaques comme un bouclier pour éviter de répondre sur le fond : peut-on appeler à voter pour la gauche unie à Paris quand on porte le nom du principal porte-voix francophone de l’armée israélienne, sans jamais prendre position contre ses actions ?
L’affaire Emma Rafowicz illustre un phénomène plus large : la guerre du Moyen-Orient s’est importée dans le débat politique européen. Dans cette atmosphère saturée d’émotions, la nuance disparaît.





