Quand Macron croit encore que l’Europe peut être plus qu’un simple marché unique

Quand Macron croit encore que l’Europe peut être plus qu’un simple marché unique


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Macron vient de donner une interview au Financial Times (dont on trouvera la traduction ici) où il annonce la fin de la zone euro si l’Europe ne se montre pas plus solidaire, et surtout si elle se limite à un simple projet de marché. Autant d’incompréhension vis-à-vis de ce que les pays du Nord de l’Europe sont capables d’admettre illustre une nouvelle fois l’incapacité des élites françaises à s’ouvrir aux cultures voisines.

Mais il croit quoi, Macron ? Que tous les Européens pensent comme les élites européennes ? Que tous les Européens partagent cette conviction, ou cette croyance naïve selon le point de vue, selon lequel l’Union Européenne est l’héritière historique des grands projets impériaux, et selon lequel sa destinée naturelle est de dépasser les accords économiques et financiers pour fusionner en un État supra-national ?

Voilà qui s’appelle prendre ses rêves pour des réalités.

L’Allemagne ne peut pas comprendre l’Europe de Macron

Ce qui semble évident à Macron (et aux élites parisiennes qui  n’ont que l »expression « Europe » à la bouche, comme si elle voulait dire partout la même chose) ne peut évidemment l’être pour les Allemands. Et cela pour deux raisons.

La première est que l’Allemagne est loin, sur le plan intérieur, d’être aussi intégrée que l’Europe telle que la rêve Macron. Si les Allemands ont une priorité aujourd’hui, elle est celle de leur propre unité nationale, encore toute fraîche de la réunification, et certainement pas celle d’une union politique formelle avec des pays lointains comme la Grèce ou le Portugal.

La seconde est que, chaque fois que l’Allemagne a entrepris un projet politique supra-national, elle y a laissé de lourdes plumes. Les expériences de 1918 et de 1945 ont suffi à persuader beaucoup d’Allemands que bien vivre chez soi, en bonne intelligence avec ses voisins, c’est déjà un beau projet.

Le Zollverein allemand inspire le modèle européen

Au demeurant, l’Allemagne peut se targuer de peser beaucoup plus grâce à son modèle d’Union douanière et de marché unique, qu’elle a construit patiemment entre 1834 et 1870, et qu’elle étend aujourd’hui à l’ensemble du continent européen. Trop peu de Français le savent ou s’en souviennent, mais la nation allemande est née en 1870 après plusieurs décennies de coopération et de rapprochements autour d’une monnaie unique, le mark.

La nation allemande d’aujourd’hui est un projet de marché unique. Elle n’est pas un projet politique au sens où nous l’entendons. La puissance du fédéralisme le prouve. Le projet macronien est une projection sur l’Europe de ce qu’est la France, comme l’Europe de Maastricht est une projection de ce qu’est l’Allemagne.

Ne pas comprendre que le modèle actuel de l’Europe exprime de façon aboutie le désir allemand est une erreur majeure d’interprétation.

Le Nord de l’Europe ne peut ni comprendre l’État à la française, ni y souscrire

Et, face à ce système allemand de fédéralisme où la place des communes et des régions est essentielle, où la décentralisation est de mise, quels bons arguments la France apporte-t-elle pour laisser penser que le paradigme dont elle est porteuse serait plus efficace ?

Croyons-nous, nos élites croient-elles que ces grands bastringues centralisés comme notre État à nous, avec sa cohorte de fonctionnaires imbus d’eux-mêmes, majoritairement à la recherche d’une médaille à accrocher au revers de leur veste anthracite plutôt qu’à la recherche de la satisfaction du public, donne envie ? Nos élites croient-elles que nos déficits permanents, nos grèves, nos dysfonctionnements en cascade soient un modèle qui fasse rêver ?

Il faut être très naïf pour imaginer que des pays où l’État fonctionne (l’Allemagne, les Pays-Bas, le Danemark, la Finlande) aient envie de s’appauvrir pour mettre en place un modèle qui ne fonctionne pas.

Les pays du Nord ont-ils vraiment tort ?

Au demeurant, ces pays du Nord ont-ils vraiment tort ? Au lieu d’exporter nos désordres et nos défauts, ne vaut-il pas mieux prendre le temps de les corriger sur notre propre sol ? Ne vaut-il pas mieux dégager cette coterie de hauts fonctionnaires dont l’incompétence s’étale tout au long de la crise du coronavirus au lieu de vouloir étendre sa domination sur l’Europe ?

Ne vaut-il pas mieux remettre notre État debout, en état de marche, débarrassé de ses dérives bureaucratiques, ne vaut-il pas mieux le remettre au service du citoyen, plutôt que de céder à la tentation de la fuite en avant en contaminant l’Europe avec notre mal governo ?


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