Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation

Pourquoi le chèque scolaire est la vraie solution aux problèmes de l'éducation

Matignon accuse LFI des 400 lycées bloqués. La France dépense 10 580 € par collégien et accorde 61 € à ses parents. Le chèque scolaire inverse la proportion.

10 min de lecture

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par Eric V.

« Manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche », dit Matignon des quatre cents lycées bloqués. La France dépense 10 580 euros par an pour un collégien. À ses parents, elle accorde 61 euros de réduction d'impôt. Je propose l'inverse : l'argent aux parents, et qu'ils choisissent l'école.

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Soixante et un euros. C'est ce que le fisc accorde chaque année aux parents d'un collégien, au titre des « frais de scolarité ». Cent cinquante-trois euros pour un lycéen. Encore faut-il payer l'impôt sur le revenu : 46 % des foyers seulement sont dans ce cas. Les autres n'ont rien.

La même année, la France dépense 10 580 euros pour ce collégien, et 13 200 pour un lycéen de la voie générale. L'essentiel est payé par l'État et les collectivités. Sur cette somme, ses parents ne décident de rien : ni de l'établissement, que leur adresse désigne, ni des professeurs, qu'un barème affecte, ni du programme, qu'un bureau rédige. Soixante et un euros sur 10 580 : à peine plus d'un demi pour cent. C'est la part exacte de confiance que le pays leur fait.

Gardez ces deux chiffres en tête. Ils expliquent mieux les lycées bloqués que tout ce qu'on entend depuis quinze jours.

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« Une manœuvre organisée »

Le mouvement est parti le 21 septembre d'un lycée de Créteil. Dix jours plus tard, on comptait près de mille actions en une journée et environ quatre cents établissements fermés. Matignon a trouvé l'explication : une « manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultragauche ». Bruno Retailleau a renchéri : « Il y a cette jeunesse qui s'engage, qui veut éteindre le feu, et une jeunesse qui veut mettre le feu. » Philippe de Villiers, dans le Journal du Dimanche, a compté deux jeunesses lui aussi.

Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?
Philippe de Villiers ne voit que deux jeunesses. PISA 2025 : 458 en maths, −37 points depuis 2018. Éduquer, est-ce apprendre à obéir ou à innover ?

Entendons-nous sur les violences. Elles sont réelles, et rien ne les excuse : vingt-quatre établissements « incendiés ou saccagés », selon le ministre de l'Éducation, une centaine dégradés sévèrement, des proviseurs blessés. Mais comptez dans l'autre sens. La France a 3 700 lycées. Le ministre dénombre 735 établissements touchés par le mouvement. Restent, au bas mot, près de trois mille lycées où il ne s'est rien passé, et quelque six cents où l'on a bloqué sans dégât sérieux. Vingt-quatre sur 3 700 : moins d'un pour cent. Ce sont ceux-là qu'on nous montre depuis quinze jours, et l'on en tire le portrait d'une génération.

Que La France insoumise souffle sur les braises, je le crois volontiers, et 61 % des Français jugent qu'elle n'est pas dans son rôle. Mais souffler n'est pas allumer. Aucun parti n'a les moyens de fermer quatre cents lycées dans un pays où les élèves seraient contents d'y entrer. Le même sondage dit que 62 % des Français trouvent la mobilisation justifiée, et que les deux tiers ne se sentent proches ni de LFI ni du gouvernement.

Expliquer une colère par ceux qui l'exploitent, c'est une théorie du complot comme une autre. Elle a le même usage que les autres : elle dispense de regarder. Regardons donc.

Pour ses écoles, ses collèges et ses lycées, la France a dépensé 131,6 milliards d'euros en 2024, tous payeurs confondus. La dépense par élève du secondaire a augmenté de 70 % depuis 1980, en euros constants. Dans le même temps, les élèves français ont obtenu 458 points en mathématiques à l'enquête PISA 2025, trente-sept de moins qu'en 2018. Au collège public, une heure de cours sur dix n'est pas assurée, écrit la Cour des comptes. L'argent monte, le niveau descend, et les heures manquent.

Cet argent, où va-t-il ? L'éducation prioritaire coûte 2,6 milliards par an, deux fois et demie plus qu'en 2014. La Cour des comptes a constaté que 70 % des élèves défavorisés sont scolarisés ailleurs, et que la carte n'a pratiquement pas été revue depuis dix ans. Quant à savoir quel collège accueille quel public, le ministère le savait et le gardait pour lui. Il a fallu qu'un journaliste aille devant le tribunal administratif, en 2022, pour qu'il publie l'indice social de chaque établissement. Il refusait de crainte « qu'il ne serve d'outil au contournement de la carte scolaire ».

Reste la manière d'enseigner. Selon l'enquête TALIS de l'OCDE, 53 % des professeurs débutants jugent en France leur formation adaptée, contre 75 % en moyenne dans les pays comparables. On envoie devant des adolescents de 2026 des gens qu'on n'a pas préparés, puis l'on s'étonne.

Des moyens qui montent, des résultats qui tombent, un argent distribué à l'aveugle, des professeurs laissés seuls. Les lycéens n'ont pas eu besoin de Jean-Luc Mélenchon pour s'en apercevoir. Ils y passent leurs journées.

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Ce que le ministère ne peut pas savoir

Ces trois défauts n'en font qu'un, et Friedrich Hayek lui a donné un nom en 1988 : la présomption fatale. C'est l'idée qu'un petit nombre de gens instruits, réunis dans un bureau, en savent assez pour organiser la vie de millions d'autres mieux que ceux-ci ne le feraient eux-mêmes.

Hayek ne dit pas que ces gens sont sots. Il dit qu'ils ne peuvent pas savoir. Ce qu'il faut connaître pour éduquer un enfant n'est écrit nulle part : que celui-ci s'ennuie et que celui-là se noie, que ce professeur de mathématiques est remarquable et que cet autre est absent depuis novembre, que dans ce quartier il manque un lycée professionnel et dans ce bourg une classe bilingue. Cette connaissance existe. Elle est dans la tête des parents, des élèves, des professeurs, d'un proviseur. Elle ne remonte dans aucun tableau de la rue de Grenelle, ou alors dix ans trop tard : voyez la carte de l'éducation prioritaire.

Relisez maintenant l'affaire de l'indice social. Le ministère détenait une information utile aux familles, et il l'a cachée pour qu'elles ne s'en servent pas. Tout y est. L'administration ne se contente pas d'ignorer ce que savent les parents. Elle leur retire ce qu'elle sait, de peur qu'ils choisissent.

À le bien regarder, nous avons bâti l'école sur une hypothèse que personne n'oserait écrire : un rédacteur de circulaire connaîtrait mieux votre fils que vous. Sept ministres se sont succédé rue de Grenelle depuis mai 2022. Chacun est arrivé avec sa réforme, et aucun n'a touché à la règle du jeu, puisque la règle du jeu est justement qu'on décide d'en haut. On ne corrige pas une présomption en changeant le présomptueux.

L'autre voie, Hayek l'appelait l'ordre spontané : laisser décider ceux qui savent, et laisser l'offre se former autour de leurs décisions. Des écoles qui ouvrent parce que des familles en veulent. Des écoles qui ferment parce qu'elles n'en veulent plus. Personne ne l'a planifié, et c'est pour cela que ça s'ajuste.

L'argent suit l'enfant

Tout repose sur un constat d'une grande banalité : dans leur immense majorité, les parents veulent le bien de leur enfant. Pas tous, pas toujours avec discernement, mais plus sûrement et plus obstinément qu'aucune administration. Un recteur change de poste ; un père reste père.

Ils savent d'ailleurs très bien ce qui ne va pas. Interrogés par l'Ifop pour le Comité national d'action laïque, qui défend l'école publique, 93 % des parents jugent urgent d'y améliorer la sécurité et la discipline, et 88 % la qualité de l'enseignement. On ne leur demande pas leur avis. On leur attribue une adresse.

Le chèque scolaire retourne le circuit. Aujourd'hui l'État finance des établissements et y affecte des enfants. Demain il financerait des enfants, et les établissements viendraient les chercher.

Concrètement : on cesse de subventionner les écoles, et chaque famille reçoit pour chaque enfant un crédit d'impôt égal à la subvention moyenne par élève de l'année scolaire concernée. Un crédit d'impôt, et non une réduction comme les 61 euros d'aujourd'hui : ceux qui ne paient pas l'impôt sur le revenu, plus d'un foyer sur deux, le touchent quand même, et pour la même somme. Fléché, bien entendu : il ne règle qu'une inscription, dans l'école publique ou privée que les parents ont choisie. Et versé directement à l'établissement, comme l'Urssaf avance déjà le crédit d'impôt des emplois à domicile, pour que personne n'ait à sortir une pareille somme de sa poche.

Ce n'est pas une rêverie. La Suède le pratique depuis 1992 : la commune verse la même somme par élève à l'école municipale et à l'école indépendante, celle-ci est gratuite et ouverte à tous, et près d'un lycéen sur trois y est aujourd'hui inscrit. Les Pays-Bas financent à égalité écoles publiques et écoles privées depuis 1917, et les trois quarts des élèves y fréquentent une école privée.

Ce que le chèque ne règle pas

Je ne vends pas un remède miracle. La Suède se dispute depuis des années sur ses écoles indépendantes : notes gonflées pour attirer les familles, élèves qui se regroupent par milieu, et une partie de la presse française y voit un « anti-modèle ». Les syndicats d'enseignants objectent que l'école privée choisit ses élèves quand l'école publique les prend tous, et que le chèque ferait de celle-ci l'école de ceux dont personne ne veut. Ils désignent ainsi la règle qu'il faut écrire : une école qui encaisse le chèque ne trie pas à l'entrée.

Reste le supplément qu'elle pourrait réclamer en plus du chèque. La question se dispute. La Suède l'interdit. On peut aussi l'admettre, à condition que l'État ajoute au chèque des enfants pauvres une subvention de discrimination positive, pour que le prix ne leur ferme aucune porte. Les 2,6 milliards de l'éducation prioritaire, qui manquent aujourd'hui sept élèves défavorisés sur dix, suivraient alors l'enfant et non la carte.

Il y a aussi ce que le chèque ne peut pas faire. Dans un bourg qui n'a qu'une école, le choix reste sur le papier, au moins les premières années. Un parent qui ne s'occupe pas de son enfant ne s'en occupera pas davantage avec un crédit d'impôt, et pour celui-là l'État garde tout son rôle : l'obligation scolaire, l'inspection, l'examen national qui dit ce que l'élève sait. Et l'opinion n'est pas acquise. Dans le sondage que je citais, 60 % des parents voudraient que le privé soit payé par les seules familles. J'imagine qu'ils répondraient autrement si le chèque était dans leur poche et non dans celle du voisin. Je n'en ai pas la preuve.

Mais regardez ce qu'il change, et qu'aucune réforme n'a changé. Aujourd'hui, un collège où une heure sur dix n'est pas assurée ne perd pas un euro. Les familles n'ont aucun moyen de le lui faire savoir, sinon déménager ou payer deux fois, l'impôt puis l'école privée. Avec le chèque, l'établissement que les parents quittent perd ses moyens, celui qu'ils demandent en gagne, et le ministère l'apprend le jour même, sans rapport de la Cour des comptes, sans tribunal administratif, sans blocus.

L'information que la rue de Grenelle cachait aux parents devient ce qui fait tourner la machine. C'est en cela que la réforme est structurelle. Elle ne demande pas à l'Éducation nationale de se corriger, ce qu'elle ne sait pas faire. Elle change la main qui tient le carnet de chèques.

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Dernier mot

Reste nous. Le chèque scolaire a un prix que ses partisans annoncent rarement : il nous retire une excuse. Depuis quarante ans, nous confions nos enfants à l'État, nous nous plaignons de ce qu'il en fait, et nous votons pour celui qui promet des moyens. C'est confortable. Le jour où l'argent est dans notre main, il faut visiter, comparer, se tromper, changer, et ne plus pouvoir dire que c'est la faute du ministre. Je ne suis pas certain que nous en ayons tous envie.

Les lycéens de Créteil demandent des professeurs et des salles qui tiennent debout. On leur répond Mélenchon. On pourrait leur répondre ceci : plus de 13 000 euros sont dépensés chaque année au nom de chacun de vous, et ni vous ni vos parents n'avez votre mot à dire sur un seul.

Soixante et un euros de confiance sur 10 580, pour les parents d'un collégien. Commençons par inverser la proportion.


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