|PAYANT] “Grande Sécu” : Olivier Véran commencerait-il à rétropédaler ?

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Alors que le haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie (HCAAM) devait réunir hier afin de prendre – officiellement – connaissance du rapport provisoire sur l’avenir de l’articulation entre assurance maladie obligatoire et assurance maladie complémentaire, Olivier Véran s’est exprimé le 17 novembre au sujet de l’un des scenarios possibles pour cet avenir : celui de la “Grande Sécu”, qui fait couler beaucoup d’encre depuis la rentrée de septembre.

Interrogé à ce sujet au Sénat, dans le cadre des questions au gouvernement, il a semblé prendre ses distances vis-à-vis du projet de nationalisation du marché de la complémentaire santé.

“Si l’Etat était bon gestionnaire, cela se saurait !”

Le 17 novembre après-midi, c’est Philippe Mouiller, sénateur “Les Républicains” et vice-président de la commission des affaires sociales, qui a interpelé Olivier Véran, le ministre des Solidarités et de la Santé, au sujet de la Grande Sécu. Mieux inspiré en matière de défense de l’économie de marché que certains de ses collègues du même bord politique, Philippe Mouiller a d’abord critiqué le coût considérable de ce projet pour les finances publiques : “Cette option coûterait au minimum 20 milliards d’euros aux finances publiques. Le « quoi qu’il en coûte » permet toutes les audaces !” a-t-il en effet tonné.

Surtout, sur le fond, il a clairement remis en cause l’idée selon laquelle étatiser la quasi-totalité du financement des dépenses de soins était une bonne manière d’améliorer le système de santé français. “Derrière, il y a le dessein, porté depuis dix ans déjà, d’étatiser notre système de santé. Pourtant, si l’État était bon gestionnaire, cela se saurait ! Nous n’aurions pas un taux d’imposition et une dette record” a-t-il débuté sa démonstration, déclinant ensuite sa pensée dans le domaine de la santé : “L’hôpital se porterait mieux s’il n’était pas suradministré. L’État, faute de réformes et de moyens, régule les dépenses de santé par la pénurie”. Bien lancé, le sénateur LR a conclu son intervention en défendant la concurrence pour la régulation du système de soins : “Étatiser les dépenses de santé, c’est prendre comme remède la cause de nos déboires. Monopole public rime avec déficits !”

Un recul d’Olivier Véran sur la Grande Sécu ?

Face à de telles critiques d’un projet auquel tient pourtant la technocratie des affaires sociales, Olivier Véran a, certes, tenu à justifier son bien-fondé, invoquant la question du différentiel de frais de gestion entre la Sécurité sociale et les organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM). “Les complémentaires santé sont des acteurs majeurs de la protection sociale, mais elles coûtent cher : 19 à 20 % de coûts de gestion, contre 3 % pour l’assurance maladie” a-t-il rapporté, déplorant l’effet de ces frais de gestion sur le pouvoir d’achat des ménages : “Cette différence pèse sur le budget des ménages. Il y a d’abord un enjeu de pouvoir d’achat, notamment pour les retraités, les étudiants, les personnes sans emploi”.

Puis, après ce bref rappel, le ministre a semblé prendre ses distances avec le projet de la Grande Sécu. D’une part, il a affirmé que le gouvernement n’entendait pas promouvoir un projet revenant à augmenter les prélèvements obligatoires. “Une bascule des complémentaires santé vers l’assurance maladie se traduirait par une bascule des cotisations indirectes vers une hausse des cotisations sociales ou des impôts. Or vous le savez, ce Gouvernement n’augmentera sous aucun prétexte les impôts” a-t-il en effet déclaré, ponctuant même : “ce qui est déjà une façon de vous répondre quant à l’avenir de cette proposition”. A ceci, Olivier Véran a ajouté ne pas méconnaître “l’enjeu de l’emploi” dans les OCAM et ne pas vouloir que “des milliers ou des dizaines de milliers de personnes perdent leur emploi”.

N’ayant pu que constater, à la suite de la fuite dans la presse du rapport provisoire du HCAAM, que le projet de la Grande Sécu était loin de faire l’unanimité derrière lui, l’exécutif entamerait-il un rétropédalage en règle ?

 

Article publié initialement le 18 novembre 2022 : « Grande Sécu » : Olivier Véran commencerait-il à rétropédaler ? – Tripalio


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