Passe sanitaire : le Sénat s’oppose au gouvernement

Passe sanitaire : le Sénat s’oppose au gouvernement


Partager cet article

Par JULIEN G. – Moins d’une semaine après l’adoption par l’Assemblée nationale d’un prolongement du Passe Sanitaire jusqu’au 31 juillet, le Sénat a décidé de s’y opposer et compte fixer au 28 février l’échéance permettant au gouvernement d’imposer le passe sanitaire. Les Républicains, majoritaires, voudraient modifier certains passages concernant l’application du passe sanitaire, en proposant, notamment, une territorialisation de son recours. Un autre amendement viserait à retirer du texte la possibilité, pour les chefs d’établissement, d’avoir accès au statut vaccinal des collégiens et des lycéens.

1.Un vent de révolte souffle au Sénat

Le projet de loi présenté mi-octobre par le gouvernement n’est pas du goût de Philippe Bas (LR), rapporteur du texte auprès du Sénat.

Plusieurs amendements, en opposition totale avec les souhaits de l’exécutif, ont été déposés.

Le principal porte sur la prolongation du régime de sortie de l’état d’urgence sanitaire, qui prendrait fin au 28 février et non au 31 juillet.

« Nous acceptons le principe de reconduction des outils d’exception que réclame le gouvernement pour lutter contre l’épidémie, mais nous l’accompagnons d’une exigence démocratique », explique Philippe Bas auprès de Public Sénat.

« Le gouvernement trouve toujours de bonnes raisons de prolonger ses pouvoirs exceptionnels. Nous n’avons pas de soupçons démocratiques, mais c’est aussi une question d’équilibre des pouvoirs. La meilleure manière de s’assurer que le gouvernement n’abuse pas des pouvoirs qui lui sont octroyés, c’est encore de les limiter. »

Le principal objectif de ces amendements est de fixer au 28 février prochain la fin de la prolongation du régime de sortie de l’état d’urgence sanitaire.

Le palais du Luxembourg juge insuffisantes les précisions du texte de loi adopté par les députés mi-octobre.

2.Un seuil vaccinal à 75 % et une territorialisation du passe

Estimant que l’objectif d’inciter à la vaccination avait été rempli, les sénateurs comptent fixer un seuil de couverture vaccinale.

Un amendement propose une territorialisation du recours au passe sanitaire selon deux critères : entrer en vigueur que dans les départements où le taux de vaccination total de la population est inférieur à 75 % et où une circulation active du virus est constatée, en fonction de seuils qui seraient fixés par le gouvernement (au 10 octobre, c’était le cas d’environ la moitié d’entre eux, selon l’Assurance maladie).

Au début du mois, le conseil scientifique estimait que l’instauration du passe sanitaire avait été une réussite du point de vue de l’incitation à la vaccination.

 « Ce que je propose, c’est un système vertueux qui adapte l’incitation aux territoires : nous disons aux gens que pour se libérer du passe, il suffit d’aller se faire vacciner », indique Philippe Bas.

3.Le secret médical en danger

Un autre amendement vise à retirer du texte la possibilité, pour les chefs d’établissement, d’avoir accès au statut vaccinal des collégiens et des lycéens.

Cette mesure, souhaitée ardemment par olivier Véran, vise à contraindre plus facilement les seuls non-vaccinés à suivre les cours chez eux si un cas est positif dans leur classe.

Le rapporteur du texte auprès du Sénat estime que cette disposition représente une menace pour le secret médical et une véritable discrimination envers les élèves non vaccinés.

Rappelons que cette mesure a été accueillie plus que froidement par les chefs d’établissement et ne sont pas preneurs quand il s’agit d’avoir accès aux données médicales des élèves.

Les autotests et la vaccination en milieu scolaire sont d’ailleurs un échec.

Cette mesure déjà prévue dans le projet de loi de gestion de la crise sanitaire cet été, n’avait pas survécu à la navette parlementaire et les sénateurs l’avaient supprimé dès son passage en commission des lois, estimant que cette dérogation au secret médical n’était pas justifiée.

Enfin, il est important de rappeler que le vaccin contre le covid- 19 ne fait pas partie des 11 vaccins obligatoires pour pouvoir être inscrit à l’école.

En plus d’une atteinte profonde au secret médical, cette mesure est aussi très fragile juridiquement.

4.Le dernier mot sera donné à l’Assemblée nationale

Aux termes de l’article 45, alinéa 1, de la Constitution : « Tout projet ou proposition de loi est examiné successivement dans les deux assemblées du Parlement en vue de l’adoption d’un texte identique »

Tous ces amendements émis par les sénateurs seront, donc, examinés mercredi en commission puis le lendemain en séance publique au sénat.

Si le texte adopté est différent de celui sorti de l’Assemblée nationale, ce qui semble probable, une commission mixte paritaire (CMP) réunissant sept députés et sept sénateurs sera chargée de trouver un compromis.

Faute d’accord, une nouvelle lecture est organisée dans chaque assemblée, puis le Gouvernement peut donner le dernier mot à l’Assemblée. Celle-ci peut, dans ce cas, reprendre soit le texte voté en CMP, soit le dernier texte voté par elle.


Partager cet article
Commentaires

S'abonner au Courrier des Stratèges

Abonnez-vous gratuitement à la newsletter pour ne rien manquer de l'actualité.

Abonnement en cours...
You've been subscribed!
Quelque chose s'est mal passé
Quand les descendants de la Shoah comptent sur les Aryens pour les sauver, par Thibault de Varenne

Quand les descendants de la Shoah comptent sur les Aryens pour les sauver, par Thibault de Varenne

Jérusalem, janvier 2026. L’air est encore lourd des fumées de la « Guerre des 12 Jours » qui a secoué la région en juin dernier. Dans les couloirs de la Knesset et les salons feutrés du ministère des Renseignements, l’heure n’est plus aux demi-mesures. Face à une République islamique d'Iran fragilisée mais toujours menaçante, Israël a fait un choix audacieux, pour ne pas dire désespéré : parier sur le retour de la monarchie perse. L’image a fait le tour du monde : Reza Pahlavi, le fils du derni


Rédaction

Rédaction

L’humeur de Veerle Daens : Louis Sarkozy, le dandy légionnaire qui sent bon le soufre chaud
Crédit : Paris Match

L’humeur de Veerle Daens : Louis Sarkozy, le dandy légionnaire qui sent bon le soufre chaud

Je reviens sur la polémique suscitée par le tatouage de Louis Sarkozy. Et j'en profite pour vous dire que l'intraitable Eric Verhaeghe a décidé d'augmenter mes appointements pour que j'écrive encore plus dans les colonnes du Courrier. Mes chéris, Alors que la France de 2026 s’enfonce dans une mélancolie fiscale digne d’une fin d’Empire et que l’actualité internationale ressemble à un script de film catastrophe refusé par Netflix pour « manque de réalisme », nos intellectuels de gauche ont enfi


CDS

CDS

Dissolution de l'Assemblée : tout ça pour ça? par Éric Verhaeghe

Dissolution de l'Assemblée : tout ça pour ça? par Éric Verhaeghe

Il y a quelque chose de fascinant dans la capacité d'auto-destruction de la macronie finissante. Une sorte de génie du pire qui, lorsqu'on croit avoir touché le fond de l'absurdité institutionnelle, sort une pelle pour creuser encore un peu plus profond. Nous y voilà donc. Après quatre mois de psychodrame, de postures martiales et de « compromis » de couloir qui n'ont dupé personne, le couperet s'apprête probablement à tomber. La dissolution de l'Assemblée nationale, murmurée, crainte, puis ins


Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Macron et le CRIF en PLS : les Israéliens sont-ils ou non des colons ? par Veerle Daens

Macron et le CRIF en PLS : les Israéliens sont-ils ou non des colons ? par Veerle Daens

La police de la "pensée" a encore frappé, et cette fois-ci, elle porte le sceau de l’Élysée et l'onction des gardiens du temple moral. L'affaire est entendue : Hachette a dû retirer de la vente ses manuels de révision "Objectif Bac" dans la panique la plus totale. Le crime? Avoir imprimé, noir sur blanc, une phrase évoquant les victimes de l'attaque du 7 octobre en parlant de "1200 colons juifs morts". Il n'en fallait pas plus pour déclencher l'hystérie collective. Emmanuel Macron (dont l'ign


Rédaction

Rédaction